Kathleen Wynne, équilibriste

Le ministre des Finances, Charles Sousa, dépose le budget 2016, en compagnie de la première ministre Kathleen Wynne. Le ministre des Finances, Charles Sousa, dépose le budget 2016, en compagnie de la première ministre Kathleen Wynne.  Photo :  PC/Nathan Denette

Il faut bien maîtriser l'art du compromis pour être à la fois un chantre de la justice sociale et un champion du déficit zéro. Ou alors il faut un bon coup de pouce de l'économie. On retrouve les deux dans le dernier budget : ce mélange social-démocratie-libérale allié à une hausse imprévue des revenus de l'État.

Une chronique d'Alex BoissonneaultTwitterCourriel

Il n'empêche qu'encore une fois, Kathleen Wynne a dû mettre ses talents d'équilibriste à l'épreuve en tâchant de satisfaire les agences de crédit sans renier ses engagements sociaux. Ses efforts semblent avoir porté leurs fruits.

Force est de constater que si le budget en déçoit plusieurs, ce qui est inévitable, il peut aussi compter sur de nombreux appuis, à gauche, comme à droite. Il faut quand même reconnaître que le gouvernement a été applaudi jeudi à la fois par la Chambre de commerce de Toronto, l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance, la Fondation David Suzuki et la Fédération canadienne des étudiants.

Il y a les choix

D'un côté, il y a la réduction du déficit à 4,3 milliards de dollars, de l'autre, la gratuité scolaire pour les étudiants moins nantis du postsecondaire. D'un côté, le gouvernement donne 100 millions de dollars pour lutter contre la violence faite aux femmes autochtones, de l'autre, il double presque la franchise que les personnes âgées qui gagnent plus de 19 300 $ par année doivent payer pour leurs médicaments.

Avec le marché du carbone, qui fait payer les pollueurs, la province satisfait les environnementalistes tout en augmentant son revenu de presque 2 milliards de dollars. Tout le monde devra mettre l'épaule à la roue, mais alors que le prix du carburant et du gaz naturel doit augmenter, la province promet de réduire de 2 $ par mois le prix de l'électricité.

Il y a l'augmentation des taxes sur le vin, les 333 millions de dollars sur 5 ans aux familles d'enfants autistes, l'élimination des crédits d'impôt pour les activités des enfants, et bien d'autres mesures, qui témoignent bien de cette capacité à donner d'une main, pour prendre de l'autre.

Les cours du baril du brut, à la baisse, obligent les économistes à réajuster leurs prévisions. Les cours du baril du brut, à la baisse, obligent les économistes à réajuster leurs prévisions.  Photo :  PC/Doug Ives

Et il y a le pétrole

Mais le gouvernement de Kathleen Wynne a aussi pu compter sur une aide « providentielle » : la chute du dollar et du prix du pétrole. Dans son discours budgétaire, le ministre des Finances, Charles Sousa, a lui-même reconnu que « les dieux de l'économie ont souri à la province ».

L'effet de la baisse du dollar est plus limité que prévu. Même s'il favorise les exportations, le secteur manufacturier ontarien était trop affaibli pour en profiter pleinement. En revanche, pour ce qui est du prix du brut, « l'impact est réel », disait jeudi l'économiste de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie. L'économie a été fortement stimulée à la fois par les consommateurs qui ont plus d'argent à dépenser, et par l'industrie, qui peut produire à moindres frais.

Résultat : une croissance de 2,5 % en 2015, deux fois plus importante que la moyenne nationale, dont l'effet s'est naturellement fait sentir sur les revenus de la province. Le ministre Sousa prévoit par ailleurs une augmentation substantielle des transferts du gouvernement fédéral : presque 2 milliards de dollars de plus cette année et l'année prochaine.

Reste donc à savoir si les étoiles seront toujours alignées cette année... Kathleen Wynne a pu jouer les funambules sans trop de mal jusqu'à maintenant, mais si le vent devait tourner dans l'économie ontarienne, elle pourrait bien perdre ce fragile équilibre.

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