Comment le sport change le quotidien des femmes atteintes de cancer?


Quelques programmes de remise en forme destinés aux gens en rémission d'un cancer existent en Estrie. Parmi eux, celui de l'organisme La Rose des vents invite les femmes à se joindre a leur équipe de bateau-dragon. Elles sont 18 femmes qui, chaque semaine, prennent leur pagaie, rejoignent leurs coéquipières et montent à bord pour un entraînement de bateau-dragon avec l'équipe des Phénix.

Un texte de Geneviève ProulxTwitterCourriel

Ginette Martin est l'une d'elles. La Sherbrookoise de 68 ans est devenue, au fil des 12 dernières années, une vraie passionnée de ce sport. « En 2000, quelques jours après avoir pris ma retraite, je me préparais à aller à Compostelle et j'ai passé des examens. Ils ont découvert que j'avais un cancer du sein », se souvient-elle.

Mme Martin a dû mettre son projet de marcher le parcourir de Compostelle en veilleuse pour se consacrer pleinement à son combat contre la maladie. Après une ablation du sein et des traitements de chimiothérapie qui ont duré des mois, elle a souhaité se remettre en forme en s'impliquant à fond dans un nouveau sport.

C'est à ce moment qu'elle a rejoint l'équipe de compétition de bateau-dragon de l'organisme La Rose des vents. « Chaque personne pagaie selon sa capacité. Il y en a que c'est plus, d'autres moins, mais ce n'est pas grave parce que dans une équipe, chaque personne est importante avec sa capacité », soutient une autre membre de l'équipe, Jeanne-Mance Fortin.

La pratique du sport peut avoir un effet bénéfique sur l'estime de soi. « Au début, les premières fois qu'on faisait des compétitions et qu'on se classait bien, je pleurais de joie tellement j'étais contente. Je ne pouvais pas croire que j'avais réussi ça », se rappelle Ginette Martin.

Chacune des femmes du bateau a une histoire bien unique. Mais, ici, toutes ont le même objectif : le dépassement de soi. « Ça fait du monde fort. Ça fait du monde tenace. Une chose qu'on dit tout le temps, c'est qu'on va jusqu'au bout. On va jusqu'au bout de notre énergie », explique Mme Fortin.

Cette dernière a combattu deux cancers du sein : le premier en 1997 et l'autre en 2000. Faire partie des Phénix lui apporte beaucoup. « Se sentir en forme, ça fait oublier la maladie. Une équipe, c'est synchronisé, ça travaille ensemble. Ce qui est intéressant au bateau-dragon, dans notre bateau, c'est qu'on rit beaucoup, on a beaucoup de plaisir, on parle très peu de maladie en fait. »

Le sport, un allié de taille contre la maladie

Mais toutes n'ont pas la même chance de survivre au cancer. « Ça fait 12 ans que je suis dans le bateau. Il faut être réaliste, il y a des gens qui sont décédés. J'en compte au moins une douzaine dont une au mois de mars, une jeune de 43 ans », rappelle, lucide, Jeanne-Mance Fortin.

Malgré tout, l'athlète croit que la pratique du sport a grandement aidé sa défunte coéquipière dans son combat. « Les médecins lui avaient donné un an et demi à vivre et elle a vécu sept ans. Elle disait que c'était grâce au bateau. »

Les 18 membres de l'équipe étaient présents aux funérailles de la dame. « On a apporté nos pagaies et on lui a fait une haie d'honneur. Sa famille ne voulait même pas nous laisser partir. Ils nous disaient à quel point le bateau a été important pour elle. C'était comme une oasis de bien-être pour elle », se souvient Mme Fortin.

L'oncologue Dr Michel Pavic abonde dans le même sens. « Les femmes qui pratiquent une activité physique de modérée à soutenue ont un risque de récidive jusqu'à 40 % moins élevé que celles qui ne font pas d'activité physique. Ça veut dire qu'on gagne presque une rechute sur deux grâce à l'activité physique. »

Le Dr Pavic croit même que la pratique de l'activité physique devrait être en quelque sorte prescrite par les médecins qui suivent des patients ayant souffert de cancer. Non seulement après les traitements, mais aussi pendant. « Lorsqu'on a un cancer, tout concourt à arrêter de bouger. La vie s'arrête, entre guillemets, pour la phase des traitements et le corps va très vite se déshabituer à faire des efforts. Finalement, les gens vont se mettre au repos, la fatigue va s'installer, les muscles et les os vont se déshabituer à faire des efforts. Le jour où les traitements seront terminés, les patients seront considérés en rémission et c'est là que problèmes vont sortir parce qu'ils seront incapables de récupérer. Tous les efforts qu'ils vont réaliser vont leur sembler beaucoup plus coûteux », croit-il.

Au Maxi-Club de Sherbrooke, des personnes qui se remettent d'un cancer suivent un programme de remise en forme, adapté à leurs besoins. C'est la kinésiologue Suzanne Houde qui les accompagne et les pousse à aller plus loin, un pas à la fois. Elle a d'ailleurs suivi plusieurs pagayeuses du Phénix de la Rose des vents. « Des histoires de courage, des femmes qui viennent ici, avec une ablation des deux seins, qui décident de se prendre en main et qui se disent qu'elles viennent pareil, qui prennent soin de leur santé quand même et qui réalisent après quatre, cinq, six semaines que ça leur fait beaucoup de bien, il y en a plein », soutient Suzanne Houde.

Selon elle, plus de la moitié des gens qui participent à ces ateliers décident de façon permanente de prendre part à une activité physique par la suite.

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