Soins de santé au N.-B. : une partie de la gestion pourrait passer aux mains du privé

Une professionnelle de la santé tient son stéthoscope.  Photo :  iStockphoto

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick explore la possibilité de privatiser la gestion de certains services de soins de santé. La province a conclu un protocole d'entente avec l'entreprise Services médicaux d'urgence Medavie (SMU Medavie), qui oeuvre dans les soins de santé hors des hôpitaux.

Un reportage de Catherine Allard TwitterCourriel

SMU Medavie, qui gère déjà Ambulance Nouveau-Brunswick depuis 2007, créera une nouvelle entité qui regroupera les services actuellement offerts par Ambulance Nouveau-Brunswick, le programme Extra-Mural et Télé-Soins 811.

« Ça va augmenter la collaboration entre les services et donner un meilleur accès pour les soins primaires pour les patients du Nouveau-Brunswick, puis les aider à mieux naviguer dans le système de santé », explique Edgar Goulette, directeur des services de soutien chez SMU Medavie.

Edgar Goulette, directeur des services de soutien chez SMU Medavie Edgar Goulette, directeur des services de soutien chez SMU Medavie  Photo :  Ici Radio Canada/Catherine Allard

Le gouvernement assure que les employés qui offrent les différents services aux patients ne seront pas affectés par ce changement, mais la gestion des services sera remise entre les mains de l'entreprise.

« Ce sont les mêmes services déjà offerts, mais tout le monde le fait en silo. On devrait être capable de partager l'information pour mieux bénéficier le patient » explique Edgar Goulette.

Ce protocole d'entente s'inscrit dans un effort du gouvernement provincial pour réorganiser le système de soins de santé, notamment en instaurant un système communautaire de soins primaires.

« Nous savons que les frais d'hospitalisation de 5 % des patients accaparent le tiers, voir la moitié, des ressources du système. Une solution consiste à instaurer un système communautaire de soins primaires », a affirmé mardi le ministre des Finances Roger Melanson, lors du dépôt du budget provincial.

« Avoir des relations plus directes avec ces patients-là et des communications régulières pour s'assurer qu'on les garde à la maison le plus longtemps possible, qu'on les admet pas dans les foyers ou dans les hôpitaux si on n'a pas besoin », ajoute le ministre de la Santé, Victor Boudreau.

Une privatisation qui inquiète

À Fredericton, des élus sont inquiets de voir la gestion de certains services de santé passer aux mains du secteur privé.

« La priorité est d'améliorer le bien-être des gens du Nouveau-Brunswick, ce qui n'est pas la priorité d'une corporation privée. Avec le privé il y a une grande cible pour l'efficacité, mais ce n'est pas la même chose pour le ministère de la Santé, où c'est le bien-être des gens du Nouveau-Brunswick », dit David Coon, chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

« Je suis très inquiète parce que le ministère de la Santé a la responsabilité de s'assurer de faire la livraison des services dans chacune des régions de façon appropriée. Si on donne ça à un groupe tiers, on parle maintenant probablement de limitation et c'est de ça que j'ai peur », dit la députée progressiste-conservatrice Madeleine Dubé.

Des craintes de perdre des services en français

L'avocat Michel Doucet, expert en droits linguistiques, estime que l'offre de services en français est menacée par la privatisation d'une partie des soins de santé.

Le juriste Michel Doucet Le juriste Michel Doucet  Photo :  ICI Radio-Canada

« Chaque fois qu'on parle de privatiser des services, il y a toujours des inquiétudes qui se pointent au niveau des langues officielles », dit-il.

Michel Doucet cite en exemple les nombreuses critiques faites à l'égard d'Ambulance Nouveau-Brunswick, pour expliquer ses craintes envers la perte de services en français.

« Selon la loi, les tiers qui offrent des services pour le gouvernement ont l'obligation d'assurer que ces services sont offerts dans les deux langues, mais on sait également que très souvent, ceux qui négocient ces ententes de privatisation oublient de spécifier et de bien décrire les obligations de ces tiers », ajoute Michel Doucet.

SMU Medavie tente d'être rassurant et affirme que les services que reçoivent les patients ne changeront pas.

« Ces programmes offrent déjà des services dans la langue des patients et on va continuer à faire ça. C'est la loi au Nouveau-Brunswick et on essaie de toujours améliorer les services et rencontrer les besoins au niveau légal », répond Edgar Goulette.

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