Une pianiste accuse l'Orchestre symphonique de Toronto de censure, les réactions fusent

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Gabrielle Sabourin parle de la controverse impliquant une pianiste russe née en Ukraine et l'Orchestre symphonique de Toronto

Les réactions fusent sur les réseaux sociaux depuis que la pianiste Valentina Lisitsa a incité les internautes à faire pression sur l'Orchestre symphonique de Toronto après l'annulation de ses prestations cette semaine en raison de propos qu'elle a tenus sur le conflit en Ukraine.

Selon la direction de l'Orchestre, les commentaires prorusses faits par l'artiste de 41 ans sur le réseau Twitter ont été jugés « très offensants » par plusieurs.

La pianiste, une Russe d'origine, née en Ukraine, mais qui vit maintenant aux États-Unis, a dénoncé les atrocités de la guerre civile dans l'est et le sud de l'Ukraine, en particulier celles commises contre la minorité russe. Elle a également critiqué les membres du gouvernement ukrainien, qu'elle a traités de « voleurs ».

« Ils [dirigeants ukrainiens] ont canalisé la colère contre des ennemis souvent imaginaires et, encore pire, ont tourné les gens les uns contre les autres.   » — Valentina Lisitsa, pianiste

Sur Facebook, la pianiste raconte avoir mené une « double vie » au cours de la dernière année, dénonçant la « classe dirigeante » de l'Ukraine dans les médias sociaux, tout en faisant des concerts un peu partout dans le monde. 

Les explications du TSO

Dans un communiqué, le président et directeur général de l'Orchestre symphonique de Toronto, Jeff Melanson, explique qu'en tant qu'organisme culturel canadien d'importance, l'Orchestre met l'accent sur les prestations musicales et ne veut pas faire de place à des opinions pouvant être offensantes.

Valentina Lisitsa affirme, elle, que l'Orchestre cède face à un « petit lobby militant » qui prétend représenter la communauté ukrainienne.

Le TSO a indiqué que le Torontois Stewart Goodyear remplacerait Mme Lisitsa au piano pour l'interprétation du Concerto pour piano no 2 de Rachmaninov.

Mme Lisitsa affirme qu'elle sera payée quand même.

À écouter aussi : Le sociologue Fuyuki Kurasawa, de l'Université York, à Toronto, qualifie la décision de l'Orchestre de « troublante ».

Des réactions mitigées

En entrevue à l'émission Le Midi Trente Ontario, le sociologue Fuyuki Kurasawa, de l'Université York, à Toronto,qualifie la décision de l'Orchestre de « troublante ».

Il souligne qu'il y a une longue tradition d'artistes qui ont eu droit de parole et pour certains d'entre eux, ce droit de parole est une responsabilité.

« Au Canada, le seuil jugé légal est celui de l'incitation à la haine. Si l'on émet des propos qui incitent les autres à la haine d'un certain groupe de personnes, il y aura des limites. Ce qui est troublant dans ce cas-ci, que l'on soit prorusse ou pro-ukrainien, il ne semble pas que ses paroles, bien que controversées, incitent à la haine.  » — Fuyuki Kurasawa, sociologue à l'Université York, à Toronto

De son côté, la jeune violoniste Ariane Hamel sent que la liberté d'expression des artistes comme elle pourrait être menacée.

Question de liberté d'expression?

Le Congrès ukrainien canadien applaudit, au contraire, à l'annulation des prestations de Valentina Lisitsa, mercredi et jeudi, affirmant qu'elle a tenu des propos haineux.

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