Qui prend hiver prend pays

Qui prend hiver prend pays

Le rapport à l’hiver n’est pas le même pour ceux qui connaissent le froid depuis toujours et ceux qui l’ont découvert en cours de vie. Avec tuque et mitaines, nous avons rencontré des immigrants pour tenter de découvrir quel rôle l’hiver a joué dans leur intégration au Canada. La majorité d’entre eux s’entendent sur une chose : qui prend hiver prend pays.

« La première chose que les gens disent, c’est que c’est froid au Canada. Ils ne disent pas que c’est loin ou autre chose, ils disent que c’est froid! » Imane El-Rachidi, du Maroc, 5e hiver

Découvrir l'hiver

« Quand j’ai vu la petite neige tomber la première fois, je me demandais : “Mais qui est en train de jeter du papier?” » Gislaine Moraes, du Brésil, 8e hiver

Le premier contact avec l’hiver ne laisse personne indifférent. Si le Canadien d’origine songe à de lointains souvenirs, l’immigrant évoque tout de suite un moment précis qu’il se rappelle dans ses moindres détails. Parmi les thèmes les plus évoqués chez les immigrants rencontrés : le froid, la lumière et la beauté de la neige.

La découverte de l’hiver est parfois féerique, parfois saisissante… et parfois un heureux mélange des deux. Martin Santos est né au Pérou, il vit son sixième hiver au pays. Si au départ la blancheur de l’hiver l’a séduit, la froideur de cette beauté a aussi soulevé des craintes.

« Avec mes enfants, on se prenait la main. On se regardait dans la rue, pleine de neige, on se demandait : “Est-ce qu’on va survivre à ça?” » Martin Santos, du Pérou, 6e hiver

Défier l'hiver

« Un moment donné, je trouvais que tout rétrécissait sur ma personne… Et là je commençais à paniquer! » Fernand-Bienvenue Ackey, du Togo, 15e hiver

Prendre un nouveau pays signifie explorer un nouveau territoire et tout ce qu’offre sa cartographie. Parmi ses affres : le lot de défis qu’amène l’hiver tant qu’on n’a pas appris à s’en faire un ami.

Outre le froid comme principal obstacle évoqué par les immigrants qui se sont prêtés au jeu de l’émission Qui prend hiver prend pays, il est souvent question de l’isolement et des conséquences psychologiques que cela peut provoquer. « Rester dans son salon sans sortir à l’extérieur parce qu’on a peur de l’hiver, c’est avoir froid à l’intérieur de soi, c’est vivre un hiver intérieur », nous dit l’auteur d’origine sénégalaise Babacar Ba.

« Je n’aime pas la neige! Je veux pas jouer dans la neige! Je veux rester au chaud à la maison! » Adama Lo, du Sénégal, 2e hiver

« Je me rappelle bien que je n’arrêtais pas de tomber dans la neige à ma première journée au pays. Un ami m’a dit : “Ça, c’est ton baptême de feu avec la neige!” » Babacar BA, du Sénégal, 10e hiver

Les déplacements ne se font pas aussi facilement. Martin, Imane et Babacar se rappellent avoir dû adapter leurs pas à la neige. Si c’est tout naturel pour qui a vécu l’hiver très tôt dans sa vie, nos participants sont catégoriques, c’est comme si le cerveau devait commander autrement aux pieds la façon d’avancer!

Apprivoiser l'hiver

Nos participants à l’émission sont unanimes : on ne s’habitue pas au froid. Comme on ne s’habitue pas aux grandes chaleurs, d’ailleurs. Mais l’hiver fait partie de la vie au pays et il vaut mieux en tirer le meilleur parti.

« Sortez, ne restez pas isolés à la maison! Il y a toute une beauté à sortir marcher l’hiver! » Bato Redzovic, de Bosnie, 21e hiver

« Qui prend hiver prend pays? Je ne sais pas si c’est seulement l’hiver mais, moi, j’ai pris pays… incluant l’hiver! » Jean Mohsen Fahmy, de l’Égypte, 48e hiver

Alors, est-ce qu’on peut valider la phrase « Qui prend hiver prend pays? » Tous les participants à l’émission s’entendent pour dire qu’ils ont pris pays pour le meilleur et pour le pire. Là où on ne s’entend pas, c’est au moment d’affirmer si l’hiver fait partie du meilleur ou du pire.



Question philosophique en marge de notre réflexion sur le rapport entre hiver et immigrant : l’hiver est-il source de bonheur ou de malheur?

David Robichaud
Le philosophe David Robichaud, 38e hiver

Nous avons demandé à nos participants de nommer un objet dont ils ne se séparent jamais durant l’hiver.

Patins


Équipe

Réalisateur et concepteur : David Thibodeau
Photographe : Lévy L. Marquis
Monteur : Émilie Parisien
Caméramans : Laurent Racine et Michel Aspirot
Designer / intégrateur / développeur : Martin Labbé
Édimestre : Marie-Eve Potvin
Réviseur : Louis Emond
Coordonnatrice de contenus web : Brigitte Essiambre
Chef de la programmation et du développement : Chantal Jolicoeur

Remerciements : Marie-Pier Guilemette, Gislaine Moraes, Ikram Benfellan, Youyou Nsembe, Adama Lo, Hassanatou Diallo, Bato Redzovic, Martin Santos, Imane El-Rachidi, Fernand-Bienvenue Ackey, Jean Mohsen Fahmy, Babacar BA, Hassan Rabib, Janet Laurin et David Robichaud