Le tout pour le tout pour le candidat Blaine Higgs

L'ancien ministre des finances Blaine Higgs L'ancien ministre des finances Blaine Higgs  Photo :  Ici Radio-Canada / Antoine Trépanier

C'est quitte ou double. L'ancien ministre des Finances du Nouveau-Brunswick lorgne le poste de premier ministre pour procéder à des changements en profondeur « nécessaires » pour l'avenir de la province.

Un texte de Antoine Trépanier TwitterCourriel

Août 2010, le chef des bleus, David Alward, a le sourire aux lèvres. À ses côtés, un ancien dirigeant d'Irving Oil spécialisé dans la restructuration d'entreprises, un candidat qui donne à son parti une bonne dose de crédibilité sur le plan économique : Blaine Higgs.

Son élection conjuguée à celle du Parti progressiste-conservateur le propulse au siège de ministre des Finances.

Blaine Higgs Blaine Higgs  Photo :  Ici Radio-Canada

Après sa victoire contre l'ancienne ministre libérale Mary Schryer dans Quispamsis, Blaine Higgs promettait d'équilibrer le budget déjà dans un rouge profond. Le déficit atteignait alors les 830 millions de dollars.

« Je ne suis pas un politicien de carrière et je n'ai jamais prévu me présenter à trois élections », disait-il. Il le répète aujourd'hui. Il promettait un seul mandat en politique pour équilibrer les livres, remettre la province sur les rails. Il retournerait ensuite à la retraite pour passer du temps avec son épouse Marcia. Hélas pour lui, son gouvernement n'a pas équilibré le budget, bien qu'il ait réussi à réduire de moitié le déficit.

« Je ne me présente pas à la direction pour être ministre des Finances, ça ne m'intéresse plus. » — Blaine Higgs

Il s'est fait réélire en 2014 « pour faire le travail ». Échec des bleus, victoire des rouges, il est dans l'opposition. Cette course à la direction pourrait bien être son dernier essai. Il admet qu'il trouverait difficile, advenant un échec de sa campagne à la direction, de tenter de se faire élire une troisième fois, même s'il devenait de nouveau ministre des Finances. Et il a encore moins envie de siéger dans l'opposition.

Pour relancer la province, il est prêt à mettre en péril une victoire de son parti aux élections suivantes, celles qui surviendraient après un éventuel mandat conservateur, en 2022. Cela en inquiète plusieurs au sein de son parti. Des sources confient que l'ancien ministre de la Santé, Hugh Flemming, un proche de Blaine Higgs, a refusé très tôt de l'appuyer pour cette raison. Il est le coprésident de la campagne de Monica Barley, « parce qu'elle est une progressiste comme moi et ma famille ». 

« Je veux changer, transformer la province. Quand je suis arrivé au gouvernement en 2010, je voulais amener mon expérience du secteur privé. Mais rendu là, je me suis rendu compte que tous les principes que j'aurais suivis ne s'appliquaient pas. Il y a tellement une grande disparité dans l'imputabilité et la surveillance entre le gouvernement et le secteur privé », plaide Blaine Higgs.

Blaine Higgs, député de Rothesay Blaine Higgs, député de Quispamsis  Photo :  Radio-Canada/Michel Corriveau

Il critique un système trop « politique », où les gouvernements perdent du temps à des calculs politiques et où l'expérience personnelle des politiciens ne compte que pour très peu.

« Vous pouvez réellement être sans emploi et ne jamais avoir eu d'emploi de votre vie et devenir premier ministre de la province. Ce n'est pas correct. Le seul obstacle à la réussite dans cette province, c'est la politique », lâche-t-il.

En entrevue, il est passionné. Il critique le fait que tant les libéraux que les progressistes-conservateurs misent d'abord sur la durabilité du parti, sur la prospérité de la province ensuite.

Son entourage le présente comme un candidat pragmatique et mise sur lui pour faire le ménage à grands coups de balai.

« Nous avons besoin d'un homme d'expérience et Blaine est cette personne. » — Bill Oliver, député de Kings-Centre

« Je vois l'opportunité de faire bien plus que d'équilibrer le budget », dit-il. Il veut changer une culture de « dépenses irréfléchies » où l'on priorise la construction d'autoroutes (la 1 et la11) plutôt que d'investir dans l'éducation et les soins de longue durée.

« Quand il parle, il est "business". Il est calme, posé et peut prendre des décisions très difficiles », avance le député de Kings-Centre, Bill Oliver.

M. Oliver était à même de constater la « recette Higgs » au gouvernement, lui qui était son adjoint au gouvernement. Il rappelle la réforme des pensions dans la fonction publique qui a été orchestrée par le ministre des Finances, une des mesures les plus controversées du gouvernement Alward.

« J'étais à ses côtés. Ce n'était pas la période la plus facile, mais Blaine a fait adopter cette réforme avec calme et doigté. Il a le courage de ses ambitions », dit-il.

Manifestation de fonctionnaires à Fredericton L'ex-ministre des Finances Blaine Higgs (à droite) discute avec des manifestants.  Photo :  Jacques Poitras/CBC

Un premier ministre Higgs ne voudrait pas revenir sur la décision du gouvernement Gallant de faciliter l'accès à l'avortement et ne se battrait pas contre la légalisation de la marijuana. Mais il se rangerait derri<ere les priorités adoptées par son parti et son caucus.

Ce caucus, justement, s'est effrité, fragmenté depuis la défaite électorale de 2014, en dépit d'une image d'unité véhiculée par le parti. Le nombre de candidats dans cette course - sept, bien plus que les trois candidats de 2008 - en est une preuve.

S'il parvient à se faufiler entre les candidats présumés favoris, Blaine Higgs devra construire des ponts solides au sein du parti, à commencer par les francophones. Il soutient qu'il sera « important » d'avoir un lieutenant francophone, un chef adjoint connu chez les francophones comme l'était Jean-Maurice Simard à l'époque de Richard Hatfield.

« Je n'ai pas de nom à vous donner à ce moment-ci », dit-il. Mais ça viendra, assure-t-il. À quelques jours du congrès à la direction, Blaine Higgs ne semblait pas s'en faire outre mesure. Il compte sur une poignée d'appuis solides au sein de la députation actuelle et chez d'anciens députés.

« C'est incroyable, nous construisons ces autoroutes fantastiques, mais la seule chose qui nous manque, c'est le trafic qui va avec. » — Blaine Higgs

Outre Bill Oliver, la députée de Moncton-Sud-Ouest, Sherry Wilson, celui d'Albert, Brian Keirstead, et les anciens députés Glen Tait, Karl Killam, Curtis Mallick et Robert Trevors appuient M. Higgs. C'est sans compter l'appui que lui offrent des gens d'affaires discrets et l'ancien ministre fédéral responsable de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), Rob Moore.

À quelques jours du vote, le travail de coulisses est bien entamé et l'entourage du candidat espère bien pouvoir causer la surprise en ralliant suffisamment d'appuis au deuxième, ou encore au troisième tour, lors du congrès.

Certains avancent que la course est « beaucoup plus serrée » qu'elle n'y paraît et que Blaine Higgs pourrait gruger des votes à son adversaire de Saint-Jean, Mel Norton. 

S'il devait échouer dans sa tentative de devenir chef, le député de Quispamsis dit qu'il pourrait se rallier à un autre candidat. Il refuse de dire lequel. Mais sinon, ce sera terminé pour Blaine Higgs.

Course à la direction du Parti progressiste-conservateur

Acadie en direct Afficher le fil complet