Fraudes à l'assurance-emploi : les fonctionnaires ont bien des quotas

Le compte rendu de Daniel Thibeault

Le quotidien Le Devoir rapporte que les quotas de prestations d'assurance-emploi à récupérer dans les cas de déclaration trompeuse existent bel et bien, malgré les démentis de la ministre des Ressources humaines et du Développment des compétences du Canada, Diane Finley.

Le journal a rendu public lundi matin un document qui stipule que chaque fonctionnaire affecté au service d'intégrité de Service Canada doit récupérer 485 000 $ de prestations, ou 40 000 $ par mois, pour l'année en cours.

Ces chiffres sont précisés dans le formulaire d'évaluation du rendement de ces fonctionnaires chargés d'enquêter sur les fraudes potentielles envers l'assurance-emploi et d'autres programmes.

La ministre Finley avait démenti l'existence de ces quotas individuels, parlant plutôt de cibles pour chaque région, dont des réductions de 58 millions de dollars pour l'Atlantique.

Lundi, à Ottawa, Mme Finley a préféré parler « d'objectifs de rendement » qui aident à protéger les prestations d'assurance-emploi légitimes contre la fraude, plutôt que de quotas.

« Il y a une grosse différence entre les deux lorsque vient le temps de motiver et de gérer le personnel. » — Diane Finley

Pour le chef de l'opposition officielle, toutefois, Mme Finley a en fait induit le Parlement en erreur en soutenant que les quotas pour les fonctionnaires n'existaient pas. « Quand elle est prise en flagrant délit, elle dit : "Ah! J'ai dit qu'il n'y avait pas de quotas, mais je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de cibles". Comme s'il y avait une différence! » a ironisé Thomas Mulcair.

« C'est l'art d'être conservateur. Tu dis le contraire de la vérité jusqu'à ce que tu te fasses pogner, puis après, tu dis un demi-mensonge pour essayer de t'extraire. » — Thomas Mulcair

L'existence d'un quota suscite la consternation dans la Péninsule acadienne

Ces nouvelles informations attisent une colère déjà vive au Nouveau-Brunswick. Le ministère des Ressources humaines a d'ailleurs suspendu les visites surprises de fonctionnaires fédéraux chez des prestataires d'assurance-emploi dans la région de Tracadie, où l'on jugeait que la tension était trop grande entre les chômeurs et les employés de l'État.

Claude Snow, travailleur social bien connu, dénonce depuis un moment la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper. Selon lui, la ministre Diane Finley dépasse les bornes et devrait remettre sa démission.

Claude Snow Claude Snow
« Le chat est sorti du sac et on se rend compte que ce qu'elle a dit était complètement faux. Alors je crois que dans ces conditions-là il me semble qu'un ministre devrait démissionner parce que c'est vraiment avoir faussé la vérité. » — Claude Snow, intervenant communautaire, Comité des 12 pour la justice sociale

Au Nouveau-Brunswick, le militant Emmanuel Moyen, qui défend les intérêts des travailleurs saisonniers, dénonce la situation. « On a des fonctionnaires qui sont prêts à aller à la chasse à des fonds publics. C'est clair que la réforme telle que je la comprends aujourd'hui, on ne cherche pas à aider du monde, on cherche de l'argent pour ajouter dans le budget fédéral », dit-il.

Le député provincial de Tracadie-Sheila, Claude Landry, est surpris de l'attitude de la ministre Finley et il lui demande des comptes.

« Je demande à la collègue, au gouvernement fédéral, Mme Finley, la responsable, de s'expliquer. » — Claude Landry, député provincial, Tracadie-Sheila

L'ambivalence de la ministre ne fait qu'accentuer le climat de tension actuel. Le gouvernement provincial espère que son homologue fédéral acceptera enfin de le rencontrer pour dissiper toute la confusion qui entoure cette réforme

Les révélations du Devoir surviennent deux jours après des manifestations contre la réforme de l'assurance-emploi qui ont mobilisé des milliers de Canadiens à plusieurs endroits au pays, notamment à Tracadie-Sheila et à Kedgwick.

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