Un tunnel entre Québec et Lévis « faisable » au coût de 4 milliards

Reportage de Guylaine Bussière sur le dévoilement d'une étude sur un troisième lien à Québec

La construction d'un tunnel reliant Québec et Lévis dans le secteur de la pointe ouest de l'île d'Orléans serait « faisable techniquement » et les coûts de construction s'élèveraient à 4 milliards de dollars.

Le professeur de l'École polytechnique de Montréal, Bruno Massicotte, a dévoilé ce matin les conclusions de l'étude de faisabilité qui lui a été commandée l'automne dernier par le ministère des Transports.

L'étude fait le point sur la faisabilité technique, les conditions géologiques, la conception envisagée et les coûts estimés pour la réalisation d'un tel lien entre les extrémités est de Québec et de Lévis.

Le tunnel mesurerait 7,8 kilomètres et relierait l'autoroute 20, dans le secteur de la route Lallemand, à l'autoroute 40 à Beauport. Il faudrait en fait forer deux tunnels, l'un en direction sud et l'autre en direction nord, avec des accès d'urgence entre les deux.

Selon M. Massicotte, la construction d'un tunnel nécessiterait un investissement majeur notamment en raison de travaux requis pour consolider le sol dans le secteur. Il explique que des sols liquéfiables en cas de séisme se situent à l'endroit où serait construit le tunnel et que le problème pourrait être surmonté en injectant du béton dans le sol. 

Il en coûterait de plus 2,3 milliards de dollars, selon l'expert, pour entretenir et exploiter le tunnel sur 100 ans. « Combien ça coûte opérer un tunnel par année, électricité, faut le ventiler, l'éclairer, caméras de surveillance et tout, les équipes d'inspection, donc au meilleur de nos connaissances [...] on arrive à 10 millions par année de coûts d'opération », détaille-t-il.

Bruno Massicotte estime par ailleurs que la faille de Logan dans le secteur ne constitue pas un obstacle à la construction du tunnel. Elle est inactive depuis environ 250 millions d'années.

Infrastructure proposée

  • longueur de 7,8 km;
  • deux tunnels (pour les deux directions) de 11,5 m de large par 5,5 m de haut;
  • 4 milliards pour la construction;
  • 2,3 milliards pour l'entretien sur 100 ans;
  • 13 ans pour la réalisation.

Pas avant 2030

Si on décide d'aller de l'avant avec la construction, la mise en service ne serait pas envisageable avant 13 ans, estime M. Massicotte. Il faudrait entre autres faire des études d'avant-projet pour mieux caractériser le sol, évaluer les risques sismiques, établir les plans et devis, fabriquer et assembler de même que construire la structure.

« On parle, dans un échéancier plausible optimiste, dans le sens qu'il n'y a pas d'embûches, d'un horizon de 2030 pour la mise en service du tunnel. »

La construction en tant que telle devrait s'amorcer du côté de la Rive-Sud pour se poursuivre durant quatre ans.

Pas moins cher avec un pont

Selon Bruno Massicotte, par ailleurs, construire un pont au même endroit ne coûterait pas beaucoup moins cher à cause de la largeur de la voie maritime.

« Ce serait un pont de très grande amplitude. Si on regarde le pont Champlain à Montréal de 4 km de long, il coûte de 3,5 à 4 milliards et la traversée de la voie maritime c'est à peu près 200 m. Alors, faire un pont de 6, 7 km, ce serait très cher. »

Un tunnel est aussi plus cher à exploiter qu'un pont, mentionne M. Massicotte.

Le dévoilement de l'étude réalisée au coût de 105 000 $ était attendu depuis plusieurs mois pour lancer un débat de fond sur la construction d'un tunnel entre les deux plus grandes villes de la région. La troisième traversée du fleuve s'ajouterait aux deux ponts existants pour joindre Québec et Lévis.

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