Prière à Saguenay : une victoire historique, selon Jean Tremblay

Entrevues avec le maire Jean Tremblay et le sociologue Gérard Bouchard

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, est très satisfait de la décision de la Cour d'appel du Québec qui annule le jugement du Tribunal des droits de la personne interdisant la récitation de la prière lors des séances publiques du conseil municipal.

En conférence de presse, mardi, il a affirmé qu'il s'agissait d'une « victoire historique qui vise à protéger nos droits, notre culture, notre patrimoine ». Il espère que la décision clôt le dossier et permettra de passer à autre chose.

La décision d'une quarantaine de pages conclut que la récitation d'une prière au début des séances publiques du conseil municipal de Saguenay ne compromet pas la neutralité de la Ville. Le tribunal ajoute qu'il n'existe pas de conflit véritable entre les convictions morales du plaignant, Alain Simoneau, et les manifestations religieuses.

« Je n'ai jamais hésité à dire que j'ai la foi, que je suis catholique, souligne Jean Tremblay. Je n'ai rien imposé. La prière au conseil municipal, c'était celle que l'on fait depuis plus de 100 ans à Saguenay. Ce n'est pas moi qui l'ai introduite. Et les objets religieux étaient déjà en place avant que j'arrive. »

« Je suis québécois, un Tremblay du Québec, de langue française et surtout, je n'ai pas honte de dire que je suis catholique. » — Jean Tremblay, maire de Saguenay

Jean Tremblay a également commenté les critiques de la Cour d'appel, qui affirme que certains propos du maire et son comportement « témoignent d'une absence de réserve élémentaire de la part de celui qui occupe une fonction élective et participe sur base quotidienne à la gouvernance de la Ville »

« Je suis content que ça n'ait pas influencé le jugement, mentionne-t-il. Le fait que j'espère aller au ciel, je continue à penser que je ne suis pas seul, mais si c'est le seul reproche qu'il a à me faire... »

Le maire Tremblay ajoute qu'il fait preuve de transparence en ne laissant planer aucun doute sur ses croyances religieuses.

Prière et présence d'objets religieux

Par ailleurs, le maire de Saguenay a souligné qu'il avait été davantage choqué par l'obligation de retirer les objets religieux, dans le jugement du Tribunal des droits de la personne, que par l'interdiction de réciter une prière. « Le Québec est une nation dont l'héritage et la culture ont des racines religieuses. Notre patrimoine spirituel, physique, a des origines religieuses, on voit des églises partout, on voit des objets religieux partout. Notre paysage est plein d'objets religieux », selon Jean Tremblay. 

« Les deux sont importants, sauf que les symboles, ça a plus d'importance. Des symboles comme le crucifix, le Sacré-Coeur, il y en a partout. Il y a une jurisprudence que ça ne peut pas être dans nos espaces publics, alors on va tout cacher ça dans nos sous-sols? Ça aurait eu des conséquences très graves.  » — Jean Tremblay, maire de Saguenay

Il a invité les Québécois à se tenir debout pour conserver les valeurs et les traditions qui ont fait ce qu'il y a de plus beau au Québec.

Propos contre le Mouvement laïque du Québec

En faisant l'historique du dossier, le maire Tremblay a précisé que la Ville avait tenté de s'entendre avec le Mouvement laïque du Québec et Alain Simoneau, avant qu'il ne se retrouve devant un tribunal. Il a mentionné que les plaignants réclamaient un montant de 100 000 $ en dommages, que le conseil cesse de réciter la prière et que les objets religieux soient retirés de la salle du conseil.

Jean Trembay soutient que l'organisme n'a proposé aucun compromis. « Le Mouvement laïque québécois n'a pas, comme n'importe qui, à imposer aux autres sa façon de penser », ajoute-t-il.

L'avocat de Saguenay dans le dossier, Me Richard Bergeron, se dit très satisfait du jugement. Il soutient que Saguenay a remporté une victoire sur toute la ligne, puisque la cause du Mouvement laïque du Québec et d'Alain Simoneau a été rejetée.

Le jugement confirme aussi, selon lui, que la Ville n'a pas contrevenu à la Charte des droits et libertés de la personne.

Par ailleurs, Me Bergeron reconnaît que le juge Guy Gagnon invite le maire à une certaine réserve dans l'expression de ses convictions personnelles dans sa fonction publique, même si cela n'était pas l'objet de la cause entendue.

« Il faut faire la nuance entre l'homme personnel, sa fonction et ce qu'il représente, et la cour lui a presque suggéré d'être assez prudent dans l'expression de cela. Ça peut se faire de n'importe quelle façon. Je crois que c'est correct aussi. Il faut tenir cette ligne maintenant dans l'espace public. » — Me Richard Bergeron, avocat de Saguenay

Le montant de 180 000 $ de dons recueillis par Saguenay pour assurer la défense du dossier de la prière a été complètement dépensé. 

L'évêque du diocèse de Chicoutimi satisfait

L'évêque du diocèse de Chicoutimi avoue trouver le maire Tremblay tenace. Cependant, il est d'accord avec lui sur le fond de la question. 

« C'est parfois dans la manière de faire, il a sa personnalité. On comprend qu'il est insistant et pourquoi pas? La population le lui rend bien, on l'admire pour l'audace qu'il a. » — Mgr André Rivest

Inquiétudes pour Djemila Benhabib 

De son côté, l'ex-candidate du Parti québécois qui a eu un conflit sur la question de la laïcité avec le maire durant la campagne électorale, Djemila Benhabib, est attristée et inquiète du jugement de la Cour d'appel.

Elle estime que la décision est un net recul pour la société québécoise, un retour aux années 70, avant que René Lévesque n'invite chacun à prier de façon personnelle.

Mme Benhabib craint maintenant que le jugement ouvre la porte à tous les accommodements. « On ouvre la porte à des demandes venant des minorités religieuses et des minorités culturelles qui vont saisir cette occasion pour demander eux aussi qu'on récite leur prière. Il me semble qu'on se dirige vers le cas de l'Ontario, en ce sens qu'on ouvre les séances du Parlement avec une récitation de six, sept, voire huit prières », déplore-t-elle.

Saguenay-Lac-Saint-Jean en direct Afficher le fil complet

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