Au coeur de la vie | Édition 2012

Rencontre avec les docteurs des appareils médicaux

Geneviève Proulx
Radio-Canada

Ils ne sont pas vraiment visibles lorsqu'on attend son tour à la salle d'urgence avec cette migraine carabinée. Pas plus que lorsqu'on se fait enlever un pancréas au bloc opératoire ou quand on vient visiter son nouveau petit-fils à la maternité. Pourtant, les techniciens en génie biomédical sont partie intégrante de l'équipe hospitalière. Sans eux, impossible de faire rouler l'hôpital!

Le technicien en génie biomédical Luc Lemire, devant la grande bibliothèque contenant tous les manuels d'instructions des appareils médicaux utilisés au CHUS.  Photo :  Martin Labbé

À écouter parler Luc Lemire, l'un de ces techniciens, on serait tenté de croire que ce n'est pas du sang qui coule dans leurs veines, mais plutôt des circuits électriques. « Depuis que je suis petit que je démonte des trucs. J'ai appris l'électricité en fabriquant une discothèque au sous-sol avec mon frère! Mon père venait faire son tour pour s'assurer que rien n'avait sauté ! » se rappelle-t-il en riant.

Il n'est pas le seul du genre dans la bande de techniciens en génie biomédical du CHUS. « Dans les pauses, je les entends tous parler de nouveaux systèmes de son, de nouvelles technologies. Ils parlent toujours de ça! », soutient le fier patron de ces mordus d'électricité, Miguel Esmeral.

Au total, ils sont 24 techniciens en génie biomédical, les GBM pour les initiés, à recevoir un chèque de paye du CHUS, tant à Fleurimont qu'à l'Hôtel-Dieu. Les filles se font rares dans le coin : l'équipe en compte seulement deux.

Déjà 30 ans que Luc Lemire bosse pour prévenir les pépins qui pourraient survenir avec les différents appareils du CHUS -du petit thermomètre à l'immense cyclotron- et à effectuer les réparations nécessaires. « Quand un appareil casse et que la salle d'attente est pleine, c'est loin d'être le fun. Donc, 40 % de notre temps est consacré à la prévention », explique M. Lemire.

Même si l'atelier des GBM est situé au sous-sol, au fin fond d'un très long corridor, complètement isolé de l'action hospitalière, ces techniciens sont totalement au coeur de la pratique médicale. « On fait partie d'un groupe où tous ont leur importance. Un médecin travaille avec des équipements. S'ils ne sont pas performants, ça ne fonctionnera pas pour lui. Il faut donc remettre le système en fonction rapidement pour que le médecin travaille le plus rapidement possible pour le patient », croit Luc Lemire.

Le stress montera d'un cran quand une machine cessera de coopérer au moment précis où un patient se retrouvera au bloc opératoire, par exemple. « On est conscients de l'importance de nos interventions. Le patient est au coeur de nos interventions. Tout est orienté envers lui. On n'hésitera pas à déplacer nos pauses ou notre heure de lunch », ajoute-t-il.

Pour devenir GBM, il faut...

Obtenir un diplôme d'études collégiales en génie électrique. La formation spécifiquement axée sur les appareils médicaux s'acquerra sur le terrain, soit au CHUS, soit chez le fabricant. Il faudra au moins deux années de formation avant que le technicien soit complètement autonome. « Il est pratiquement impossible de trouver un technicien complètement formé. Ils vont tous travailler au privé, pour des entreprises manufacturières. Comme nous ne pouvons pas offrir les mêmes salaires, nous devons les prendre à leur sortie de l'école et leur offrir une longue formation », explique Luc Lemire. Au sommet de l'échelle salariale, un technicien en génie biomédical gagnera environ 50 000 $ par année.

De l'appel d'offres... à la poubelle

Les techniciens en génie biomédical sont présents à toutes les étapes du cycle de vie des appareils médicaux. « Ça va de l'appel d'offres à l'achat, à l'installation, à la réparation, à la maintenance en exploitation, jusqu'au retrait de l'appareil », raconte Luc Lemire.

En cette ère verte, pas question d'envoyer un accélérateur linéaire au bac noir. Une seconde vie est prévue pour les machines qui n'ont plus leur place à l'hôpital parce qu'elles ne correspondent plus aux normes en vigueur.

« Nous pouvons les offrir au réseau de la santé, à des endroits où ça pourrait dépanner. Nous pouvons les offrir aussi à des ONG qui pourraient en faire bon usage. Il arrive également que nous les revendions, mais c'est plutôt rare », explique le chef de service, M. Esmeral. En dernier recours, ils en disposeront de manière propre.

N'allez pas croire que les GBM bavent d'envie devant les catalogues de nouveaux équipements et qu'ils exercent des pressions auprès des hautes instances pour commander la nouveauté du jour.

« Nous ne changeons pas un appareil parce qu'un nouveau modèle vient d'arriver sur le marché, mais bien parce qu'il est fini. Le ministère de la Santé a fixé des durées de vie pour les équipements et nous ne pouvons pas en déroger. Par exemple, un appareil de radiologie doit servir au moins dix ans. On est quand même à la dernière pointe de la technologie, mais on utilise au mieux nos ressources », nuance le grand patron.

Du fer à souder... à l'informatique

Il faut aimer l'école pour devenir GBM parce que la formation, elle, n'arrête jamais. « Ça évolue super vite dans notre domaine. On ne peut pas prendre deux ans sans se mettre à jour. Nous sommes toujours en mode apprentissage. C'est un milieu très stimulant pour ça », soutient celui qui est spécialisé dans l'imagerie, en médecine nucléaire et en radiologie.

Au fil des ans, la mécanique a laissé de plus en plus de place à l'informatique. « Avant, la première chose que je faisais en arrivant était de brancher mon fer à souder. Aujourd'hui, si je l'utilise une fois par mois, c'est beau! Avant, on travaillait avec un multimètre et un oscilloscope constamment. Aujourd'hui, la plateforme informatique a pris toute la place », explique Luc Lemire.

Ainsi, ces experts peuvent être appelés à aller apprendre les rudiments des appareils médicaux aux quatre coins du monde, de l'Angleterre à la Californie en passant par l'Allemagne, les chefs de file en la matière. Et toutes ces journées passées sur les bancs d'école, ça rapporte!

« Nous sommes les premiers au Québec à faire des interventions sur les équipements d'IRM (imagerie par résonance magnétique) avec des techniciens de l'hôpital et non avec des techniciens de la compagnie. Ça améliore le service, c'est plus rapide et les coûts sont diminués », fait valoir le chef de service, M. Esmeral.

Cette seule formation aura coûté quelque 42 000 $ au centre hospitalier. « Par contre, on économise 40 000 $ par année. Seulement l'an dernier, on a passé 250 heures en prévention et en correctifs sur l'IRM », ajoute fièrement le technicien, Luc Lemire.

Il est aussi possible pour les techniciens en génie biomédical de consulter l'un des milliers de manuels disponibles à l'atelier GBM ou d'accéder aux 40 gigaoctets d'informations gravées sur DVD. Pour chaque appareil, un livre ou un DVD est disponible aux fins de consultation.

À leur arrivée, les nouveaux techniciens se voient affecter à l'une des six spécialités de l'hôpital. Certains, par exemple, veilleront sur tous les équipements que l'on peut retrouver au bloc opératoire (endoscope, gastroscope, etc.) alors que d'autres feront des appareils de soins et de monitorage leur champ d'expertise (saturomètre, tensiomètre, thermomètre, etc.).

Leur expertise grandira donc au fil de leurs années passées à l'emploi du CHUS. Pour la plus grande sécurité des patients!

Quelques chiffres

  • Le parc d'équipement du CHUS a une valeur de 130 millions de dollars
  • Le service de GBM procède à l'analyse de 160 projets d'achat par an
  • Le service de GBM effectue de 7 à 10 millions de dollars d'achats par an
  • Le CHUS possède 6300 appareils, classés en 740 catégories
  • Les GMB procèdent à 7400 interventions par an sur les équipements

En complément