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Dimanche 23 avril 2017 17:39 HAE

Est du Québec

Mise à jour le mercredi 28 mai 2008 à 12 h 06
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Représentation électorale

Un rejet catégorique

Les élus gaspésiens sont unanimement opposés au projet de refonte de la carte électorale.

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Limites proposées de la nouvelle circonscription de Gaspé

Tous les mémoires déposés, mardi, à New Richmond, devant les membres de la Commission de représentation électorale dénoncent la proposition d'éliminer une circonscription en Gaspésie.

En plus de la disparition de la circonscription de Gaspé, le Directeur général des élections (DGE) propose une modification importante de limites des circonscriptions de Matane, de Matapédia et de Bonaventure. La loi indique qu'une circonscription doit compter au minimum 33 905 électeurs.

En Gaspésie, toutes les circonscriptions comptent de 36 % à 39 % d'électeurs de moins que la norme législative. Pour réduire ces écarts, le DGE suggère que deux des futures circonscriptions de la Gaspésie chevauchent les limites administratives de la région voisine, le Bas-Saint-Laurent.

Territoire étendu

Les Gaspésiens s'insurgent d'abord et avant tout contre la perte d'un député.

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La mairesse de New Richmond a notamment fait valoir qu'il était inconcevable qu'un territoire aussi vaste que le Portugal soit représenté par un député et demi à l'Assemblée nationale. Autant dire, soutient Mme Appleby, que les citoyens n'ont plus accès à leur député.

Toutefois, 10 circonscriptions du Québec, en Abitibi, en Estrie et au Lac-Saint-Jean notamment, sont plus grandes que celles proposées pour la Gaspésie.

Des intervenants aux rencontres de consultations ont aussi reproché au DGE, Marcel Blanchet, d'accorder une trop grande importance au principe d'une personne, un vote et d'oublier les réalités particulières de la Gaspésie.

L'ex-député fédéral de Bonaventure-Îles-de-la-Madeleine, Rémi Bujold, a rappelé que le nombre d'électeurs par circonscription n'est pas le seul critère retenu par la Cour suprême pour dessiner la carte électorale d'une province.

La Gaspésie doit jouir d'une situation d'exception, suggère l'ancien politicien. « Si l'exception devenait plus générale que la règle générale, je crois que là nous aurions un problème. Mais je crois que ce phénomène n'arrivera pas », a précisé Rémi Bujold.

Un préfet indigné

Les audiences ont d'ailleurs donné lieu à une sortie en règle du préfet de la MRC d'Avignon et président de la Conférence régionale des élus (CRE), Bertrand Berger. Son cri du coeur a enflammé la salle.

C'est fatiguant en maudit, année après année, mois après mois, semaine après semaine de toujours se défendre, puis se battre pour essayer de garder nos acquis, alors qu'on est dans la merde économiquement par-dessus la tête. — Bertrand Berger, président de la Conférence régionale des élus de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

M. Berger estime que la réforme proposée est une véritable aberration. L'inclusion d'une partie de la MRC d'Avignon dans la future circonscription de Matapédia-Mitis indigne particulièrement le préfet.

« Vous n'avez pas idée de l'emmerdement administratif et politique que ça peut donner que sept municipalités de la MRC d'Avignon s'en aillent, non seulement dans un autre comté que le reste de la MRC, mais s'en aillent dans une autre région administrative », a soutenu Bertrand Berger.

Les communautés d'intérêts

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Une partie des municipalités de la baie des Chaleurs serait rattachée à Matapédia-Métis.

Cet argument a aussi été repris par le maire de Pointe-à-la-Croix, Jean Paul Audi. Sa municipalité pourrait être incluse dans Matapédia-Métis et serait donc rattachée à la région administrative du Bas-Saint-Laurent.

Le maire Audi craint que cela vienne désorganiser la cohérence des actions de développement économique dans son secteur. Il a ainsi fait valoir que le taux de chômage au Bas-Saint-Laurent est de 10 % comparativement à 20 % dans sa région.

Ce manque de respect des communautés d'appartenance a aussi été souligné par la députée de Bonaventure et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau.

Mme Normandeau a soutenu que les Gaspésiens refuseront d'être intégrés de force dans des circonscriptions avec lesquelles ils ont peu de points en commun. « Les Gaspésiens sentent qu'ils ont plus que jamais besoin de leurs quatre députés à l'Assemblée nationale. Je peux vous annoncer maintenant que la population gaspésienne va lutter avec un acharnement sans précédent pour le maintien de ses quatre comtés en Gaspésie », a indiqué la ministre.

Nathalie Normandeau, vice-première ministre du Québec

Nathalie Normandeau (archives)

En 2001, la Commission de la représentation électorale avait justifié le maintien des quatre circonscriptions de la Gaspésie par la géographie particulière de la région, la faible densité de population et les distances à parcourir.

La commission relevait également le rôle particulier du député dans une région où les services gouvernementaux sont généralement peu accessibles.

Sept ans plus tard, note Nathalie Normandeau, rien n'a vraiment changé, pas même le nombre d'électeurs par circonscription. « Alors, on voudrait bien savoir comment votre raisonnement a évolué pour tirer une conclusion qui est diamétralement opposée à la position que vous avez tirée en 2001 », a demandé la députée au DGE.

Le président de la Commission de la représentation électorale, Marcel Blanchet, soutient que le changement est venu des circonscriptions, de plus en plus nombreuses, qui se trouvent près des zones d'exception prévues par la loi ou s'en approchent. « Ça fait 36 circonscriptions sur 125 qu'il faut absolument corriger pour assurer une juste représentation des électeurs », a expliqué Marcel Blanchet.

Audiences sur la refonte de la carte électorale

Audiences sur la refonte de la carte électorale (archives)

Au total plus d'une vingtaine de mémoires et de résolutions ont été déposés au DGE.

Le président de la commission a écouté l'ensemble des arguments, mais n'a pas semblé ouvert à multiplier les cas d'exception.

Devant l'unanimité de l'opposition gaspésienne, Marcel Blanchet a évoqué du bout des lèvres que tout n'était pas décidé et que le projet de réforme de la carte électorale pouvait encore être modifié.

Les audiences en Gaspésie se poursuivent mercredi à Matane et vendredi à Gaspé. Une manifestation est prévue à 18 h 30 devant l'hôtel Riotel de Matane où se tiennent les audiences.

La proposition finale de la Commission de la représentation électorale sera publiée en novembre.

Commission de représentation électorale

La carte électorale change

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