Le Manitoba change sa façon de comptabiliser les enfants sous tutelle

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
La ministre de la Famille du Manitoba, Kerri Irvin-Ross qui défend le projet de loi du protecteur des enfants devant les journalistes La ministre de la Famille du Manitoba, Kerri Irvin-Ross  Photo :  ICI Radio-Canada

Le Manitoba révise sa méthode de recensement des enfants qui sont sous la tutelle de la province, pour exclure des centaines de cas comme celui de Tina Fontaine.

La jeune de fille de 15 ans, tuée en 2014, avait été placée volontairement par ses tuteurs sous la garde des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba.

Contrairement à d'autres provinces, le Manitoba inclut les enfants qui sont sous contrat de placement volontaire dans son calcul. Ainsi, 10 293 enfants sont actuellement sous la charge de la province.

Désormais, la province a décidé de ne plus compter ces cas. Une fois ces 700 enfants retirés du calcul, le nombre officiel d'enfants sous tutelle de la province tombe en dessous de la barre des 10 000.

Le nouveau calcul exclut aussi les enfants à risque d'être appréhendés, qui sont placés avec un membre de leur famille. Ils seront présentés dans une catégorie distincte

Pour les critiques du parti au pouvoir, ces changements permettent simplement de faire croire que la province a fait du progrès.

Tina Fontaine a été trouvée sans vie le 17 août dernier, enveloppée dans un sac et jetée dans la rivière Rouge à Winnipeg. Portée disparue depuis le 9 août, elle était sous la garde des services sociaux manitobains et habitait l'hôtel Best Western Charterhouse au moment de sa disparition. Tina Fontaine avait été placée volontairement sous la garde de la province.  Photo :  CBC

La ministre des Services à la famille Kerri Irvin- Ross affirme pour sa part que les changements ont pour but d'uniformiser les règles du jeu. Il y a une grande différence entre l'appréhension d'un enfant et le placement volontaire, dit-elle.

« Ils entrent en contact avec nous et nous disent : « S'il vous plaît venez nous aider ». Ils peuvent revenir à tout moment et dire : « Je veux que mon enfant revienne chez nous », dit-elle . C'est très différent du cas d'un enfant qui se présente à l'école avec des ecchymoses, pour qui on appelle les Services à l'enfant et à la famille, avec le sentiment que l'enfant doit être placé pour sa sécurité. »

Le plus haut taux d'appréhension dans l'Ouest

Au Manitoba, le nombre d'enfants sous la tutelle de la province Manitoba a fait un bond de 55 % depuis 2006. Près de 90 % d'entre eux sont autochtones.

La province a l'un des taux les plus élevés d'appréhension au Canada, et accueille en moyenne un nouveau-né par jour.

En Saskatchewan, une province de taille similaire, environ 4000 enfants sont placés dans le système de la protection de l'enfance. L'Alberta et la Colombie-Britannique prennent chacune en charge un peu plus de 7000 enfants.

Le Manitoba a déjà fait l'objet de critiques pour l'utilisation d'hôtels pour loger les enfants, en raison d'une pénurie de logements appropriés.

La ministre des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba, Kerri Irvin-Ross La ministre des Services à l'enfant et à la famille du Manitoba, Kerri Irvin-Ross  Photo :  ICI Radio-Canada

La ministre Irvin-Ross admet que le nombre d'enfants pris en charge est inquiétant. Elle estime toutefois que les comparaisons avec d'autres provinces sont injustes, parce que les autres systèmes ne prennent pas en compte les placements volontaires dans leurs chiffres totaux.

Le Manitoba considère également les enfants qui sont confiés à des membres de la parenté comme étant sous la garde des services à la famille et à l'enfant.

Ils représentent 40 % du nombre total. La Colombie-Britannique n'inclut pas ces cas dans ses statistiques.

Quels que soient les chiffres, Kerri Irvin- Ross dit que la province se concentre davantage sur le soutien qui doit être apporté aux familles, pour faire en sorte qu'elles restent unies.

« Je tiendrais le même discours, qu'il y ait 1000 enfants sous la garde de la province ou qu'il y en ait 10 000, dit-elle. Nous avons une responsabilité. »

Le critique conservateur en matière de services à la famille, Ian Wishart, dit que d'autres provinces ne comptent pas les enfants qui sont placés volontairement parce que ces cas y sont rares.

« Ils essaient de faire croire que le nombre d'enfants a diminué et que la tendance est à la baisse. Mais la réalité, c'est qu'ils sont toujours responsables de tous ces enfants, peu importe dans quelle catégorie ils sont placés, dit-il. C'est un peu comme une campagne de relations publiques, pour le dire sans détour. »

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