Frappe contre les Rock Machine au Manitoba : la GRC avait un civil en infiltration

Des éléments saisis lors d'une frappe policière contre les Rock Machine au Manitoba sont exposés par la Gendarmerie royale du Canada, le 31 janvier 2013, à Winnipeg. Dans sa frappe du mercredi 30 janvier, la GRC a saisi 1,3 kg de cocaïne, 3,6 kg de marijuana, quatre armes à feu, des munitions, deux bombes tuyaux et huit autres explosifs commerciaux, une Audi S5 2009, de l'argent comptant et de la marchandise à l'effigie des Rock Machine du Manitoba.  Photo :  Claudine Richard

Des documents déposés en cour montrent que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Manitoba a eu recours à un agent civil payé dans sa frappe de mercredi contre le groupe de motards Rock Machine.

Selon les documents judiciaires consultés par Radio-Canada, l'agent civil a acheté de la cocaïne des mains de plusieurs membres des Rock Machine chez eux. Il aurait aussi acheté une arme de poing à autorisation restreinte des mains d'un des accusés, il y a deux semaines. L'arme était volée.

Des enregistrements vidéo ainsi que des enregistrements obtenus par écoute clandestine ont été déposés en preuve également. La police a mené des perquisitions à 11 adresses dans la ville de Winnipeg, dont une commerciale, selon les mandats.

Jeudi, le commissaire adjoint et le surintendant de la Division D de la police fédérale, Kevin Brosseau et Bob Bazin, n'avaient pas hésité à affirmer que la GRC avait démantelé le groupe, avec la fin de l'opération policière Project DILEMMA, lancée en août 2012.

Dans sa frappe de mercredi, la GRC a saisi 1,3 kg de cocaïne, 3,6 kg de marijuana, quatre armes à feu, des munitions, deux bombes tuyaux et huit autres explosifs commerciaux, une Audi S5 2009, de l'argent comptant et de la marchandise à l'effigie des Rock Machine du Manitoba. L'enquête avait précédemment mené à la saisie de 5,9 kg de cocaïne, 1800 comprimés de benzylpipérazine (BZP, un substitut à l'ecstasy), deux armes à feu, des munitions et un explosif commercial.

Les gangs joueront du coude, croient des criminalistes

11 personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'opération. La GRC indique avoir épinglé la tête dirigeante et les membres en règle de l'organisation, ainsi que les personnes susceptibles de se livrer dans le commerce de la drogue avec eux.

Pour le criminologue Jean-Claude Bernheim, le démantèlement du groupe ne se traduira pas par une baisse du trafic de la drogue, car la demande demeure. Au contraire, M. Bernheim croit qu'à partir de maintenant, d'autres groupes criminels flaireront la bonne affaire. « Si on démantèle totalement, et bien, rapidement, d'autres groupes viennent. Ensuite, il y a une espèce de lutte pour le territoire. »

La GRC n'avait pas voulu, en annonçant son coup de filet, spéculer sur la possibilité que d'autres groupes criminels tentent de prendre la place laissée vide par les Rock Machine au Manitoba.

Une telle situation pourrait provoquer davantage de violence dans les rues, estime pour sa part Frank Cormier, professeur de criminologie à l'Université du Manitoba. « Dans les années qui ont suivi l'éradication des Hell's Angels au Manitoba, le nombre de fusillade au volant, d'épisodes de violence liée aux gangs, tout cela a augmenté », dit-il. Cela était justement parce que les Hell's Angels n'étaient plus l'acteur principal dans le marché de la drogue, selon M. Cormier.