Des massothérapeutes en ont ras le bol de la sollicitation sexuelle

Le reportage de Claudie Simard

Les massothérapeutes en ont assez de composer avec la sollicitation de services de nature sexuelle, des demandes indésirables qui émanent de près de la moitié de leurs clients potentiels, dans certains cas. Les massothérapeutes qui travaillent à domicile ou qui se déplacent chez leurs clients sont particulièrement ciblés par cette sollicitation. 

Deux massothérapeutes ont accepté de témoigner sous le couvert de l'anonymat. Des clients potentiels qui consultent leurs annonces sont nombreux à demander des services sexuels lorsqu'ils appellent pour prendre rendez-vous.

« On me demande quel type de massage j'offre, comment je termine le massage, si je fais des caresses proches, ou des massages plus langoureux. Je réponds que c'est un massage professionnel et qu'il n'y a pas d'extra! » — Une massothérapeute

Ils ont beau avoir recours à des expressions telles que : « aucune sollicitation sexuelle tolérée » ou « aucun extra » dans leur publicité, les demandes indésirables continuent à pleuvoir.

Une massothérapeute de Trois-Rivières estime que la moitié des appels reçus en lien avec sa publicité concerne des services sexuels. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il y ait autant de demandes du genre lorsqu'elle a choisi ce métier il y a une dizaine d'années. La réalité qui l'afflige est à ce point irritante qu'il lui est arrivé de remettre son gagne-pain en question.

Une réalité tant pour les hommes que pour les femmes

Les hommes aussi subiraient de la sollicitation non-désirée. Un massothérapeute corrobore l'information de sa collègue et note aussi que la moitié des appels qu'il reçoit en lien avec ses annonces concerne un service sexuel. Les requêtes viennent autant des femmes que des hommes.

Le massothérapeuthe soutient que chaque mot de sa publicité est choisi pour éviter toute ambiguïté. Même s'il précise qu'il fait partie de l'Association des massothérapeutes du Québec et qu'il remet des reçus pour les assurances, il doit composer avec cette réalité.

Comment réagir?

La sollicitation sexuelle est un thème abordé dans le cadre de la formation des massothérapeutes. Les étudiants y apprennent entre autres comment réagir si un client sollicite des services sexuels pendant un massage. Dans plusieurs établissements professionnels, tels les spas, s'il y a de la sollicitation pendant le massage, la consigne est claire : sortir de la pièce en priant le client de quitter les lieux.

À l'école de formation MKO de Trois-Rivières, le thème de la sollicitation sexuelle fait partie des thèmes abordés avec les étudiants. Pour essayer de limiter les demandes indésirables, les formateurs recommandent aux nouveaux massothérapeutes de bâtir leur clientèle à partir de leur réseau de contacts et d'éviter de publiciser leurs services dans les petites annonces.

Une réalité à encadrer

Selon la Fédération québécoise des massothérapeutes agréés (FMQ), la situation décrite par les massothérapeutes découle en partie du fait que des travailleurs du sexe utilisent la massothérapie comme couverture pour offrir leurs services. Les consommateurs sont à la recherche d'un service qui sera remboursé par les assurances, comme c'est le cas dans les salons de massages, estime la présidente de la FMQ, Sylvie Bédard.

La FMQ est convaincue que seule la création d'un ordre professionnel pourrait améliorer la situation. L'organisme réclame depuis plusieurs années un encadrement de la profession au Québec.

L'Office des professions du Québec a déjà étudié par le passé la création d'un ordre professionnel des massothérapeutes. La ministre de la Justice a rouvert la question et demandé à l'Office de produire un nouvel avis.

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