Un vent de renouveau dans les institutions culturelles de l'Ontario

Le Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) Le Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO)

Au cours des prochaines semaines, des grandes institutions culturelles et festivals de l'Ontario auront des nouveaux directeurs. C'est le cas du Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) qui accueille, cette semaine, Stephan Jost à la direction générale du musée. Mais de tous ces nouveaux « leaders » culturels, aucun n'est Canadien. Pourquoi? Et, qu'est-ce que ces personnes venues d'ailleurs apportent à nos institutions culturelles?

Un texte de Kevin SweetTwitterCourriel

Du nouveau à l'AGO

Stephan Jost en est à sa deuxième journée à titre de directeur général du Musée des beaux-arts de l'Ontario. L'Américain de 47 ans succède au Canadien Matthew Teitelbaum qui a dirigé le musée pendant 17 ans. Il nous arrive du Musée d'art de Honolulu qu'il a dirigé pendant 5 ans.

« Diriger un musée, comme le Musée des beaux-arts de l'Ontario, c'est comme un sport d'équipe. C'est ce que je trouve intéressant d'arriver dans une nouvelle institution et dans une nouvelle ville. J'en ai tellement à apprendre », soutient Stephan Jost, nouveau directeur général du Musée des beaux-arts de l'Ontario.

Stephan Jost reconnait qu'il a, en effet, beaucoup de choses à apprendre. Il en sait très peu sur Toronto, malgré le fait d'avoir un mari d'origine torontoise.

Stephan Jost, directeur général du Musée des beaux-arts de l'Ontario. Stephan Jost, directeur général du Musée des beaux-arts de l'Ontario.  Photo :  Musée des beaux-arts de l'Ontario

Il connait très peu les artistes canadiens. Par contre, son expérience dans une ville où il y a une grande diversité culturelle comme Honululu, est l'une des raisons pour lesquelles il a été embauché à Toronto.

Mais il n'est pas le seul qui aura des devoirs à faire. Il est l'un de quatre nouveaux dirigeants d'institutions culturelles et de festivals en Ontario qui ne sont pas originaires du Canada.

Les nouveaux visages

L'an prochain, l'Australienne Josephine Ridge succèdera à Jorn Weisbrodt à la direction artistique du Festival Luminato.

Josephine Ridge, prochaine directrice artistique du Festival Luminato. Josephine Ridge, prochaine directrice artistique du Festival Luminato.  Photo :  Festival Luminato

Depuis trente ans, elle est directrice artistique du Melbourne Festival, un des festivals multidisciplinaires les plus réputés de l'Australie.

Sous sa direction artistique, le festival a attiré plus de spectateurs. Sa programmation a aussi largement contribué à augmenter les revenus aux guichets.

« Josephine a une excellente et impressionnante réputation sur la scène internationale. Elle est connue comme un « leader » de grand talent. » — Anthony Sargent, directeur général, Festival Luminato

Le festival Shaw, dans la région de Niagara-on-the-Lake, a aussi un nouveau directeur artistique : le Britannique Tim Carroll succède à la Canadienne Jackie Maxwell. Il faisait partie d'une liste de 30 candidats et le conseil d'administration l'a choisi à l'unanimité.

Le Britannique Tim Carroll arrive à la direction artistique du festival Shaw. Le Britannique Tim Carroll arrive à la direction artistique du festival Shaw.  Photo :  Festival Shaw

Au Musée royal de l'Ontario, un nouveau directeur général est en poste depuis deux semaines seulement. Josh Basseches est un Américain qui arrive du Musée Peabody au Massachusetts.

« Le ROM avait une histoire et un prestige non négligeable sur la scène internationale. J'ai considéré travailler dans plusieurs autres institutions culturelles en Amérique du Nord, mais le Musée royal de l'Ontario me semblait le plus dynamique. La ville de Toronto aussi me semblait dynamique. »

Un problème de perception et de formation

Mais pourquoi des Canadiens n'accèdent-ils pas à ces postes ? Sherri Helwig, professeure associée dans le département des arts à l'Université de Toronto, explique que, souvent, un conseil d'administration va choisir une personne de l'extérieur, car elle a une moins longue histoire avec l'institution et donc, moins de bagages.

« Le bassin de candidats potentiels devient plus grand si un conseil d'administration regarde qui sont les candidats potentiels à l'extérieur du pays. Il y a une plus grande diversité quant aux choix, ce qui permet de nouvelles perspectives et un renouveau. » — Sherri Helwig, professeure associée, Université de Toronto

Elle avance aussi qu'il y a un problème au Canada quant à la reconnaissance des compétences de candidats canadiens.

« Il y a au Canada un sentiment d'infériorité. Ce problème existe aussi dans le secteur culturel où les candidats canadiens sont perçus comme inadéquats », dit-elle.

Alexander Neef, l'Allemand qui dirige la Canadian Opera Company depuis 2008 explique aussi que la petitesse de la communauté culturelle au pays n'aide pas la cause des Canadiens qui aimerait devenir « leaders » d'institutions.

Alexander Neef dirige la Canadian Opera Company. Alexander Neef dirige la Canadian Opera Company.  Photo :  CBC

« La scène culturelle au Canada est très petite. Faire une carrière au Canada, c'est difficile parce qu'il n'y a pas assez de postes et de mouvements dans le secteur », soutient Alexander Neef, directeur artistique et général de la Canadian Opera Company.

Ce qui fait en sorte que les Canadiens décident de quitter le pays pour des opportunités ailleurs ou comme il ne reçoivent pas la formation et l'expérience nécessaire pour éventuellement prendre les reins d'une institution culturelle existante, ils décident créer de nouvelles compagnies.

Une communauté culturelle accueillante

Lorsqu'il est arrivé en poste à la Canadian Opera Company, il a trouvé que la communauté culturelle de Toronto l'a accueilli avec curiosité et un grand intérêt pour ce qu'il pouvait apporter. C'est dans cet esprit-là qu'il a commencé à construire des ponts. Aujourd'hui, ses origines ne sont plus au coeur des discussions.

« Ce n'est pas une question d'être Canadien ou pas, selon moi, mais de DEVENIR Canadien. C'est un pays d'immigrants. À part les peuples autochtones, tout le monde est venu de quelque part. Pourquoi pas les leaders culturels ? » — Alexander Neef, directeur artistique et général, Canadian Opera Company

Josh Basseches, du Musée royal de l'Ontario ne se préoccupe pas trop du fait qu'il n'est pas canadien. Il croit être la meilleure personne pour amener le Musée royal de l'Ontario dans la bonne direction et le faire rayonner sur la scène internationale.

Josh Basseches est le nouveau directeur général du Musée royal de l'Ontario, en poste depuis le début avril 2016. Josh Basseches est le nouveau directeur général du Musée royal de l'Ontario, en poste depuis le début avril 2016.  Photo :  Musée royal de l'Ontario

« Je pense que ça indique que la ville de Toronto a une réputation internationale parce que des gens de partout au monde veulent venir ici pour travailler », affirme, Josh Basseches, directeur général du Musée royal de l'Ontario.

La situation aux États-Unis

Selon Stephan Jost, trois des dix musées les plus prestigieux aux États-Unis ne sont pas dirigés par des Américains.

Il cite le Canadien Matthew Teitelbaum qui dirige maintenant le Musée des beaux-arts de Boston, le Britannique Thomas P. Campbell dirige le Metropolitain Museum of Art à New York et puis Max Hollein, un Allemand qui dirige le Musée des beaux-arts de San Francisco.

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