Les bibliothèques universitaires forcées de couper dans l'achat de livres

Le reportage de Marie-Ève Cousineau

En plus de subir des compressions budgétaires, les bibliothèques universitaires québécoises sont victimes de la hausse du coût des abonnements aux revues scientifiques électroniques cette année. Cette augmentation oscille entre 7 et 13 %, dépendamment des établissements. Résultat : plusieurs bibliothèques ont dû se désabonner à des journaux, réduire les achats d'ouvrages et même procéder à des mises à pied. 

Un texte de Marie-Eve CousineauTwitterCourriel

À l'Université de Sherbrooke, le service des bibliothèques et archives vient d'abolir une dizaine de postes de techniciens et de commis. Cela représente 13 % du personnel du service. « On a dû réduire l'achat de livres cette année, ajoute la directrice générale Sylvie Belzile. On a également annulé des abonnements à des revues. »

À l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), la hausse du coût de ces abonnements - qui s'élève, dans son cas, à un peu plus de  13 % en 2014-2015 - se reflète dans les étagères des bibliothèques.

« Cette année, on estime qu'on va commander environ 50 % des livres papier et électroniques qu'on a commandés il y a deux ans. » — Benoit Séguin, directeur du service de la bibliothèque de l'UQTR

L'Université de Montréal a pour sa part annoncé, en janvier 2014, l'annulation de son abonnement aux 1142 périodiques des 1510 de la collection Wiley Online Library.

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Pourquoi une telle hausse?

Deux facteurs expliquent cette augmentation des coûts pour les bibliothèques. La faiblesse du dollar canadien par rapport au dollar américain (les abonnements sont payés en dollars américains) et la politique des prix mise en oeuvre par de grands éditeurs savants.

Au cours des 25 dernières années, le prix chargé par les grands éditeurs a augmenté de 5 % à 10 % par année, selon Vincent Larivière, professeur adjoint en sciences de l'information à l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante. 

« Dans la plupart des cas, [les grands éditeurs] ont des marges de profits qui se situent entre 30 et 40 % - pour un matériel, il faut le rappeler, qui est fourni gratuitement par les chercheurs scientifiques. » — Vincent Larivière, professeur adjoint à l'Université de Montréal

Les professeurs qui siègent sur les comités de lecture des articles le font aussi bénévolement.

Des solutions?

L'Université du Québec a formé un comité d'étude sur le concept du libre accès, qui consiste à rendre la consultation d'articles gratuite. Un rapport doit être soumis la semaine prochaine à l'Assemblée des gouverneurs. 

Vincent Larivière, lui, croit que les chercheurs doivent se mobiliser et cesser de soumettre leurs articles aux revues savantes. Une solution drastique, convient-il.

« Tout le système de promotion académique est basé sur des revues savantes. Donc, si vous décidez en tant que jeune chercheur d'arrêter de publier chez des revues de grands éditeurs, à certains égards, c'est un peu comme un suicide professionnel. » — Vincent Larivière, professeur adjoint à l'Université de Montréal

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