Jean Tremblay mène une charge contre Greenpeace et les intellectuels

Le reportage de Mélissa Paradis

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, est furieux contre Greenpeace et s'inquiète pour l'avenir des usines de Produits forestiers Résolu qui perdent des clients importants à cause des campagnes du groupe écologiste.

Le maire Tremblay a publié une vidéo sur le site Internet de la Ville de Saguenay où il invite les travailleurs et les syndicats à se mobiliser « contre Greenpeace et les intellectuels ».

Jean Tremblay estime que ces groupes sont en train d'empêcher le développement de projets économiques importants.

« On s'en vient avec de beaux projets à Saguenay. La liquéfaction du gaz naturel, Arianne Phosphate, BlackRock. Ils vont tout nous bloquer, on n'aura plus d'emplois dans la région. Ces gens-là sont après nous mener par le bout du nez. Je vous demande, les syndicats, les travailleurs, mobilisons-nous contre Greenpeace et contre les intellectuels de ce monde. » — Jean Tremblay, maire de Saguenay

Plus tôt dans la journée, à l'émission Café, boulot, Dodo, Jean Tremblay a aussi affirmé que le gouvernement fait preuve de mollesse devant l'organisme qui, selon lui, est devenu incontrôlable et manipule l'information à son profit.

Le maire de Saguenay avertit personnellement les représentants de Greenpeace de ne pas se montrer dans son bureau, parce qu'ils vont sortir par la fenêtre, dit-il.

Il conseille aussi au premier ministre, Philippe Couillard, de faire la même chose.

« C'est comme ça que le premier ministre devrait leur parler, affirme Jean Tremblay. Ça ferait du bien et ils prendraient leur place. Un moment donné ces gens-là, c'est eux autres qui gèrent le Québec? »

« On n'a plus besoin de ministère de l'Environnement. Maintenant, c'est Greenpeace qui va être le ministère de l'Environnement, qui va établir ses règles. Et Greenpeace, c'est qui? On n'est pas capable de nommer une personne là-dedans. On ne sait pas c'est qui. On sait qu'ils ont une formation de deux jours et un budget de 300 millions. Ils sont subventionnés comment? Ils servent qui? » — Jean Tremblay, maire de Saguenay

Le maire Tremblay a aussi souligné que le Québec a les normes les plus sévères au monde en matière de gestion forestière. Il croit que toute l'industrie forestière est menacée si Greenpeace parvient à ses fins.

« Nous autres, nos travailleurs n'auront pas d'ouvrage, le bois va pousser, on va avoir du caribou, on va tout avoir ça, déplore Jean Tremblay. S'ils avaient fait ça aux États-Unis, il y aurait des bisons partout dans l'Ouest américain, il y aurait juste des bisons et le monde crèverait. Un moment donné, il faut avoir du jugement, faire la part des choses. Il y a moyen de protéger l'environnement et en même temps de faire travailler notre monde et de prospérer. »

Mauvaise cible

Selon le porte-parole de Greenpeace, Nicolas Mainville, Jean Tremblay se trompe de cible.

« Peu importe le projet, attaquer les intellectuels ou Greenpeace, le mouvement environnemental, ça ne donne rien. Le côté environnemental fait partie du développement. Tout le monde le reconnaît. Maintenant, il faut travailler de pair, en collaboration.  » — Nicolas Mainville, porte-parole de Greenpeace

Réactions

Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, affirme qu'il faut cesser de mettre la faute sur Greenpeace dans le dossier de Produits forestiers Résolu.

Il croit que la possibilité de récupérer la norme du Forest Stewardship Council (FSC) repose plutôt entre les mains de Résolu et du gouvernement du Québec.


Sylvain Gaudreault déplore la sortie du maire de Saguenay.

« C'est une niaiserie de plus dans la succession de ses bourdes et de ses sorties à l'emporte-pièce. Premièrement, il n'a aucune crédibilité pour demander une mobilisation quand lui-même a refusé de participer au mouvement national Touche pas à ma région. Deuxièmement, il n'a aucune leçon à donner. Il était où à la fermeture de la machine à papier numéro 6 de Kénogami en décembre 2011? » — Sylvain Gaudreault, député de Jonquière

Le président du Conseil central de la CSN du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Engelbert Cottenoir, n'a pas l'intention de répondre à l'appel à la mobilisation lancé par le maire Jean Tremblay.

Le président du Conseil central de la CSN du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Engelbert Cottenoir Le président du Conseil central de la CSN du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Engelbert Cottenoir

M. Cottenoir rappelle que rien, pour l'instant, ne permet de prévoir de nouvelles interventions contre d'autres projets industriels, comme le prétend le maire de Saguenay.

Par ailleurs, le président du Conseil central de la CSN du Saguenay-Lac-Saint-Jean refuse toujours de blâmer uniquement Greenpeace pour les fermetures de machines à papier annoncées par Produits forestiers Résolu.

« Je vois beaucoup plus un mouvement de panique de la part du maire Tremblay qu'une réelle réflexion objective, indique Engelbert Cottenoir. Ça fait justement partie de nos craintes à l'effet qu'il y ait un mouvement de panique par rapport à Greenpeace au niveau régional. C'est sûr que Greenpeace, c'est dérangeant, mais en même temps, il faut plutôt mettre la pression sur Résolu pour récupérer la norme FSC et surtout sur le gouvernement du Québec afin qu'il défende notre régime forestier et qu'il fasse ce qu'il faut pour aller chercher l'adhésion des Cris pour récupérer la norme FSC. »

Propos applaudis au Lac-Saint-Jean

Le maire de Dolbeau-Mistassini, Richard Hébert, se dit agréablement surpris que son homologue saguenéen se rende compte de l'urgence de la situation et lance un appel à la mobilisation contre Greenpeace.

Lui-même en guerre ouverte contre Greenpeace, Richard Hébert craint que la campagne du groupe écologiste pour protéger intégralement la forêt boréale conduise à la fermeture définitive de l'usine à papier de Dolbeau.

« Si M. Tremblay a un poids médiatique et qu'il est capable de faire changer la donne, je l'encourage à poursuivre dans le même sens. Les écologistes sont des terroristes, Greenpeace est un groupe d'intégriste. Je suis bien heureux que M. Tremblay pense la même chose que nous dans le nord du Lac-Saint-Jean parce qu'on a l'épée de Damoclès qui nous pend au-dessus de la tête. Moi, j'en ai marre de Greenpeace.

Richard Hébert invite d'ailleurs toutes les personnes vivant de l'industrie forestière à exprimer leur désaccord en envoyant un courriel à Greenpeace Canada.

Jeudi dernier, Produits forestiers Résolu a annoncé la fermeture définitive de la machine à papier numéro 9 à son usine d'Alma. La machine, d'une capacité de 75 000 tonnes, assurait de l'emploi à 85 travailleurs. 

Le porte-parole de la compagnie, Karl Blackburn, a montré du doigt les groupes environnementaux qui font pression auprès des clients de l'entreprise pour qu'ils changent de fournisseurs de papier pour expliquer en partie la fermeture de la machine à papier.

En complément

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