Des employés du CHSLD de Saint-Lambert démissionnent

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La tension monte au CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf, le premier construit en partenariat public-privé (PPP) au Québec. Au moins 10 employés ont décidé de démissionner, selon le syndicat des travailleurs, et d'autres pourraient leur emboîter le pas.

Un texte de Julie MarceauTwitterCourriel

« Il y a de la colère, de la déception [...] Au moins 10 employés m'ont annoncé qu'ils démissionnaient [...] Une centaine d'autres vont le faire en janvier », a rapporté la présidente du syndicat des travailleuses et travailleurs du CHSLD, Johanne Denis.

« Les conditions sont déplorables... S'il manque quelqu'un, il n'y a pas de remplaçants, ils engagent n'importe qui », ajoute un cuisinier du centre, Arturo Gonzales.

Le CHSLD Saint-Lambert-sur-le-Golf est le premier au Québec à avoir été construit en partenariat public-privé, en 2010. Le gouvernement jugeait que c'était la solution la plus économique pour l'hébergement des personnes âgées nécessitant des soins de longue duré, cela permettant de réaliser des économies de 100 millions de dollars environ.

Des économies, mais à quel prix?

Le ras-le-bol des employés s'est manifesté en juillet. Après avoir été en litige durant trois ans pour la négociation de leur première convention collective, les employés se sont vu imposer, le 15 juillet, par un tribunal d'arbitrage, des conditions de travail largement inférieures à celles du réseau public.

Dans sa décision, l'arbitre explique que le mode PPP implique des baisses de salaires.

« Le partenaire de l'employeur, le gouvernement, n'aurait sans doute pas eu recours à un PPP s'il n'avait pas compté faire des économies en particulier sur les salaires offerts. » — Mario Létourneau, arbitre, tribunal d'arbitrage
Salaires des préposés aux bénéficiaires dans le public et le privé

12 $ l'heure en moyenne (CHSLD Saint-Lambert)
20 $ l'heure en moyenne (réseau public)

Selon Guy Laurion, vice-président à la Fédération de la santé et des services sociaux, affiliée à la CSN, en plus des salaires, les formations et le soutien aux employés sont insuffisants, compte tenu des soins que nécessite la clientèle.

Les employés sont « heureux », selon Eddy Savoie

L'homme d'affaires Eddy Savoie a un tout autre point de vue. « Les gens qui travaillent chez nous sont très heureux », affirme le président fondateur du Groupe Savoie et partenaire privé derrière ce CHSLD.

« Si vous regardez chez nous, n'importe quel employé a le gros sourire, parce qu'il a l'esprit d'appartenance [...] Dans le privé, ils ont les meilleures conditions qu'ils peuvent avoir, regardez n'importe où, les gens chez nous sont très satisfaits », assure M. Savoie.

« Les gens doivent arrêter de critiquer. On n'attache personne. S'ils sont heureux, ils vont rester, s'ils ne sont pas heureux, ils vont aller ailleurs. Ce n'est pas le travail qui manque pour les gens dans les CHSLD », ajoute-t-il.

Eddy Savoie estime que le modèle des CHSLD en PPP est le seul qui puisse permettre au Québec de satisfaire la demande en soins de longue durée pour les personnes âgées sans s'endetter.

Le gouvernement « révise » les politiques de PPP

Tout en réitérant sa confiance « en nos partenaires privés du réseau de la santé », le ministère de la Santé mentionne que les politiques de PPP de 2003 sont en révision.

Les relations de travail sont privées, rappelle cependant l'attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Joanne Beauvais.

« Les contrats de travail sont entre les employés du Groupe Savoie et la direction de l'établissement. Le rôle du Ministère et de l'Agence [Agence de la santé de la Montérégie] est de veiller au respect du contrat passé avec le propriétaire », souligne-t-elle.

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