75 ans sans possibilité de libération pour Justin Bourque

Peine historique pour Justin Bourque : reportage de Julie-Anne Lapointe

Le juge en chef de la Cour du Banc de la Reine, David Smith a déterminé que Justin Bourque écopait de 75 ans de prison sans possibilité de libération, vendredi, pour avoir abattu trois policiers de la GRC et en avoir blessé deux autres dans une fusillade à Moncton.

Justin Bourque ne pourra faire de demande de libération avant l'âge de 99 ans. Il s'agit du premier Canadien de l'histoire à écoper d'une telle peine.

Justin Bourque Justin Bourque lors du prononcé de sa peine, le 31 octobre 2014.  Photo :  Andrew Robson

Lorsque le juge Smith a rendu sa décision, l'accusé est resté très calme, debout, le regard de glace, sans broncher. Il a écouté le juge énumérer les faits qui ont mené aux événements du 4 juin 2014, dans un quartier de Moncton. Puis, il a été escorté par des gardes de sécurité.

La famille et les proches de l'accusé étaient rassemblés au fond de la salle de cour et ont quitté rapidement après que le juge eut déterminé la peine. Ces derniers ne se sont pas adressés aux médias à leur sortie du palais de justice.

« Ce crime est historique et la peine doit refléter la gravité des actions de l'accusé. » — Le juge David Smith

Le magistrat a également qualifié le crime commis par Justin Bourque d'historique. Il a notamment conclu que l'accusé n'avait montré aucun remords avant qu'il ne prenne la parole mardi. Justin Bourque avait alors dit être désolé des actes qu'il avait commis.

L'avocat de Justin Bourque, Me David Lutz, a affirmé qu'il s'agissait de la seule peine que le juge pouvait donner à l'accusé, compte tenu des faits. Il a également affirmé que son client s'était résigné à purger une telle peine.

À sa sortie du palais de justice, il a livré un vibrant plaidoyer contre les armes à feu. Il a affirmé que trois agents de la GRC étaient morts à Moncton et un autre à Ottawa en raison d'un mauvais contrôle des armes à feu.

« Il s'agit d'un des crimes les plus haineux de l'histoire du Canada, si ce n'est pas le plus haineux. » — L'avocat de Justin Bourque, David Lutz

Des dirigeants de la GRC du Nouveau-Brunswick ont également réagi à la peine imposé à Justin Bourque. Le commissaire adjoint de la GRC au Nouveau-Brunswick, Roger Brown, a déclaré que « comme c'est le cas pour n'importe quel crime, il est impossible de réparer les torts causés aux victimes ».

Déclaration du commissaire adjoint Roger Brown, de la GRC au N.-B.

« Nous n'oublierons jamais la soirée déchirante du 4 juin dernier, alors que nous avons perdu trois de nos collègues : les gendarmes Doug Larche, Dave Ross et Fabrice Gevaudan. On ne peut perdre de vue le fait qu'ils étaient des maris, des pères, des fils et des frères exemplaires, en plus d'être d'excellents policiers. Une enquête a eu lieu, et un homme a été reconnu coupable de meurtres. Il a aussi été reconnu coupable de tentatives de meurtres sur les gendarmes Eric Dubois et Darlene Goguen, et il a été condamné pour ses crimes.

Des journalistes m'ont demandé ce que j'en pensais et j'ai seulement pu leur dire que j'étais content que l'accusé ait plaidé coupable et accepté la responsabilité de ses actes atroces. Cela a permis d'éviter un long procès, ce qui aurait pu être émotivement difficile pour la famille. Mais comme c'est le cas pour n'importe quel crime, il est impossible de réparer les torts causés aux victimes. Dans ce cas-ci, les victimes sont nombreuses. Je suis de tout cœur avec leurs familles, avec leurs collègues, avec la collectivité et avec tous ceux qui ont été touchés par ce qui est arrivé.

Même si l'absence de Doug, Dave et Fabrice continuera de se faire sentir, nous devons poursuivre notre travail. Quelques mois se sont écoulés depuis la tragédie, et la collectivité continue de nous soutenir alors que nous veillons à la sécurité du Grand Moncton. Je ne vois pas de meilleure façon d'honorer leur mémoire que de continuer ce grand partenariat.

La sécurité de la collectivité, c'est la responsabilité de tous. Au nom de tous les employés de la GRC, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour nous soutenir. »

Les veuves des trois gendarmes tués par Justin Bourque ont pris la parole après cette décision historique. Nadine Larche, la veuve du gendarme Doug Larche, a déclaré que cette peine « ne ramènera pas mon mari », mais qu'elle évitera beaucoup d'inquiétude et de douleur aux enfants des trois gendarmes. Justin Bourque devrait vivre le reste de sa vie en prison.

Une peine historique

Justin Bourque a écopé d'une peine historique. La prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 75 ans, représente la peine la plus sévère depuis l'abolition de la peine de mort au Canada, en 1976.

Justin Bourque Justin Bourque  Photo :  Facebook

Justin Bourque a plaidé coupable, en août, à trois chefs d'accusation de meurtre prémédité et deux de tentative de meurtre, à la suite de la fusillade du 4 juin à Moncton.

La Couronne a conclu sa plaidoirie, mardi, en demandant une sentence de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 75 ans.

Le procureur Cameron Gunn a précisé qu'une sentence de 25 ans avec possibilité de libération conditionnelle serait « complètement inappropriée ».

Selon Cameron Gunn, Bourque a démontré n'avoir aucun remord pendant son interrogatoire avec les policiers datant du 6 juin.

La Couronne a ajouté que le crime de Bourque était l'un des plus haineux de l'histoire canadienne et que le tireur aurait abattu davantage de policiers s'il avait pu.

L'avocat de Justin Bourque, David Lutz, a répliqué en demandant une possibilité de libération conditionnelle après 50 ans pour son client.

David Lutz a précisé que l'accusé admettait presque tous les faits présentés en cour depuis lundi, exception faite d'une partie de déclaration d'un témoin. Or, lorsqu'il a quitté le palais de justice, Me Lutz a déclaré que c'était une peine juste et qu'il n'avait pas obtenu le « mandat d'aller en appel de la décision » du juge.

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