La pauvreté au Manitoba


Les Manitobains vivant dans la pauvreté sont
les plus pauvres du Canada*


Selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), un Manitobain sur cinq aurait un revenu annuel brut inférieur à 18 000 $. C’est beaucoup moins que le seuil de faible revenu qui prévalait en 2008.

Dans cette série spéciale La détresse et le désenchantement, CBC/Radio-Canada fait le point sur ce fléau.


Survol de la pauvreté au Manitoba


Des aînés qui peinent à payer leurs médicaments et leurs loyers, des employés obligés de travailler deux fois plus que d’habitude pour s’en sortir, des enfants qui vivent la misère au quotidien, des Autochtones qui reçoivent des salaires inférieurs à la moyenne provinciale et des immigrants qui font face à de nombreux obstacles pour se trouver un emploi bien rémunéré : c’est la dure réalité à laquelle sont confrontés aujourd’hui la plupart des Manitobains.

Une réalité qui sonne le glas des efforts consentis jusqu’à maintenant pour enrayer la pauvreté. Un fléau qui n’épargne aucune catégorie ni aucune couche de la population : mariés ou célibataires, travailleurs sans emploi, hommes ou femmes. Même les enfants ne sont pas à l’abri. Ce triste constat conduit Moisson Winnipeg à fournir de la nourriture à des élèves de 26 écoles à Winnipeg. La Division scolaire numéro un de Winnipeg a aussi des programmes d’alimentation dans 41 écoles.

Le Manitoba est au premier rang des provinces qui comptent le plus grand nombre d’enfants pauvres, à égalité avec la Colombie-Britannique. Chez les aînés, une autre étude révèle qu’entre 2006 et 2007, le taux de pauvreté a augmenté d’un demi-point, dépassant ainsi le taux national, situé à 2,6 %. L’autre record que détient le Manitoba concerne la pauvreté des Autochtones. Elle y serait trois fois supérieure à la moyenne manitobaine. Quant aux immigrants, des statistiques récentes ont démontré que plus de 91 % des ménages de réfugiés vivent sous le seuil de faible revenu pendant leur première année de résidence.

La pauvreté n’est pas exclusive aux grandes villes. On la trouve aussi dans les régions rurales. Dans certaines communautés, près du tiers de la population vit avec un faible revenu. Pour la majorité des Manitobains, la pauvreté n’est donc plus une réalité qu’ils côtoient, mais bien celle dans laquelle ils vivent.

* Cette constatation découle des données présentées par Ressources humaines et développement des compétences Canada.

Pauvreté par secteur


Légende : pourcentage de personnes à faible revenu* 0-19%20-39%40-59%+60%


* Le pourcentage de personnes à faible revenu reflète le taux après impôts.

Le salaire minimum vital


Tel que défini par le CCPA, le salaire minimum vital correspond à un taux horaire qui permettrait à une famille biparentale avec des enfants de se nourrir, de se vêtir, d’avoir un toit, d’assurer une éducation minimale et de couvrir le coût d’un minimum d’activités récréatives. Un salaire minimum de subsistance suffisamment élevé pour qu’une famille puisse traverser une crise temporaire sans tomber dans la pauvreté. Selon des calculs effectués dans le cadre d’une étude récente du CCPA, ce salaire pour Winnipeg s’établit à 13,44 $ l’heure, pour une semaine de travail de 35 heures.

Cette politique salariale adoptée au Royaume-Uni tant dans le secteur public que privé, notamment par la société qui gère le métro de Londres, la banque Barclays et KPMG, a remporté un certain succès, permettant de résoudre des problèmes de recrutement et de rétention des employés. À l’heure actuelle, 125 villes américaines ont mis cette politique en œuvre et, au Canada, la ville de Victoria assure un salaire minimum vital à ses employés. L’idée a été étudiée pendant des mois à Calgary, mais elle a fini par être rejetée.

Jeunes dans la rue


Parmi tous les groupes d'âges au Canada,, c'est chez les jeunes que la hausse de la population itinérante est la plus forte. À Winnipeg, on estime qu'il pourrait y avoir jusqu'à trois mille jeunes sans abris à un moment où un autre au cours d'une année. Grâce à des centres comme le Resource Assistance for Youth, les jeunes de la rue peuvent recevoir de l'aide pour se sortir de la pauvreté. Même lorsqu'ils réintègrent la société, ces jeunes ne sont pas au bout de leurs peines parce qu'ils continuent à être victimes de discrimination.

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Saviez-vous que?
Des études réalisées par la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances (AFM) indiquent que 40 % des jeunes de la rue à Winnipeg ont subi des abus sexuels dans l’année précédant leur départ de la maison.

Le coût de la santé en étant pauvre


Trish Watt habite Brandon. Elle est mariée et élève un enfant atteint d’autisme, ADHD ainsi que d’autres dysfonctionnements. Ses frais médicaux sont trop élevés. Elle soit puiser dans les ressources de la famille à tel point qu’ils ne peuvent plus se permettre des soins dentaires. Elle a même fait ce qu’elle appelle « le dentiste précaire ». Elle a arraché elle-même une dent cariée de son mari à la maison.

Dr. Leonard Syme est un éminent expert des déterminants sociaux en matière de santé. Il est à l’Université de la Californie -Berkeley. Il dit que la pauvreté aggrave toutes les maladies que nous connaissons.

C'est un argument soutenu par l’atlas d’indicateurs des offices régionaux de la santé du Manitoba qui souligne que le taux de mortalité est significativement plus haut chez les personnes à faible revenu comparativement à celles dont le revenu est élevé (11 décès pour 1000 contre 5 pour 1000).

De même pour les maladies mentales. Elles sont plus importantes chez les Manitobains vivant dans des régions à faible revenu que ceux qui habitent des régions avec un revenu élevé (29% vers 21%)

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Handicap et pauvreté


Pour bien des Canadiens, vivre avec un handicap veut dire vivre dans la pauvreté. L'écart de salaires est en moyenne de 10 milles dollars. Difficile pour ces gens de répondre à leur nombreux besoins de bases alors qu'ils ne peuvent pas toujours travaillés et qu'ils vivent avec des prestations de l'aide sociale. Au Manitoba, une personne sur six a un handicap.

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Il y a 12 ans, Laurie Helgason était au summum de sa carrière. Qualifiée et compétente, elle travaillait pour une compagnie locale, où elle touchait 25 $ de l’heure et, avec les nombreuses heures supplémentaires, son salaire mensuel s’élevait à 4 000 $.

Femme mariée et mère de deux enfants, elle participait à des cours de boxe orientale pour se garder en forme. Un jour, lors de son cours, elle fait une chute en donnant un coup, blessant ses deux pieds, dont un de façon permanente. Elle devra donc dépendre d’un fauteuil roulant pour tous ses déplacements.

La compagnie, qu’elle ne peut pas nommer à cause d’une clause de confidentialité, la place en invalidité permanente, du coup faisant chuter son revenu mensuel à 1 029 $.

Lisez le blogue de Laurie

Un regard sur le quotidien de Laurie Helgason




Saviez-vous que?
Selon l’organisme Barrier Free Manitoba, une personne sur six, soit 170 000 personnes, vit avec un handicap. Chez les Autochtones manitobains, la probabilité de souffrir d’un handicap est deux fois plus grande que chez les non-Autochtones.