La prière peut être récitée à Saguenay

Le reportage de Catherine Paradis

La Cour d'appel du Québec annule une décision du Tribunal des droits de la personne qui interdisait la récitation d'une prière au début des séances publiques du conseil municipal de Saguenay et demandait le retrait de tous les symboles religieux des salles où se tiennent les assemblées publiques.

Dans une décision d'une quarantaine de pages, les trois juges concluent que la récitation d'une prière au début des séances publiques du conseil municipal de Saguenay ne compromet pas la neutralité de la Ville. Le tribunal ajoute qu'il n'existe pas de conflit véritable entre les convictions morales du plaignant, Alain Simoneau, et les manifestations religieuses.

Selon la Cour d'appel, le Tribunal des droits de la personne n'avait pas l'autorité pour se prononcer sur la question des signes religieux.

Le juge Guy Gagnon critique aussi l'attitude du maire de Saguenay, en soulignant que l'intransigeance du maire Tremblay a amené un simple citoyen ainsi qu'une association sans but lucratif à défendre leurs principes jusqu'en Cour d'appel. 

« Il [Alain Simoneau] s'est buté à un maire qui a vu dans les revendications de l'un de ses citoyens l'occasion de mener en son nom personnel et au nom de la Ville un combat. En ayant ce mauvais réflexe, M. le maire a polarisé inutilement les positions respectives des parties », écrit le juge Gagnon.

La Cour d'appel parle des déclarations publiques du maire Jean Tremblay et le cite quand il parlait du procès devant le Tribunal des droits de la personne. « Ce combat-là, je le fais parce que j'adore le Christ. Quand je vais arriver de l'autre bord, je vais pouvoir être un peu orgueilleux. Je vais pouvoir lui dire je me suis battu pour Vous », disait le maire de Saguenay.

Les juges de la Cour d'appel affirment que ces propos du maire et son comportement « témoignent d'une absence de réserve élémentaire de la part de celui qui occupe une fonction élective et participe sur base quotidienne à la gouvernance de la Ville. »

D'autre part, les juges considèrent qu'Alain Simoneau n'a jamais démontré, dans les faits, que la prière et les objets religieux ont porté atteinte à sa dignité et qu'il a été traité comme une personne de moindre valeur. Ils disent également qu'il n'a pas fait la preuve que les signes religieux comportaient des germes de discrimination.

Jean Tremblay va réagir mardi, lors d'une conférence de presse à 10 h, à la décision de la Cour d'appel. Le porte-parole de la Ville de Saguenay a indiqué qu'il s'agissait d'un jour important et que le maire souhaitait analyser le jugement d'abord.

Le Mouvement laïque du Québec, qui appuie le citoyen Alain Simoneau dans ses démarches, va également réagir au jugement dans quelques jours.

Autres réactions

La première ministre du Québec, Pauline Marois, a refusé de commenter la décision de la Cour d'appel du Québec.

À l'hôtel de ville de Saguenay, le président de l'arrondissement de Jonquière, Réjean Laforest, souligne qu'il a toujours cru que les droits des citoyens n'étaient pas brimés par la prière.

« De mon point de vue, il y avait un entêtement au niveau de la laïcité pour essayer de tout enlever les signes religieux. On ne pense pas qu'on était délinquant. La preuve, c'est que les juges sont allés de notre côté. On a toujours cru en ça, on a eu foi en notre décision et notre position et ça vient nous conforter. » — Réjean Laforest, prés. arrondissement de Jonquière

De son côté, le chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD), Paul Grimard, a indiqué qu'il allait abolir la prière aux séances du conseil municipal de Saguenay s'il était élu maire, le 3 novembre. « C'est une bataille personnelle qu'a faite le maire Jean Tremblay, dit-il. C'est un mauvais combat, il n'aurait jamais dû le faire, il n'aurait jamais dû avoir lieu. »

Interrogés dans les rues de Saguenay, les citoyens semblent divisés sur le dossier de la prière.

« Je trouve qu'il a raison, le maire Tremblay pour ça, dit l'un d'eux, parce qu'ici, on fait ce qu'on veut et les autres font ce qu'ils veulent dans leur pays. »

« Je pense qu'il y a eu assez de temps là-dedans, croit un autre homme. Je trouve que ça devrait s'arrêter là. »

Saguenay-Lac-Saint-Jean en direct Afficher le fil complet

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