Vacances à temps partagé : l'OPC aurait pu intervenir

Le reportage de Maxime Poiré

Exclusif - Au moment où deux compagnies de Québec oeuvrant dans le domaine des vacances à temps partagé font l'objet de poursuites aux petites créances et de plaintes à l'Office de la protection du consommateur (OPC), une équipe de Radio-Canada a appris que l'OPC aurait pu intervenir il y a des années pour assurer une protection aux consommateurs.

Grâce à une demande d'accès à l'information, une équipe de l'émission La Facture a découvert qu'en 1993, l'OPC voulait remettre de l'ordre dans l'industrie des vacances à temps partagé.

Pour contrer la vente sous pression, l'OPC avait exigé que les consommateurs aient le droit d'annuler leur contrat dans un délai de cinq jours après sa signature.

Or, l'année suivante, sous la pression d'un commerçant, l'OPC changeait d'avis et retirait cette importante protection pour les consommateurs. Aujourd'hui, près de 20 ans après cette décision, l'OPC n'a toujours pas prévu de réactiver cette protection.

Vacances à temps partagé

En vertu de la formule de vacances à temps partagé, le consommateur signe un contrat et verse un montant lui donnant un droit d'usage pour un appartement dans une destination vacances.

Il n'en devient pas le propriétaire, mais plutôt le locataire à très long terme, pour une période pouvant s'échelonner sur plusieurs décennies.

Source : Office de la protection du consommateur

Cas vécu

Cette protection aurait pu être bénéfique pour Éric L'Abbée. Comme des dizaines d'autres clients, M. L'Abbée a signé un contrat de vacances à temps partagé au Club Vacances Toutes Saisons de Beaupré par l'entremise de la compagnie de marketing Navillus. Il s'agit d'un contrat de 10 000 $ pour 39 ans.

M. L'Abbée aurait aimé prendre le temps de réfléchir avant de s'engager. Or, les techniques de vente sous pression l'ont incité à signer le contrat très rapidement.

Techniques sous pression

À l'aide d'une caméra cachée, l'équipe de La Facture a pu constater que tout est fait chez le Club Vacances Toutes Saisons pour inciter les consommateurs à signer leur contrat le soir même.

Sarah Sullivan, propriétaire de Navillus, et Jean-Sébastien Monette, propriétaire du Club Vacances Toutes Saisons Sarah Sullivan, propriétaire de Navillus, et Jean-Sébastien Monette, propriétaire du Club Vacances Toutes Saisons

Lors de sa visite, Radio-Canada a reçu trois offres différentes, à prendre ou à laisser, car elles n'étaient valides que ce soir-là.

Les propriétaires de Navillus et du Club Vacances Toutes Saisons ont expliqué à l'équipe de La Facture pourquoi les représentants insistent autant.

« C'est comme ça que le produit fonctionne », a affirmé Sarah Sullivan, propriétaire de Navillus.

« Je vous dirais que les gens, dans ce milieu-là, la décision, si les gens la prennent pas aujourd'hui, ils la prendront jamais », a quant à lui répondu Jean-Sébastien Monette, propriétaire du Club Vacances Toutes Saisons.

« S'ils mettent autant de pression, c'est sûrement que si les gens prennent le temps d'y réfléchir, ils vont dire non finalement », affirme M. L'Abbée.

Après l'intervention de l'équipe de La Facture, Éric L'Abbée a négocié une entente qui lui a permis de se libérer de son contrat signé sous la pression.

Rappelons que les entreprise Club Vacances Toutes Saisons et Navillus font l'objet de 50 poursuites aux petites créances et d'une quarantaine de plaintes à l'OPC.