Le budget ontarien et le réchauffement climatique

Le ministre des Finances de l'Ontario, Charles Sousa Le ministre des Finances de l'Ontario, Charles Sousa  Photo :  PC/Frank Gunn

En présentant son budget le 25 février, le ministre des Finances de l'Ontario fait l'histoire, deux fois plutôt qu'une. D'abord, il s'agit du 9e budget déficitaire d'affilée présenté par la province. Ensuite, de mémoire récente, jamais un budget n'a été présenté aussi tôt dans l'année.

Un texte d'Alex BoissonneaultTwitterCourriel

Où est l'urgence? Le ministre des Finances, Charles Sousa, parle de « programmes à mettre en oeuvre » et « d'incertitude économique ». Ce n'est qu'une partie de la réponse... et pas la plus importante. Du bout des lèvres, le ministre admet qu'il y a aussi le facteur « réchauffement climatique », pourtant fondamental au dépôt d'un budget aussi hâtif : il s'agit de la mise en place du système de plafonnement et d'échange des droits d'émissions de gaz à effet de serre.

Le CO2 qui paye

Cheville ouvrière de la stratégie ontarienne de lutte contre les changements climatiques, le marché du carbone est aussi une source de revenu potentiellement importante du gouvernement. Or, pour y avoir accès, la province doit d'abord vendre des « droits d'émission de gaz à effet de serre » dans le cadre de ventes aux enchères qui auront lieu ponctuellement.

La première doit avoir lieu en mars 2017 pour les compagnies ontariennes. Des enchères similaires devraient se tenir par la suite tous les trimestres, d'abord en Ontario seulement, puis par la suite, avec les autres participants, soit le Québec, la Californie et le Manitoba.

Dès la prochaine année financière, l'Ontario espère tirer entre 300 et 350 millions de dollars de sa lutte contre les changements climatiques. Pour ce faire, il doit participer à une première enchère en 2016-2017. Or, dès l'année suivante, le gouvernement compte profiter de trois enchères, avec un revenu potentiel de 1,3 milliard de dollars. L'impatience du gouvernement à déposer son budget devient soudainement plus compréhensible.

Le système de plafonnement et d'échange de droits d'émission de GES est extrêmement complexe. Des changements doivent être apportés à la loi, et le marché doit répondre aux exigences qui s'appliquent à tous les participants. La province a besoin de temps pour se préparer, question d'être prête à participer aux enchères dès l'année financière en cours.

Budget de l'Ontario

L'environnement à la pompe

Qui dit revenu supplémentaire pour le gouvernement dit dépense supplémentaire pour quelqu'un d'autre. Il reviendra aux entreprises et aux consommateurs de « payer pour polluer ». Le budget donnera des détails sur le fonctionnement du marché du carbone en Ontario. Le cadre légal nécessaire à sa mise en oeuvre sera présenté simultanément au public.

La première ministre a néanmoins donné mercredi matin une idée de ce que ça pourrait signifier pour les Ontariens : 4,3 cents de plus pour chaque litre d'essence et une hausse mensuelle de 5 $ pour le gaz naturel des ménages. Par contre, Kathleen Wynne promet de « protéger les consommateurs d'électricité » contre toute augmentation du prix de l'énergie. Quitte à utiliser les revenus du marché du carbone pour garder le coût d'électricité bas, a-t-elle ajouté.

Déjà des exemptions?

« La facture sera bien plus salée si nous ne faisons rien contre les changements climatiques », a martelé la première ministre. Reste à savoir plus salée pour qui. Le ministre de l'Environnement Glenn Murray a déjà reconnu que certains pollueurs pourraient recevoir de l'aide du gouvernement pour assurer la « transition ».

Essar Steel Algoma à Sault-Sainte-Marie Essar Steel Algoma à Sault-Sainte-Marie  Photo :  Mathieu Grégoire

L'Ontario a des objectifs de réduction des émissions polluantes parmi les plus exigeants au pays : 80 % par rapport au niveau de 1990 d'ici 2050, 15 % d'ici 2020.

Plus de certitudes à prévoir dans le plan quinquennal qui sera présenté en avril par le ministre de l'Environnement.

Dossiers et plus