Inconduite sexuelle dans l'armée : des réactions partagées au premier rapport

L'ex-militaire Alexandra-Kim Martin Roberge L'ex-militaire Alexandra-Kim Martin Roberge  Photo :  ICI Radio-Canada

Le premier rapport d'étape sur les cas d'inconduite sexuelle dans l'armée, qui fait état de huit nouvelles enquêtes à la suite de la mise en place d'un centre d'intervention, reçoit un accueil partagé dans la communauté militaire. Certains estiment que les nouvelles dénonciations représentent un pas dans la bonne direction, mais, pour d'autres, la démarche amorcée par les Forces armées n'est pas suffisante.

Le chef d'état-major de la Défense, Jonathan Vance, a indiqué lundi que huit enquêtes disciplinaires ont été déclenchées depuis la création d'un Centre d'intervention sur l'inconduite sexuelle, en septembre dernier. Plus de 200 personnes sont entrées en contact avec le Centre, dont quelque 85 pour des cas d'infraction sexuelle et de harcèlement sexuel.

« Les chiffres m'ont beaucoup impressionnée. Je trouve ça bien. […]  Ça démontre clairement que le harcèlement et les comportements inadéquats sont présents au sein des Forces », exprime l'ex-militaire Alexandra-Kim Martin Roberge, dont la carrière a été brisée après qu'une vidéo à caractère sexuel d'elle ait circulé au sein des Forces.

Elle croit toutefois que les femmes ne sont pas encore à l'aise de contacter le Centre d'intervention qui est géré par les Forces canadiennes et qui a été créé dans la foulée du rapport accablant de l'ancienne juge de la Cour suprême, Marie Deschamps, qui dénonçait la culture « hostile aux femmes » dans l'armée. L'organisme reçoit les plaintes par téléphone et courriel uniquement pour l'instant.

« Les femmes ne se sentent pas à l'aise de téléphoner, parce que lorsqu'on appelle, ils nous demandent des informations personnelles. On sent encore que c'est un peu pour protéger l'unité et peut-être pas la victime », déplore la jeune femme.

Un centre indépendant

Le colonel à la retraite et avocat Michel Drapeau, qui a agi comme consultant auprès de Stéphanie Raymond, une ex-militaire qui a poursuivi l'armée pour agression sexuelle, estime que le centre d'intervention devrait être indépendant pour être efficace, comme l'avait recommandé l'ex-juge Deschamps.

« Je ne vois pas là-dedans beaucoup de gens qui ont fait appel comme victime, pour du support immédiat, du support médical, psychologique et autres. Le centre rencontre peut-être les besoins des Forces armées, mais ne rencontre pas du tout les besoins des victimes. Toutes celles à qui j'ai parlé ne font pas confiance en ce centre », soutient Michel Drapeau.

L'ex-militaire Jonathan Wade, directeur du groupe d'analyse The Sentinel, a espoir que les mentalités changent dans l'armée. « Il y a vraiment un bon premier pas. Il faut que cette culture-là change. L'espèce de lavage de linge sale en famille, le fait que les femmes se fassent moins bien traiter que les hommes, il faut que ça change », plaide-t-il.

Et il croit que le chef d'état-major Jonathan Vance est la bonne personne pour faire bouger les choses. « Connaissant le général Vance pour l'avoir rencontré en Afghanistan, s'il y a un chef d'état-major de la Défense qui peut changer quelque chose, c'est lui. »

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