Guy Turcotte libéré en attendant son procès

La Presse Canadienne
Le reportage d'Isabelle Richer

L'ex-cardiologue Guy Turcotte est remis en liberté par le tribunal en attendant la tenue de son deuxième procès pour le meurtre de ses deux enfants survenu en 2009.

Selon le juge, l'argument voulant que Guy Turcotte représente un danger pour la société s'il est libéré ne tient pas. Il soutient que les experts ont su démontrer que sa santé mentale était suffisamment rétablie et qu'il est suivi de près par les médecins et professionnels qui l'entourent.

Il ne représente plus, d'après le juge, un danger pour lui-même, pour son ex-conjointe et pour la société en général. Le magistrat a expliqué que comme il doit subir un nouveau procès, Guy Turcotte est, selon la loi, innocent jusqu'à preuve du contraire. Il a par conséquent privilégié le droit de l'accusé à retrouver sa liberté en dépit d'une opinion publique profondément divisée sur la question.

Au cours de l'audience, le frère de Guy Turcotte s'est porté garant de sa liberté et s'est aussi dit prêt à hypothéquer sa maison pour payer sa caution.

Lors d'une audience sur sa remise en liberté provisoire, le 4 septembre à Saint-Jérôme, l'ex-cardiologue a confirmé avoir l'intention de faire du bénévolat et d'agir comme aidant naturel auprès de son oncle et de la femme de celui-ci, si le tribunal lui permet de quitter la prison.

L'homme de 42 ans a expliqué précédemment qu'il serait ainsi plus utile à la société qu'en restant en prison.

Il estime être plus solide que jamais avec les traitements qu'il reçoit. Il a aussi souligné qu'il n'a plus de symptômes de dépression

Les conditions de libérations de Guy Turcotte :

Il doit :

  • Garder la paix et avoir une bonne conduite;
  • Se présenter à la Cour, lorsque requis;
  • Habiter au domicile de son oncle Léo Turcotte;
  • Respecter un couvre-feu de 18 h à 6 h;
  • Se rapporter un mercredi sur deux à un agent de la Sûreté du Québec;
  • Poursuivre ses traitements psychiatriques;
  • Prendre la médication prescrite par ses médecins traitants;
  • Une hypothèque légale de 100 000 $ doit être prise sur la maison de son frère.


Il lui est interdit de :

  • Changer d'adresse sans, au préalable, avoir obtenu la permission du tribunal;
  • Communiquer directement ou indirectement avec son ex-conjointe, ou le conjoint de celle-ci, s'il en est;
  • Se trouver à moins de 100 mètres de la résidence de son ex-conjointe;
  • Quitter le territoire de la province de Québec;
  • Posséder ou faire une demande de passeport;
  • Posséder, acquérir ou avoir en sa possession une arme à feu, des munitions ou tout autre objet mentionné à l'article 109 du Code criminel;
  • Consommer toute boisson alcoolique de même que tout médicament ou drogue non prescrite par un médecin qualifié.

Vives réactions à la sortie de la salle

La libération de Guy Turcotte a provoqué une forte réaction de Patrick Gaston, frère d'Isabelle Gaston et oncle des victimes, à la sortie du tribunal. Il a qualifié Guy Turcotte de « manipulateur sadique ».

En colère, Patrick Gaston a vilipendé le système judiciaire qui, selon lui, a accordé les services d'un groupe d'experts et de médecins à GuyTurcotte pour l'aider et lui permettre de recouvrer sa liberté alors que les victimes dans cette affaire, elles, n'ont eu droit à rien. « Moi l'article 16, je n'y ai pas droit! », a lancé Patrick Gaston.

Selon lui, absolument rien ne garantit que Guy Turcotte n'arrêtera pas sa médication une fois en liberté ou qu'il ne connaisse pas de nouveaux épisodes meurtriers après ce qu'il a fait à ses deux enfants.

M. Gaston a martelé qu'il n'acceptera jamais cette décision, qu'il dit recevoir comme une insulte à sa famille et à la mémoire des victimes.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a de son côté déclaré qu'il comprenait tout à fait l'inquiétude des citoyens. « Cependant, il faut comprendre que comme chef de gouvernement et comme membre du gouvernement, on ne peut pas commenter, discuter ou mettre en doute la décision d'un tribunal indépendant de nature », a-t-il souligné.

« Je pense qu'il faut laisser cela au système judiciaire. Ceci dit, j'entends les préoccupations des citoyens, mais le principe d'indépendance des tribunaux est absolument primordial pour notre démocratie. » — le premier ministre, Philippe Couillard
Article 16 du Code criminel canadien :

« La responsabilité criminelle d'une personne n'est pas engagée à l'égard d'un acte ou d'une omission de sa part survenu alors qu'elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l'acte ou de l'omission, ou de savoir que l'acte ou l'omission était mauvais. »

La Couronne tempère l'impact du jugement

À sa sortie du tribunal, le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales, René Verret, a déclaré que la décision du juge André Vincent n'allait, bien entendu, pas dans le sens qu'il aurait voulu, mais qu'il fallait respecter la décision du tribunal.

Précisant que le document de 18 pages sera attentivement relu et analysé par la Couronne, Me Verret a expliqué que « la prudence nous commande toujours de prendre un peu de recul et de ne pas réagir avec émotion devant une décision qui est rendue ».

Libération de Guy Turcotte : discussion avec Dr Gilles Chamberland et Me Walid Hijazi

Guy Turcotte apte à reprendre sa liberté?

En ce qui a trait à la santé mentale de Guy Turcotte, une psychiatre qui témoignait pour la défense avait expliqué que Guy Turcotte avait récemment souffert d'une profonde dépression accompagnée de symptômes psychotiques. L'experte avait toutefois ajouté que sa santé mentale s'était améliorée durant l'été.

Rappelons que la Cour d'appel du Québec a recommandé, en novembre dernier, la tenue d'un nouveau procès, car elle estimait que le magistrat qui avait dirigé le premier procès avait commis des erreurs dans ses instructions au jury.

Lors d'un premier procès, un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux avait été rendu.

Guy Turcotte avait été remis en liberté à la fin de 2012, moins d'un an et demi après le jugement. Il s'était ensuite retrouvé en détention à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.

L'affaire Turcotte