Course à la direction du Parti libéral de l'Ontario

Kathleen Wynne doit déjà faire face à l'opposition

Le compte rendu de Christian Grégoire

La prochaine première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, n'a pas voulu réagir, lundi, aux requêtes formulées par les néo-démocrates et les conservateurs en échange de leur soutien au gouvernement libéral minoritaire.

Mme Wynne a esquivé les questions des journalistes à sa sortie d'une rencontre d'une heure avec son prédécesseur à l'Assemblée législative, Dalton McGuinty.

Le chef conservateur, Tim Hudak, a déclaré lundi que sa « priorité était la création d'emplois » et que son appui au gouvernement libéral dépendrait des actions de Mme Wynne à ce sujet.

Il s'est dit « optimiste », tout en s'inquiétant de la déclaration de Mme Wynne, qui a affirmé vouloir bâtir l'avenir sur les fondations coulées par Dalton McGuinty (son prédécesseur libéral). Selon lui, il faut réduire les dépenses.

Le chef conservateur a multiplié les annonces à saveur électoraliste au cours des dernières semaines. Par ailleurs, le PC a déjà lancé une campagne de publicité contre la nouvelle chef libérale, qui sera assermentée première ministre au cours des prochains jours.

De son côté, la chef du NPD, Andrea Horwath, a demandé, lundi, une enquête publique sur la coûteuse annulation de projets de centrales électriques au gaz naturel à Mississauga et à Oakville. Selon elle, c'est l'unique façon de « dépolitiser » cette décision qui a coûté au moins 230 millions de dollars au trésor public, en plus de paralyser la dernière session législative.

Mme Horwath a donné 30 jours à la prochaine première ministre pour se décider. Toutefois, elle n'a pas voulu préciser si elle laisserait carrément tomber le gouvernement minoritaire, quitte à avoir des élections, si la nouvelle chef libérale ignorait sa demande.

Mme Wynne, élue samedi pour succéder à Dalton McGuinty, affirme que « les Ontariens ne veulent pas d'une autre élection », moins d'un an et demi après la dernière.

Elle a tendu la main aux partis d'opposition pour garder son gouvernement minoritaire en vie.

Qu'en pensez-vous? Vous pouvez relire notre DISCUSSION EN DIRECT. Nos invités :

  • Jean-Marc Lalonde, ancien député libéral de la région d'Ottawa
  • Gilles Bisson, député néo-démocrate de Timmins-Baie James
  • Pamela Taylor, avocate et ex-candidate conservatrice


Fin de la prorogation

Kathleen Wynne discutera avec le caucus libéral mardi, avant de former son Cabinet.

Elle a par ailleurs répété, lors de sa première conférence de presse officielle dimanche, qu'elle allait rappeler les députés au travail le 19 février. Elle a affirmé qu'elle travaillerait avec les chefs de l'opposition pour trouver des terrains d'entente. « Nous devons travailler ensemble. Les rancoeurs et les coups bas à l'Assemblée législative ne peuvent pas continuer », a-t-elle affirmé. Elle veut ainsi éviter une élection provinciale.

Kathleen Wynne a parlé au chef du Parti conservateur, Tim Hudak, samedi soir. « Cela a été une conversation courte, mais positive. Un bon premier contact », a-t-elle affirmé. Elle s'attend à parler bientôt avec la chef du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario, Andrea Horwath.

Mme Horwath a publié un communiqué samedi soir pour féliciter Kathleen Wynne. « Je demande à la nouvelle première ministre de rappeler sans délai l'Assemblée législative de sorte que l'ensemble des députés, quelle que soit leur appartenance politique, puissent travailler à remplir la tâche leur ayant été confiée lors des dernières élections par les Ontariens et les Ontariennes », a-t-elle écrit.

Les contrats des enseignants resteront

Lors de son point presse, dimanche matin, Kathleen Wynne a aussi abordé le sujet brûlant de l'éducation et du conflit de travail entre la province et les enseignants. Des milliers d'entre eux ont d'ailleurs manifesté samedi à Toronto, à l'extérieur de l'ancien Maple Leaf Gardens où se tenait le congrès à la direction du Parti libéral de l'Ontario.

« Je compte rencontrer les enseignants et les conseils scolaires pour construire un autre processus », a déclaré la première ministre. Toutefois, Kathleen Wynne n'annulera pas les contrats en place imposés par le premier ministre démissionnaire Dalton McGuinty.

Économie

Kathleen Wynne devra aussi composer avec le déficit de la province, qui s'élève à près de 12 milliards de dollars. Elle compte reprendre le rapport de l'économiste Don Drummond et se pencher sur les recommandations qui n'ont pas été mises en oeuvre.

Elle a écarté, toutefois, l'idée de ralentir l'entrée en vigueur du programme de maternelle à temps plein, comme le recommandait M. Drummond. Le chef conservateur dit lui aussi que la province n'a pas les moyens, actuellement, de se payer un tel programme.

Mme Wynne affirme par ailleurs vouloir revoir le système d'aide sociale qui, selon elle, pénalise les gens et n'aide pas ceux qui entrent sur le marché du travail. « Ils participeront à l'économie. C'est une bonne chose pour eux en tant qu'individus, mais c'est encore mieux pour l'économie parce qu'ils deviennent plus productifs », a déclaré Kathleen Wynne.

Son adversaire conservateur, Tim Hudak, propose, lui, de réduire les prestations des personnes qui n'arrivent pas à se trouver un emploi.

Historique

Kathleen Wynne sera la première femme de l'histoire de l'Ontario à diriger la province.

« C'est énorme! Nous avons maintenant six femmes premières ministres au pays. C'est historique. » — Kathleen Wynne

La prochaine première ministre de l'Ontario est aussi ouvertement homosexuelle. « Je ne suis pas une militante homosexuelle et ce n'est pas de cette façon que je me suis engagée en politique », a-t-elle affirmé, « mais il est important pour moi que les jeunes et ceux qui ont peur puissent voir les possibilités et si je peux aider les gens à avoir moins peur, c'est une chose merveilleuse ».