Suspension de contrats de location : Charkaoui menace de poursuivre les deux collèges

24|60 : Adil Charkaoui réplique

Adil Charkaoui songe à poursuivre en justice le Collège de Maisonneuve et le Collège de Rosemont au lendemain de la suspension par les deux établissements des contrats de location qu'ils avaient conclus avec l'École des compagnons.

Il croit que les cégeps ont basé leur décision sur des faits erronés.

« Nous rejetons catégoriquement cette suspension et l'École des compagnons se réserve le droit de poursuivre en justice les deux établissements scolaires [...] pour les dommages et pour toutes pertes subies. » — Adil Charkaoui

Jeudi, la direction du Collège de Maisonneuve a expliqué être tombée sur « une vidéo qui faisait la promotion de valeurs différentes des nôtres et dans laquelle on tenait des propos inappropriés ». Cette découverte, ainsi que d'autres documents publiés sur le site Internet du Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal présidé par Charkaoui, a motivé la décision du cégep de suspendre le bail.

« Ces allégations ne tiendront pas devant une cour de justice », a répliqué M. Charkaoui en conférence de presse vendredi matin. Il a expliqué que la vidéo en question présente une chanson sur le thème des compagnons du prophète et qu'elle invite au respect.

« Comment peut-on penser que cette vidéo dénigre un autre groupe, s'est-il étonné. Je pense que les personnes qui l'ont visualisée ne comprennent pas l'arabe. »

Des liens vers des livres sur le djihad

Selon ce que Radio-Canada a appris, un hyperlien sur le site Internet du centre communautaire dirigeant vers la librairie virtuelle KITÂB a aussi incité les deux collèges à rompre de manière temporaire leur entente avec l'École des compagnons. Cette plate-forme abrite notamment des livres sur les vertus du djihad, la défense des terres musulmanes ainsi que des traductions de discours d'Oussama ben Laden.

M. Charkaoui voit dans ces soupçons un « raisonnement farfelu ». C'est « l'équivalent de faire porter le blâme à un professeur qui donne un cours sur le capitalisme et qui aurait envoyé un élève dans une bibliothèque municipale où trainait par hasard un livre de Karl Marx ou de Che Guevara », a-t-il imagé.

Adil Charkaoui a par ailleurs admis que l'un des six jeunes Québécois soupçonnés d'être allés grossir les rangs du groupe armé État islamique en Syrie s'était inscrit à l'École des compagnons, mais celui-ci n'a assisté qu'à deux séances avant de se désister.

« Je suis sidéré par la logique tordue des porte-parole des cégeps et de certains pseudo-experts qui nous font porter le blâme de la radicalisation de jeunes que l'on ne connaît pas. » — Adil Charkaoui

M. Charkaoui martèle que son école ne fait qu'enseigner l'arabe et le Coran. « Notre message n'est pas un message caché. C'est un message public, clair », a-t-il dit.

« On n'a plus à se justifier. Ça ne nous concerne pas » - Adil Charkaoui

Questionné en soirée par Anne-Marie Dussault qui lui demandait s'il condamnait le groupe armé État islamique et les décapitations, Adil Charkaoui a déclaré en entrevue à 24/60 qu'il était contre toute forme de violence, tout en soutenant qu'il n'avait pas à condamner en son nom l'État islamique.

« Est-ce que je peux vous entendre dire : nous condamnons le groupe armé État islamique? », a demandé l'animatrice à M. Charkaoui. « Pourquoi vous me le demandez à moi? », a-t-il rétorqué.

« C'est ça l'islamophobie : c'est nous prêter des intentions, ensuite, nous demander de nous justifier tout le temps. Alors moi je vous le dis : la communauté est tannée. On n'en peut plus », a-t-il dit, avant de préciser plus tard qu'il considérait effectivement que toute forme de violence était prohibée.

« Je suis contre toute forme de violence, que ce soit des bombardements sur des civils, que ce soit le phosphore blanc qui brûle les enfants de Gaza, que ce soit les décapitations... toute forme de violence est interdite. » — Adil Charkaoui

Une « chasse aux sorcières » contre les musulmans

En conférence de presse vendredi matin, Adil Charkaoui a dénoncé une « chasse aux sorcières » menée, selon lui, contre les musulmans au Québec. Il a pourfendu les médias et certains partis politiques qu'il accuse de mener une campagne de dénigrement contre les musulmans.

Il allègue que les médias ont des « directives pour faire des enquêtes sur les institutions communautaires », et que les centres rattachés à l'islam sont particulièrement visés.

Selon lui, les écoles musulmanes sont aussi injustement surveillées par les corps policiers.

Le gouvernement fédéral est également dans la mire de M. Charkaoui, qu'il accuse « d'instrumentaliser la radicalisation pour faire passer des lois liberticides », en référence au projet de loi antiterroriste C-51.

Suspension des contrats de location

Au Collège de Maisonneuve, M. Charkaoui avait loué quatre salles de classe pour enseigner le Coran et deux plateaux sportifs pour l'École des compagnons, affiliée au Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal, dont il est le président. La direction du Collège a annoncé jeudi la suspension du contrat.

Le Collège de Rosemont a ensuite transmis un communiqué pour annoncer qu'il mettait également fin à ses relations contractuelles avec le Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal, auquel il louait aussi des locaux. 

À la suite de la conférence de presse de M. Charkaoui vendredi, le Collège de Rosemont dit maintenir sa position quant à la suspension du contrat de location. Il souhaite « obtenir la version du locataire dans le but de rassembler toutes les informations nécessaires afin de prendre une décision éclairée ».

« Nos locataires doivent respecter nos politiques et règlements », affirme le directeur général du Collège, Stéphane Godbout, dans un communiqué.

Quatre des six jeunes originaires de Laval et de Montréal qui ont quitté le pays à la mi-janvier étaient inscrits au Collège de Maisonneuve l'automne dernier.