Le SCFP conteste la suspension de 2000 cols bleus montréalais

Les explications de Jacques Bissonnet

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) s'adresse à la Commission des relations du travail (CRT) pour contester la décision de l'administration Coderre de suspendre quelque 2000 cols bleus de Montréal, dont des dirigeants syndicaux, dans la foulée du débrayage illégal du 8 décembre.

En conférence de presse, lundi matin, le SCFP a plaidé qu'il s'agissait de sanctions « abusives, excessives et démesurées », assimilables à un « lock-out partiel », et qui ont pour effet de « priver la population de services auxquels elle a droit ». Il a demandé à la CRT d'intervenir rapidement, afin de forcer la Ville à ne pas les appliquer.

Dans un communiqué publié quelques heures plus tard, la CRT a annoncé qu'elle convoquait le syndicat et la Ville à une audience mercredi, à 9 h 30.

Selon le directeur adjoint responsable du secteur municipal au SCFP, Marc Ranger, 78 % des cols bleus du service des travaux publics de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal ont été suspendus en même temps la semaine dernière, et cette proportion avoisinait les 50 % dans d'autres arrondissements.

Dans les arrondissements de Ville-Marie, Pointe-aux-Trembles, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et Sud-Ouest, personne n'a été remplacé, affirme le syndicat.

« Encore aujourd'hui et cette semaine, il y a plusieurs centaines de cols bleus qui, de façon simultanée, vont être suspendus. » — Marc Ranger, directeur adjoint responsable du secteur municipal au SCFP

Il conteste donc l'idée que les suspensions soient purgées de façon non continue, comme l'avait annoncé l'administration Coderre, afin de ne pas perturber les services aux citoyens. « Ce qu'il a dit était faux, parce que les chiffres prouvent le contraire », a affirmé M. Ranger.

En raison de ces suspensions, poursuit le SCFP, des collectes d'ordures n'ont pas eu lieu et des parcs n'ont pas été surveillés à certains endroits. Selon le syndicat, aucune équipe n'était disponible pour le service d'aqueduc du Plateau-Mont-Royal, jeudi dernier.

Selon M. Ranger, le maire Denis Coderre tente de « miner la capacité de représentation du syndicat » en agissant de la sorte.

Le syndicat se défend

Interrogés par les journalistes, les leaders syndicaux présents ont nié toute contradiction dans le fait qu'ils saisissent la CRT du dossier, alors que l'assemblée générale du 8 décembre s'est tenue malgré une ordonnance de cette même CRT intimant les cols bleus de demeurer au travail.

Ils n'hésitent pas non plus à faire valoir que la décision du maire prive les citoyens de services auxquels ils ont droit, même si la décision des cols bleus de participer à cette assemblée spéciale a eu le même effet.

La présidente du SCFP-Québec, Lucie Levasseur, soutient que l'assemblée du 8 décembre « n'a eu aucune conséquence sur la population » montréalaise, même si plusieurs centaines de cols bleus censés être au travail n'y étaient pas.

Au moment de l'assemblée générale du 8 décembre, 2400 cols bleus de Montréal devaient être au travail. Selon les plus récents chiffres fournis lundi par l'administration municipale, 1995 employés ont reçu ou vont recevoir un avis de suspension. Il est prévu que 925 d'entre eux ont été ou seront suspendus d'ici la fin de l'année, tandis que les 1070 autres le seront en 2016. 

Marc Ranger affirme pour sa part qu'il n'y a « pas eu de démonstration » que la population avait été privée de services. Il fait valoir que l'assemblée générale spéciale a duré deux heures, alors que les suspensions imposées aux cols bleus touchés dureront 36 heures.

« On n'est pas sur la même patinoire », a-t-il argué. « Il n'y a aucune commune mesure dans les impacts à la population. »

La présidente du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Chantal Racette, a pour sa part assuré qu'elle ne pouvait faire autrement que de convoquer une assemblée sur les heures de travail, puisqu'elle « ne peut pas [se] permettre » de tenir deux ou trois votes lors d'autant d'assemblées.

Mme Racette a par ailleurs nié être sous l'influence de Jean Lapierre, qui a dirigé le syndicat de 1985 et 2003, une période marquée par des luttes dures et parfois même violentes. « J'ai-tu l'air d'une marionnette? À la grosseur que j'ai, je ne suis pas une marionnette », s'est-elle insurgée lorsqu'interrogée à ce sujet.

Le processus va suivre son cours, dit Coderre

Le maire Coderre a réagi de façon laconique aux prétentions du syndicat, lors d'une conférence de presse donnée en après-midi, au terme d'une rencontre avec la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

« Il y a un processus qui existe, on va laisser le processus aller. Mais en autant que je suis concerné, tout le monde a travaillé en collaboration avec les arrondissements. Je ne vois pas, et je ne sens pas - à moins que des gens ne le font autrement - un ralentissement en terme de services », a-t-il déclaré.

« Il n'est pas question d'enlever des services aux citoyens. On est capable de tout faire en même temps », a-t-il ajouté.

« Ce qui est important, c'est que le syndicat des cols bleus comprenne qu'on ne fait pas des gains avec des grèves illégales. S'ils veulent me parler, ils peuvent toujours me parler. Mais quand il y aura des gestes en ce sens, il y aura toujours des conséquences, tout simplement. » — Denis Coderre, maire de Montréal

Dénoncer la réforme des régimes de retraite et le pacte fiscal

En se réunissant le 8 décembre au Palais des congrès de Montréal, les cols bleus de Montréal voulaient dénoncer la loi 15 du gouvernement Couillard qui, selon eux, les prive du droit à une libre négociation de la réforme de leur régime de retraite, ainsi que le pacte fiscal conclu entre Québec et les municipalités.

La présidente du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Chantal Racette, et trois autres hauts responsables, Michel Martin, Jacques Rochon et Michel Jeannotte, ont écopé de deux mois de suspension sans salaire dans ce dossier. Les officiers qui ont incité les employés à participer à la rencontre ont été suspendus un mois.

Les cols bleus qui étaient présents alors qu'ils devaient travailler se sont vu imposer une suspension d'une semaine.

La page de publicité achetée par le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal dans Le Devoir de ce matin La page de publicité achetée par le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal dans Le Devoir de ce matin  Photo :  ICI Radio-Canada/Jérôme Labbé

Dans une publicité achetée dans des quotidiens de Montréal lundi matin, le Syndicat des cols bleus regroupés évite de parler d'un « débrayage illégal », préférant arguer que les cols bleus touchés ont participé à l'assemblée « à leur frais ».

L'assemblée générale, dit-il, visait à faire en sorte que les « membres de tous les quarts de travail » puissent « compléter le travail d'approbation » de la liste de revendications du syndicat en vue de la deuxième phase de négociations prévues à la loi 15 sur les régimes de retraite, et être informés de l'enjeu du pacte fiscal.

Dans sa publicité, le Syndicat des cols bleus regroupés revient aussi longuement sur le fait que « de nombreux débrayages illégaux » ont été nécessaires avant qu'il puisse être reconnu, en 1964.