Exploiter un magasin de livres et de disques usagés : tout un défi en 2016!

Annie-Claude Chrétien, du Tourne-Livre Annie-Claude Chrétien, du Tourne-Livre  Photo :  ICI Estrie/Dominic Tardif

Les temps sont durs pour les magasins de disques. De nombreux disquaires indépendants ont fermé leurs portes au cours des dernières années alors que la popularité des services de musique en continu augmente sans cesse. Pourtant, à Sherbrooke, on retrouve le Tourne-Livre, un des rares survivants du monde des librairies et des disquaires d'occasion à Sherbrooke.

La boutique est située au coin de Wellington et King depuis presque 18 ans. Les CD représentaient encore, il y a quelques années, 70 % des ventes du commerce alors les livres composaient le reste. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Par contre, les ventes de livres d'aujourd'hui équivalent, en chiffres absolus, aux 30 % du passé.

Annie-Claude Chrétien, l'une des copropriétaires, y travaille depuis les touts débuts. Elle avait 18 ans quand elle a ouvert la boutique.

« J'étudiais au cégep, je n'avais pas d'emploi, pas de permis de conduire. J'ai lancé, à la blague, à mon oncle, qui avait les Tourne-Livre de Montréal, qu'il devrait m'ouvrir un Tourne-Livre à Sherbrooke pour que j'aie un emploi. Il m'a pris au mot! » — Annie-Claude Chrétien, copropriétaire

Quatre fois plus petit

À ses débuts, le Tourne-Livre avait une superficie quatre fois plus grande qu'aujourd'hui.

« Ça marchait bien même si, à l'époque, nous étions plusieurs marchands d'usagé. Ça apportait de la clientèle. Les gens se déplaçaient pour plusieurs magasins. On pouvait faire la tournée. Tranquillement pas vite, ils sont tous morts autour de nous. Il ne reste que nous. Probablement parce que je n'ai pas le coeur de mettre la clé sous la porte », raconte Annie-Claude Chrétien. 

« C'est trop déchirant. Si j'étais plus rationnelle et réaliste, il y a longtemps que je serais fermée. C'est mon bébé. Je n'ai pas eu d'enfant : j'ai eu le Tourne-Livre. » — Annie-Claude Chrétien

D'usagé à chic, le centre-ville

Régulièrement, elle doit injecter de l'argent dans le magasin pour qu'il puisse continuer à fonctionner.

« Un moment donné, il faudra que le gouffre financier s'arrête. Si j'étais millionnaire, ça me ferait plaisir de réinvestir, de rénover, de repeindre. Ce n'est pas le cas. Un jour, je devrai me rendre à l'évidence et que je mette une croix sur le Tourne-Livre. » — Annie-Claude Chrétien

La vie de commerçant au centre-ville est loin d'être facile, mais la femme d'affaires reste optimiste.

« Je trouve ça extrêmement difficile de survivre au centre-ville. Je suis contente que des boutiques comme Kitsh, Piosa et Glori.us se démarquent et fonctionnent super bien. Probablement que je ne suis plus dans le créneau du centre-ville. Avant, il y avait beaucoup d'usagé, d'antiquaires. Nous étions tous dans le même genre de commerce. Maintenant, c'est plus du haut de gamme. Je ne cadre plus avec la clientèle, mais en même temps, je ne me vois pas aller ailleurs. On l'aime notre centre-ville. On y croit. Ça fait partie de ma philosophie. »

Estrie en direct Afficher le fil complet