Orbite : la fin d'une étape parsemée d'embûches

Soixante tonnes de matériaux sont entrées par le toit de l'usine Orbite de Cap-Chat. Soixante tonnes de matériaux sont entrées par le toit de l'usine Orbite de Cap-Chat.  Photo :  Radio-Canada

Orbite Technologies terminera dans quelques semaines la construction de son usine de Cap-Chat. Cette fois, c'est la bonne, assure Glenn Kelly, PDG de l'entreprise, qui prévoit une inauguration officielle d'ici la fin de l'hiver.

Un texte de Joane BérubéTwitterCourriel

La fin du chantier de 120 millions de dollars n'aura pas été sans heurt. À l'automne, un conflit avec un sous-traitant, qui a retenu certaines pièces d'équipement, a provoqué l'arrêt des travaux et entraîné un retard de 6 à 7 semaines dans la livraison de l'usine.

Le président d'Orbite, Glenn Kelly, explique que les éléments retenus ont finalement été livrés à la fin décembre.

« Ces pièces ont été livrées à la fin 2015 et on vient juste de terminer leur installation. Les choses vont bien, on est de retour sur notre planification d'origine », précise le PDG.

M. Kelly n'a pas voulu chiffrer les pertes associées à ce retard ni indiqué si l'entreprise entamerait des poursuites. « Ce sont, dit-il, des options qui se présentent et qui sont disponibles. Il y a un contrat. La retenue des équipements qui nous appartenaient allait à l'encontre du contrat, donc c'est certain que nous avons des droits et qu'on va les faire valoir. »

Rien n'aura été facile pour l'entreprise de nouvelles technologies qui envisageait, au départ, de produire ses premières tonnes d'alumine de haute pureté à la fin 2014. Un titre malmené en bourse, des problèmes de trésorerie puis de qualité des matériaux ont retardé les travaux. Les problèmes du système réfractaire, le coeur de la technologie, a généré à lui seul pas moins d'un an de retard et des investissements imprévus.

Production et premiers revenus

Orbite aluminae Orbite aluminae  Photo :  Ici.Radio-Canada.ca

Pour Orbite, la production commerciale d'alumine de haute pureté (HPA), qui sera finalement lancée dans quelques semaines, est un peu la lumière au bout du tunnel, même si l'entreprise n'a pas encore signé de contrat de vente.

La situation n'inquiète pas outre mesure le PDG. « C'est un produit qui est très spécifique, qui entre dans la fabrication d'autres produits à très haute technologie, explique Glenn Kelly. Il y a une période de qualification de notre produit. C'est ce que nous sommes en train de faire en ce moment avec des échantillons fabriqués à près de 90 % à Cap-Chat. »

L'objectif est de signer des contrats avant d'entrer en production, admet M. Kelly. Mais la majorité des clients veulent le produit final, fabriqué à 100 % en usine. Actuellement, les étapes de la calcination et de la décomposition de l'alumine ne s'effectuent pas encore avec l'équipement industriel qui est le cœur du procédé mis en usine à Cap-Chat.

L'alumine de haute pureté d'Orbite Technologies est destinée à l'industrie de pointe dans des domaines comme l'éclairage ou la fabrication de monocristaux de saphir.

L'entreprise a expédié des échantillons de son alumine de haute pureté à plus d'une quinzaine d'acheteurs potentiels jusqu'à maintenant. Une trentaine de clients au total sont ciblés. « Ce n'est pas comme si nous n'avions pas d'intérêt », commente le gestionnaire. Effectivement, trois clients ont demandé de nouveaux échantillons.

En attendant les revenus générés par la vente de son alumine, Orbite a réalisé au début du mois un placement public de près de 8,5 millions de dollars. Le placement a permis de convertir près de 3 millions de factures à payer. En vertu de l'entente, le preneur ferme dispose encore d'une option de 4,5 millions à exercer au total ou en partie d'ici 30 jours. Les débentures viennent à échéance en février 2021, avec un taux de 5 % par année, payable tous les six mois.

Étapes à venir

Cet argent permettra à Orbite d'entreprendre la seconde phase de son projet de Cap-Chat. Il a toujours été dans les cartons de la compagnie d'augmenter la production quotidienne de l'usine de trois à cinq tonnes par jour, dès la mise en production.

Orbite planifie aussi de convertir l'usine à une autre de ses technologies, celle des chlorures qui devrait permettre à l'entreprise de traiter les résidus de la fabrication d'aluminium, comme les cendres volantes et les boues rouges. Cap-Chat deviendrait alors un démonstrateur industriel de la technologie d'Orbite sur la monétisation des déchets.

Avec la valeur de l'or et des terres rares, Orbite fait le pari qu'il sera plus rentable pour les alumineries de traiter leurs déchets que de les entreposer. Selon Glenn Kelly, une fois l'or et les terres rares extraits des cendres volantes, par exemple, il ne reste que 10 % de résidus. « Il y a une question environnementale et une question économique, mais fondamentalement, c'est que c'est très économique comme procédé », indique le PDG qui mise beaucoup sur la commercialisation des procédés brevetés de l'entreprise.

L'ingénierie préliminaire des deux projets, soit l'augmentation de la production et la conversion de l'usine en démonstrateur industriel, devrait être terminée à la fin de l'été. La direction d'Orbite décidera alors si elle ira de l'avant. Si tel est le cas, un nouveau chantier pourrait être lancé à Cap-Chat vers la fin 2016 ou début 2017.

Le lointain horizon de Grande-Vallée

Évolution du titre d'Orbite au cours des 12 derniers mois. Évolution du titre d'Orbite au cours des 12 derniers mois.  Photo :  Ici.Radio-Canada.ca

Il est toutefois clair dans l'esprit de Glenn Kelly que ces nouvelles étapes sont essentielles à l'exploitation du gisement de Grande-Vallée. « C'est la même technologie que nous allons mettre à l'échelle industrielle à Cap-Chat pour traiter les matières résiduelles industrielles que pour traiter l'argile », explique le chef d'entreprise. Orbite pourrait ainsi tirer profit de la vente des autres composantes de l'argile alumineuse du gisement de Grande-Vallée comme le magnésium, le titane, les métaux et les terres rares.

Pour ce qui est de Grande-Vallée, comme de la production d'alumine de haute pureté, Orbite Technologies compte asseoir son développement sur l'exploitation de plusieurs composantes et procédés afin de diminuer les risques.

Même si le PDG d'Orbite refuse de jeter définitivement l'éponge, la construction d'une usine à Grande-Vallée devient de plus en plus improbable, du moins à court et moyen termes.

Dans un contexte où le marché d'aluminium bat de l'aile, la production d'alumine métallurgique est beaucoup moins attrayante, pour ne pas dire pas du tout. « L'objectif, admet Glenn Kelly, n'est plus seulement d'extraire l'alumine. De un, ce ne serait pas économique avec notre procédé, et avec n'importe quel autre procédé. »

Après avoir atteint près de 50 ¢ l'action en décembre, juste avant ses démêlés avec un fournisseur, le titre d'Orbite Technologies s'échangeait autour de 30 ¢ l'action au cours des derniers jours.