Les stéroïdes présentent de grands dangers pour le corps et l'esprit

Troisième volet de l'enquête du journaliste Louis Blouin sur le trafic de stéroïdes : les risques pour la santé physique et mentale.

Exclusif - Alors qu'une enquête de Radio-Canada révélait cette semaine qu'il était facile de se procurer des stéroïdes à Gatineau, ces produits présentent des risques importants pour la santé.

Les adeptes de ces substances, dont le trafic est illégal, consomment souvent plusieurs produits à la fois dans le but d'atteindre leur objectif, soit un corps musclé.

La spécialiste Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire du contrôle du dopage, connaît bien les dangers de ces cocktails. « C'est très dangereux pour le foie ces produits-là et pour les reins. Il y a vraiment une grande naïveté », souligne-t-elle.

Elle cite notamment en exemple les effets de la testostérone, une forme de stéroïdes utilisée par les consommateurs. « Il y a l'apparition d'une poitrine, qui est un effet indésirable. Donc, on prend des antiœstrogènes, des substances qu'on va prendre [habituellement] quand la personne a un cancer du sein », explique-t-elle.

Ces combinaisons peuvent entraîner des effets secondaires importants, sans compter les risques d'infections lors des injections.

La puissance poussée à l'extrême

Pour un ex-consommateur de stéroïdes, qui s'est confié à Radio-Canada sous le couvert de l'anonymat, c'est une importante perte de poids qui l'a poussé à consommer de telles substances.

« Un moment donné, quand je me suis regardé dans le miroir, j'étais rendu trop petit. Je n'étais pas habitué avec ce poids-là. [...] C'est juste que je n'étais plus à l'aise. J'étais habitué d'être pesant », raconte-t-il.

« Quand tu passes 20 à 30 heures dans un gym par semaine, tu penses que c'est ça ta vie et tu veux te mesurer aux autres », ajoute-t-il.

Diane Pacom, professeure titulaire de sociologie à l'Université d'Ottawa. Diane Pacom, professeure titulaire de sociologie à l'Université d'Ottawa.

Diane Pacom, professeure titulaire de sociologie à l'Université d'Ottawa, explique que les consommateurs de stéroïdes recherchent un sentiment de puissance.

« Pour eux, c'est cette euphorie de se voir au jour le jour métamorphosés dans un personnage qui, dans leur esprit, est absolument imbattable. C'est la puissance poussée à l'extrême », explique Mme Pacom.

Certaines personnes finissent même par développer un trouble de santé mentale appelé bigorexie, soit une dépendance à une activité physique excessive.

« Ce n'est jamais assez gros. Alors toute la vie de la personne tourne autour de l'utilisation [des stéroïdes], comment se procurer ces substances, lever des poids, prendre des stéroïdes, plus les protéines, plus tout ce qui vient autour. » — Christiane Ayotte, directrice du Laboratoire du contrôle du dopage

Les utilisateurs de stéroïdes sont en outre davantage sujets à l'agressivité. « Ce sont des personnes qui peuvent réagir plus violemment lorsqu'elles se sentent agressées et ces stéroïdes font qu'elles réagissent plus violemment. Elles ont la mèche courte », explique Christiane Ayotte.

Il est aussi difficile pour les consommateurs de se sortir de ce cercle vicieux. « Si tu perds ça, tu perds tout. Parce que quand les gens ne vous ne regardent plus, c'est fini. Vous n'êtes plus là. Vous êtes comme mort », précise Diane Pacom.

En finir avec les stéroïdes

Grâce à l'intervention d'un ami, l'ex-consommateur qui s'est confié à Radio-Canada a réussi à arrêter de prendre des stéroïdes. Il n'écarte toutefois pas la possibilité d'en reprendre un jour.

« Dans de ma tête, je me dis toujours : "ce n'est pas grave, en deux mois, je peux revenir au corps de plage que j'avais dans ce temps-là" », raconte-t-il.

Pour la professeure Diane Pacom, notre société de l'éphémère attire ce type de comportement. « Il ne faut pas que les choses soient trop longues. On passe d'une passion à l'autre. Toute notre société est imbibée de cela. Il faut que le résultat soit immédiat, puis on passe à autre chose », explique Mme Pacom.

D'après le reportage de Louis Blouin.