Allégations de racisme envers un militaire autochtone

Les explications de Mathieu Gohier

Un rapport obtenu par CBC fait état de graves allégations de harcèlement et de racisme envers un membre autochtone des Forces armées canadiennes (FAC) de la base de Petawawa.

Les insultes et les menaces auraient été tolérées par les sous-officiers, qui sont sévèrement blâmés dans le rapport.

Marc Frenette allègue que des membres de son escadron de la base militaire de Petawawa se sont moqués de lui sur une base quotidienne, pendant des années. Il affirme qu'on le traitait, par exemple, de « kawish » et de « wagon burner », et qu'on lui demandait s'il fumait le calumet de paix.

Le rapport interne des Forces canadiennes fait état d'un commandement « mauvais, incompétent et irrégulier [poor, incompetent and inconsistent] », ce qui a permis au harcèlement présumé de se poursuivre.

M. Frenette, qui est technicien en systèmes aéronautiques, a l'intention de quitter les FAC à la fin du mois de février, alors que ses dirigeants s'apprêtent à lancer une nouvelle stratégie au sujet de la diversité, qui vise à aider le recrutement d'Autochtones.

« Si je rencontrais des jeunes Autochtones, je leur dirais de ne pas s'enrôler [trad. libre]. » — Marc Frenette

L'homme de 38 ans allègue qu'en février 2015, pendant qu'il réparait un hélicoptère Chinook, un membre de l'Aviation royale canadienne aurait tenu un briquet sous lui en lui lançant : « c'est le temps de brûler cet Indien avant qu'il ne brûle d'autres wagons [trad. libre] ». Le militaire affirme que cet incident a été, pour lui, le coup de grâce.

La femme de Marc Frenette, Kristina Paudash-Frenette. La femme de Marc Frenette, Kristina Paudash-Frenette.  Photo :  CBC

« Il était sur ses genoux dans la douche, pleurant, ne sachant pas comment il pourrait continuer comme ça [trad. libre] », raconte de son côté sa femme, Kristina Paudash-Frenette.

Peu après l'incident, Marc Frenette a envoyé une plainte de deux pages à son adjudant-chef, demandant un transfert parce qu'il craignait pour sa sécurité.

Un rapport accablant

Le commandant du 450e Escadron tactique d'hélicoptères de l'ARC, Chris McKenna, a commandé une enquête interne à la suite de cette affaire. Le rapport final, dont CBC a obtenu copie, révèle que 25 membres de l'escadron ont été interviewés et ont omis des informations, ou ont livré un témoignage partiel sur les événements.

« C'est inacceptable », écrit McKenna dans le rapport. Le commandant se dit déçu du mauvais comportement des membres, mais aussi du manque de leadership des supérieurs.

« Je suis horrifié par le manque d'actions immédiates entreprises [trad. libre]. » — Chris McKenna, commandant du 450e Escadron tactique d'hélicoptères de l'ARC

Lorsqu'il a commencé à se plaindre de sa situation à ses supérieurs, Marc Frenette raconte qu'on lui a conseillé de rire de ces événements.

« J'avais l'impression que c'était une bataille », raconte-t-il. « Je devais me battre avec la chaîne de commandement, alors que j'espérais qu'elle pouvait m'aider. »

Examen de conscience nécessaire

De son côté, le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, croit que le gouvernement fédéral et l'armée doivent faire un examen de conscience à la suite de cette affaire.

« Est-ce que c'est vraiment limité ou est-ce que c'est répandu, finalement, au sein des divers ministères ou niveau fédéral? Je pense que la question se pose », lance-t-il.

De 2001 à 2012, 290 plaintes de racisme ont été reçues au ministère de la Défense nationale ; 129 d'entre elles ont été jugées fondées.

Avec les informations de CBC et de Mathieu Gohier

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