Procès du juge à la retraite Jacques Delisle

Procès pour meurtre de l'ex-juge Delisle : les premiers intervenants témoignent

Les précisions de Yannick Bergeron

Au troisième jour du procès de l'ex-juge Jacques Delisle, accusé du meurtre prémédité de sa femme Nicole Rainville, les membres du jury ont eu l'occasion d'en savoir plus sur les minutes qui ont suivi l'appel que l'accusé a logé au 911 le soir des événements survenus le 12 novembre 2009.

L'agent Jean-François Bégin du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), qui a répondu à l'appel logé aux services d'urgences par Jacques Delisle, est venu témoigner au palais de justice de Québec. Il a été chargé d'accompagner le juge dans les heures qui ont suivi le drame.

Le policier a livré au jury les observations qu'il a faites durant cette période. Il a témoigné que malgré un calme apparent, M. Delisle a paru ébranlé, ému et qu'il a été pris de tremblements aux mains et aux bras peu après l'arrivée d'ambulanciers à sa résidence. Constatant cela, Jean-François Bégin a demandé au personnel médical de vérifier son état.

Par la suite, M. Bégin a invité Jacques Delisle à le suivre dans son auto-patrouille afin qu'il puisse utiliser le téléphone s'y trouvant pour aviser sa fille du décès. Le policier du SPVQ a déclaré que dans une conversation très brève, où il cherchait ses mots, Jacques Delisle a appris à sa fille que Mme Rainville s'était « enlevé la vie ».

Dernières volontés

L'agent du SPVQ a expliqué que quelques minutes plutôt, M. Delisle avait informé les ambulanciers des dernières volontés de son épouse, âgée de 71 ans, qui gisait dans le salon, atteinte d'une balle dans la tête. Il a dit aux ambulanciers de ne pas pratiquer de manoeuvres de réanimation sur sa conjointe afin de respecter ses dernières volontés.

Le policier a ensuite conduit le juge retraité à l'hôpital, où les ambulanciers venaient d'emmener son épouse. Dans un salon où il se trouvait en compagnie de l'accusé, le policier l'a entendu répéter à une infirmière les dernières volontés de son épouse, qui ne souhaitait pas être ranimée.

Quelques minutes plus tard, un médecin est venu annoncer le décès de Mme Rainville.

Par ailleurs, M. Bégin a raconté qu'au cours des heures où il a accompagné M. Delisle, celui-ci lui a expliqué qu'il avait trouvé sa femme morte en rentrant chez lui, au retour d'une course à l'épicerie. Avant son départ, le couple s'était disputé, a aussi expliqué M. Delisle à l'agent.

Le partenaire de patrouille de Jean-François Bégin, Richard Lord, a lui aussi témoigné. Il a raconté que l'accusé lui avait dit qu'il était très difficile de s'occuper d'une personne en perte d'autonomie, et que ce n'est pas comme ça qu'il avait imaginé sa retraite.

Pistolet retrouvé

L'agent Bégin a expliqué dans son témoignage qu'il a voulu savoir d'où venait le pistolet de calibre 22 qui a causé la mort de Nicole Rainville. Jacques Delisle lui a raconté qu'il l'avait reçu en cadeau il y a plusieurs années, et qu'il l'avait gardé à son bureau de juge jusqu'au moment de prendre sa retraite.

L'arme étant restée chargée pendant toutes ces années, Me Jacques Larochelle a demandé à l'agent Bégin, en contre-interrogatoire, pourquoi il n'avait pas arrêté Jacques Delisle étant donné que celui-ci était en possession d'une arme prohibée. Le policier du SPVQ a avoué qu'au moment du drame, l'arrestation de l'ex-juge ne lui a même pas effleuré l'esprit.

Technicien contre-interrogé

Mercredi matin, la reprise du procès de Jacques Delisle a commencé par le contre-interrogatoire d'un technicien en scènes de crime de la police de Québec, Denis Turcotte.

L'avocat de l'accusé, Me Jacques Larochelle, lui a posé de nombreuses questions sur la tache noire retrouvée dans la paume de la main gauche de la victime. Rappelons que mardi, M. Turcotte disait que cette tache était suspecte, parce que la victime était paralysée du côté droit du corps. Le technicien a répété qu'il ne pouvait expliquer comment cette tache, de la suie qui provient du canon du pistolet, avait pu apparaître si la dame s'était suicidée.

L'expert en balistique a précisé qu'aucune empreinte digitale n'a été trouvée sur l'arme à feu. Il a toutefois reconnu qu'il n'avait pas mené davantage d'expertises pour chercher à savoir comment l'arme aurait pu être utilisée par quelqu'un d'autre que la victime, sans préciser pourquoi.

L'ancienne secrétaire du juge devrait être appelée à la barre des témoins dans les prochains jours par le procureur de la Couronne, Steve Magnan.

Ce dernier tentera alors de démontrer que celle-ci était la maîtresse de l'ancien juge et que le septuagénaire avait songé à se séparer de sa femme puisqu'il avait de la difficulté à composer avec l'état de santé de celle-ci.

Jacques Delisle, un magistrat retraité de la Cour d'appel du Québec, est accusé du meurtre prémédité de sa conjointe, Nicole Rainville, le 12 novembre 2009 à leur domicile de Québec.