OGM et pesticides menaçent les abeilles

Le reportage de Pierre Cotton

Un apiculteur de la Baie-des-Chaleurs souhaite faire de la Gaspésie une région sans organisme génétiquement modifié (OGM). Depuis quelques années, la production de soya transgénique s'accentue, sans compter l'utilisation des pesticides néonicotinoïdes qui, selon un rapport international publié cette semaine, causerait un tort considérable aux abeilles.

L'apiculteur, John Forest, transfère des reines pour développer de nouvelles ruches dans un champ de Carleton-sur-Mer. Cette opération vise à rendre ses abeilles plus résistantes.

« C'est une technique qui fait que la diversité génétique est plus variée, explique M. Forest. La plupart des gens prennent une bonne ruche et ils font 100 reines, peut-être 200 reines avec la même ruche. Cela veut dire que toutes les reines sont sœurs. »

Même si ses abeilles sont plus résistantes, John Forest, a dû retirer ses ruches installées à Cascapédia-Saint-Jules l'an dernier, de même qu'à Caplan et Bonaventure, puisque certains agriculteurs y cultivent du soya transgénique. La production de miel biologique est incompatible avec les semences résistantes aux herbicides développés par Monsanto.

« L'année passée, j'ai perdu 50 % de mes ruches, estime John Forest. Cette année, j'en perds 25%. Avant l'arrivée des traitements des semences des OGM, j'avais 3 ou 4% de perte annuellement. J'ai vu que l'environnement se dégrade. »

Des pesticides montrés du doigt

L'apiculteur n'est peut-être pas au bout de ses peines. Une étude récente démontre qu'un autre produit, les pesticides de type néonicotinoïdes, affecte beaucoup les abeilles. Ces pesticides enrobent les semences de maïs et de soya.

« C'est un pesticide qui est systémique, explique la chargée de projet chez Équiterre, Nadine Bachand. Cela veut dire que le pesticide va se retrouver par la suite dans tous les tissus de la plante, autant dans la tige, les feuilles que dans le nectar et le pollen. »

Les groupes environnementaux demandent aux gouvernements de bannir ces pesticides neurotoxiques qui contaminent, selon eux, toute la chaîne alimentaire.

John Forest rêve, lui aussi, d'une Gaspésie sans OGM. Il a déjà interpellé l'Union des producteurs agricoles, en vain.

« Il est jamais trop tard pour bien faire, croit M. Forest. Je serais pour faire une zone exclusive sans OGM en Gaspésie ». Il interpelle d'ailleurs les gens intéressés à fonder un groupe pour défendre l'environnement. »

Selon Équiterre, 70% des cultures et 35% de la production alimentaire dépendent de la pollinisation effectuée par les abeilles.