800 mégawatts de plus pour l'industrie éolienne

Joane Bérubé
Radio-Canada
L'entrevue de Catherine Saint-Vincent Villeneuve avec le chercheur Jean-Louis Chaumel
Le compte rendu de nos journalistes Martin Toulgoat et Nicole Blackburn

Québec annonce un troisième appel d'offres éolien de 800 MW. Le gouvernement rassure ainsi l'industrie dont les carnets de commandes pour les composants d'éolienne seront vides en 2015. Il reste toutefois à préciser la date à laquelle cet appel d'offres sera lancé, une information cruciale pour l'industrie.

Pour la première fois depuis le développement de la filière éolienne, Québec demande à Hydro-Québec Productions de développer 200 MW. La société d'État sera donc maître œuvre du chantier et de son exploitation.

Avec ce nouveau bloc d'énergie éolienne, Québec souhaite aussi maximiser les retombées pour les communautés locales. Ainsi 300 MW seront réservés à des projets communautaires pour les régions de la Gaspésie-Les Îles et le Bas-Saint-Laurent. Déjà, plus de 100 MW de projets communautaires sont dans les cartons des municipalités. Ces projets seront attribués par appel d'offres.

Les huit MRC du Bas-Saint-Laurent et les Malécites de Viger travaillent aussi au développement d'un vaste projet de 225 MW.   Michel Lagacé, président de la Conférence régionale des élus du Bas-Saint-Laurent, a d'ailleurs vu dans cette annonce un signal clair. « Je suis assez vieux pour lire entre les lignes pour voir que c'est le projet bas-laurentien qui a été annoncé aujourd'hui. Maintenant c'est à nous de faire notre travail et de présenter un projet qui tient la route. »

En ce qui concerne le développement de l'éolien en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, le président de la Société d'État Thierry Vandal se montre rassurant par rapport à la capacité du réseau de transport électrique de la région. Plusieurs estiment que le réseau ne pourra pas soutenir tous les projets et qu'il faudra rénover le système pour exporter l'énergie produite dans la région dans les années futures.

« Soyez certain qu'il n'y aura pas de difficultés pour l'appel d'offres et après ça, on va regarder pour un plus long terme, pour un horizon de 2024 également », a indiqué Thierry Vandal.

La première ministre Pauline Marois, accompagnée de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, d'un représentant de la communauté autochtone et de Pascal Bérubé, ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent La première ministre Pauline Marois, accompagnée de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, d'un représentant de la communauté autochtone et de Pascal Bérubé, ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent  Photo :  Joane Bérubé

Un projet de 150 MW pour les Micmacs

Québec réservera aussi 150 MW aux trois communautés micmaques de la Gaspésie. Ces mégawatts seront développés par un contrat de gré à gré. 

Les Micmacs ont développé leur projet en partenariat avec Innergex. « Nous croyons qu'un changement s'opère à travers le Canada, alors que les communautés locales et les Premières Nations choisissent de devenir des agents de leur propre développement socio-économique, et ceci doit se refléter dans la manière dont les projets d'énergie sont développés », ajoute Michel Letellier d'Innergex.

Les retombées du projet, en terme de redevances et en terme d'emploi, reviendront aux communautés de Listiguj, Gesgapegiag et Gespeg. D'ailleurs les trois chefs, Dean Vicaire de Listuguj, Claude Jeannotte de Gespeig et Guy Condo de Gesgapegiag étaient tous trois présents à la conférence de presse de la première ministre.
Troy Jerome, directeur général du conseil de la Mi'gmawei Mawiomi (regroupement des trois nations micmaques de la Gaspésie), indique qu'il a négocié avec le gouvernement pour que le projet soit issu d'une entente de gré à gré. « C'est un moment historique pour les Micmacs. C'est très bon pour les communautés des régions, c'est bon les Micmacs, c'est bon pour la Gaspésie. »

« Il est important de savoir que nos voisins bénéficieront de ce projet également, car la majorité des revenus provenant du parc éolien seront dépensés dans la région de la Gaspésie », ajoute le chef Claude Jeannotte, président du conseil du Mi'gmawei Mawiomi.

La dernière part, soit 150 MW, sera réservée à des appels d'offres ouverts à l'ensemble des régions du Québec.  C'est nouvelle réjouit le président de la Fédération québécoise de municipalités, Bernard Généreux.   « En privilégiant la filière communautaire, la première ministre s'assure également d'un maximum de retombées des projets au plan local en plus de permettre aux municipalités de se doter d'un puissant levier de développement », souligne le président de la FQM, M. Bernard Généreux. 

Une industrie en attente

En fait, 700 des 800 mégawatts annoncés proviennent des projets de parcs éoliens retenus dans le cadre du premier et du second appel d'offres, mais qui ne se sont pas réalisés. Avec cette annonce, Québec complète ainsi le plan énergétique de 4000 MW d'énergie verte annoncé par le gouvernement Charest en 2006.  

Avec ces annonces, le gouvernement espère donner à l'industrie le souffle nécessaire pour devenir une industrie exportatrice viable. D'ailleurs, les représentants de l'industrie s'étaient mobilisés pour presser le gouvernement Marois d'agir dans le dossier.

Malgré l'annonce de Pauline Marois, l'industrie attendra la signature des premiers contrats pour l'érection des nouveaux parcs éoliens pour se réjouir. Jean-François Samray de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable, rappelle que les industriels ont besoin d'une production garantie pour 2016-2017. « Et cette réponse-là, on ne l'a pas eue », souligne M. Samray.

Jean-François Nolet, vice-président de l'Association canadienne de l'énergie éolienne est tout aussi impatient de voir s'enclencher le processus. « On comprend actuellement qu'il reste encore beaucoup de détails à régler, comment les projets seront octroyés. On va travailler avec les intervenants, mais les mégawatts qui créent des emplois ce sont les mégawatts qui se construisent. »

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet a tenu tout de même à préciser que les nouveaux mégawatts s'inscrivaient dans la nouvelle stratégie énergétique que son gouvernement doit dévoiler à l'automne et qui s'étalera jusqu'en 2024. 

Patrick Pellerin de Marmen, qui fabrique des tours d'éolienne, avoue que ça prendra encore deux ans avant de voir les commandes de pièces arrivées. Il est toutefois optimiste pour la suite des choses. « Premièrement, relève M. Pellerin, ça prenait du courage. Il y a quand même un grand débat par rapport à ça. 800 MW, c'est 100 MW de plus. C'est une surprise pour tout le monde. Troisièmement, ils disent explicitement qu'ils veulent mettre une politique jusqu'en 2024, c'est une très bonne initiative. »

Marc-Antoine Renaud, porte-parole d'Énercon, dont l'usine est à Matane, abonde dans le même sens : « Ce sont, explique-t-il, des cycles de 20 ans dans l'énergie renouvelable. Le 800 MW permet de faire le pont entre la politique énergétique actuelle et la deuxième stratégie énergétique qui sera celle qui viendra boucler la boucle. »

L'annonce vient consolider 800 emplois en usine, dont 455 dans la seule région de Matane. 

Les retombées économiques de l'ensemble de ces nouveaux mégawatts sont estimées à 2 milliards de dollars.