Pétrolia : Forages controversés à Gaspé

Pétrolia reporte les forages prévus à Gaspé

Anne-Marie Dussault en discute avec la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet et le président de Petrolia, André Proulx
Les explications de Martin Toulgoat

Pétrolia cessera pour un moment toute activité d'exploration pétrolière dans les limites de la ville de Gaspé.

La compagnie n'effectuera plus aucun forage à l'intérieur d'un rayon de 10 km du centre-ville de Gaspé, comme le prévoit le règlement sur la protection de l'eau potable adopté en décembre dernier.

Pétrolia explique que cette décision a été prise afin de permettre aux intervenants de faire le point sur le dossier.

Pétrolia demeure d'avis que le règlement municipal outrepasse les pouvoirs de la municipalité et pourrait priver les Gaspésiens d'un potentiel de développement économique important.

Le président de Pétrolia, André Proulx, lors de la conférence de presse, jeudi aprè-midi Le président de Pétrolia, André Proulx, lors de la conférence de presse, jeudi aprè-midi.  Photo :  Bruno Lelièvre

La compagnie estime toutefois que les recours juridiques n'abaisseraient pas les tensions et ne profiteraient pas à l'avancement du dossier. « En choisissant de reporter nos travaux, nous souhaitons offrir aux autorités du temps pour identifier une approche plus constructive dans le meilleur intérêt de tous. Les autorités de tous les paliers peuvent être assurés de notre ouverture à la discussion et de notre entière collaboration » a expliqué le président de Pétrolia, monsieur André Proulx.

Pétrolia entendait effectuer un forage exploratoire du puits Haldimand no 4 à la mi-janvier mais en a été empêchée par l'adoption de la réglementation de Gaspé.

L'entreprise spécifie qu'elle conserve tous les droits et permis sur le gisement Haldimand. La pétrolière ne désespère pas de démontrer que le gisement peut être exploité de manière conventionnelle. Pétrolia maintiendra d'ailleurs ces principaux équipements de forage en Gaspésie.

Le gisement Haldimand, découvert en 2005, est évalué à 700 millions de dollars.

L'entreprise entend maintenant concentrer ses activités sur l'île d'Anticosti et à son puits Bourque, situé près de Murdochville.

Le maire de Gaspé, François Roussy, estime que le maintien de la qualité de l'environnement et de la qualité de l'eau de sa ville sont les grands gagnants de cette histoire.

Une décision saluée par Québec

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, indique la position du gouvernement sur le différend qui oppose la Ville de Gaspé à Pétrolia. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, indique la position du gouvernement sur le différend qui oppose la Ville de Gaspé à Pétrolia.

Pour la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, la décision de Pétrolia permet au gouvernement de mieux cerner l'ensemble des enjeux en présence. Le gouvernement estime que la poursuite des travaux aurait pu compromettre un développement pétrolier harmonieux au Québec.

De son côté, le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, affirme qu'il n'est pas surpris de la décision de Pétrolia. « C'est une décision sage, relève le ministre, à ce stade-ci, dans les débuts d'exploitation de la filière pétrolière au Québec, Pétrolia agit avec prudence et est sensible à la question de l'acceptabilité sociale. »

Le ministre Blanchet ajoute qu'entreprendre un forage à 350 mètres d'une maison n'était pas la meilleure manière d'entreprendre le développement de la filière au Québec.

Selon le ministre responsable des Régions et député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, le problème, à Gaspé, a été causé par l'inertie de l'appareil gouvernemental au Québec au cours des dernières années.

Le ministre considère qu'il n'est pas normal qu'un projet de cette nature ait cheminé si longtemps sans qu'il y ait une intervention pour s'assurer que le tout se fasse de manière harmonieuse. « Il est très triste de constater que nous n'ayons pas au Québec les outils nécessaires pour permettre à l'industrie pétrolière de se développer. On a besoin de ces revenus-là », commente le ministre des Régions.

Un nouveau processus

Pour Québec, la controverse à Gaspé est maintenant terminée. « Ma compréhension, déclare le ministre de l'Environnement, est que dans le contexte et les conditions actuelles, Pétrolia se retire. Donc tant que le contexte et les conditions n'auront pas changé, on ne doit pas s'attendre à ce qu'il y ait un retour. »

Le ministre de l'Environnement et la ministre des Ressources naturelles entendent mettre en place rapidement un processus de suivi de l'ensemble de la filière pétrolière au Québec. « Il va y avoir deux démarches, une qui va porter sur ce type d'exploitation en milieu urbanisé et une autre sur la protection des eaux souterraines », précise le ministre Blanchet.

Québec entend imposer ces nouvelles démarches aux municipalités. « Il est certain, soutient Yves-François Blanchet, qu'un règlement ou une législation pour l'ensemble du Québec prise par le gouvernement du Québec aurait préséance sur n'importe lequel règlement municipal. Dans l'intervalle, les règlements municipaux comme celui de Gaspé sont, je l'ai dit et je le répète, légitimes, prudents et valides. »

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, réitère par ailleurson ouverture envers la filière pétrolière en rappelant notamment le potentiel pétrolier élevé de l'île d'Anticosti.

Réactions des partis d'opposition

Le porte-parole du Parti libéral en matière d'Énergie, Pierre Paradis, estime que Québec n'a pas été en mesure de clarifier les règles du jeu dans le dossier qui oppose Gaspé à Pétrolia. Selon Pierre Paradis, la première ministre Pauline Marois laisse les municipalités et les investisseurs sans cadre légal sur le développement des hydrocarbures.

L'opposition officielle souligne que visiblement le développement économique de la Gaspésie ne fait pas partie des priorités du gouvernement.

Le porte-parole de la Coalition Avenir Québec (CAQ) pour la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, Sylvain Lévesque, reproche aussi à Québec d'alimenter l'incertitude. Il accuse même le gouvernement d'être hostile à l'exploitation du pétrole québécois. Il rappelle que le ministre responsable de la région, Gaétan Lelièvre, a même pris par à des manifestations contre Pétrolia.

La CAQ fait valoir que ce sont tous les Québecois qui sortent perdant de la décision de Pétrolia puisqu'Investissement Québec détient 10 % des actions de Pétrolia.

Enfin, Québec solidaire estime que le report des travaux est une victoire pour la population et le conseil municipal de Gaspé.

Citoyens divisés

Assemblage des équipements de forage Assemblage des équipements de forage au puits Haldimand no 4 au début du mois de janvier.

Au moment même où Pétrolia prend cette décision, des entrepreneurs et des citoyens de Gaspé créent le Regroupement pour l'avancement économique de la Gaspésie. Du même souffle, ils demandent à la Ville de Gaspé de suspendre son règlement sur la protection de l'eau potable. Le Regroupement estime que la position de la Ville de Gaspé est économiquement insoutenable

Selon le porte-parole du nouveau regroupement et fondateur, Gaston Langlais, le groupe a l'intention de se faire entendre à chaque fois qu'un projet économique sera menacé. M. Langlais est aussi un des fondateurs du défunt mouvement des Patriotes gaspésiens.

Le développement pétrolier a suscité beaucoup de controverse dans le secteur de Gaspé au cours des derniers mois en raison de la proximité des travaux de forages du quartier résidentiel de Haldimand. Le puits no 4 aurait été situé à 350 mètres de résidences.

L''annonce de Pétrolia entraîne son titre à la baisse. L'action inscrite à la bourse de Toronto a reculé de 4 % jeudi. Elle se transige à 0,99 ¢, l'action se négociait à 1,07 ¢ en début de semaine.

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