Des subventions fédérales aux magazines Summum dénoncées

Le reportage de Cathy Senay

Exclusif - L'octroi par Patrimoine canadien d'une subvention aux magazines Summum et Summum Girls fait réagir des organismes communautaires venant en aide aux femmes ainsi que des artisans du monde du documentaire, qui ont vu leur financement être réduit au fil des ans.

Les deux magazines de Québec, propriétés des Éditions Genex, viennent de recevoir plus de 190 000 $ en subventions de la part du gouvernement Harper en appui aux arts et à la culture.

Cela fait vivement réagir l'ex-députée bloquiste Christiane Gagnon, qui oeuvre aujourd'hui comme bénévole pour la Maison de Marthe, un organisme venant en aide aux femmes prostituées, entre autres.

Mme Gagnon, qui a dénoncé plus d'une fois les compressions du gouvernement conservateur dans le financement des organismes voués à la cause des femmes, n'en revient pas de la décision d'Ottawa.

« C'est honteux de voir qu'on trouve 200 000 $ pour publier ce type de revue-là, qui devrait plutôt relever de l'entreprise privée, quand il y a des organismes communautaires qui veulent aider les femmes à se sortir de la prostitution, entre autres, et qui ont besoin justement des ressources. » — Christiane Gagnon, présidente du CA de la Maison de Marthe
Yanick Létourneau, producteur et réalisateur Yanick Létourneau, producteur et réalisateur

Le son de cloche est le même du côté de Yanick Létourneau, producteur et réalisateur.

« Quand on voit que des groupes privés comme Genex obtiennent des financements publics pour soutenir la culture et que ça va à des magazines comme Summum et Summum Girl, on se pose de sérieuses questions sur ce qui est en train de se passer au Canada en terme de financement de la culture », lance-t-il.

Summum se défend

De son côté, le rédacteur en chef des deux magazines, Alain Rochette, estime avoir droit aux subventions que le gouvernement fédéral lui accorde. Summum et Summum Girl reçoivent depuis 2009 des montants plus importants d'année en année.

Alain Rochette, rédacteur en chef des magazines Summum et Summum Girls Alain Rochette, rédacteur en chef des magazines Summum et Summum Girls

« Je peux comprendre ces dames-là d'être en maudit, mais je veux dire, moi, je ne peux rien faire, je veux dire, le gouvernement me le donne, j'y ai droit », plaide M. Rochette.

Le rédacteur en chef de Summum et de Summum Girls ajoute qu'il assume le contenu de ses magazines et que tout est une question d'images et de perceptions, selon lui.

« On est une cible très facile à attaquer parce qu'on fait quelque chose que pas tellement de gens font au Québec, c'est d'avoir un contenu qui est glamour et sexy », dit-il.

M. Rochette tient à souligner que certains gros joueurs, comme Reader's Digest et TVA Publications, sont beaucoup plus privilégiés que lui en matière de subventions fédérales.

Le Fonds du Canada pour les périodiques

Le Fonds du Canada pour les périodiques a été créé en 2010 dans le but de soutenir l'industrie des magazines, des périodiques et des journaux non quotidiens au Canada. Les subventions accordées dans le cadre du volet Aide aux éditeurs sont proportionnelles au tirage de ces publications. D'autres volets visent à aider ces entreprises à s'adapter aux changements technologiques ou aux modifications du marché.

Parmi les bénéficiaires de ce fonds en 2011-2012, on retrouve des titres qui s'adressent à tous les genres de publics. Comme les subventions sont liées au tirage, il n'est pas étonnant que les montants les plus élevés aillent aux plus gros joueurs. Par exemple, au Québec, les subventions les plus importantes vont aux titres suivants :

  • Coup de pouce (1 249 882 $)
  • Reader's Digest (1 500 000 $)
  • Sélection du Reader's Digest (754 939 $)
  • TV Hebdo (1 277 115 $)

Mais des publications de niche, au lectorat plus restreint, bénéficient également de ce fonds. Toujours au Québec, on retrouve par exemple :

  • L'actualité alimentaire (6 274 $)
  • La famille chrétienne (16 323 $)
  • Mémoires de la Société généalogique canadienne-française (8 625 $)
  • The Townships Sun (3 330 $)


  • Pour les petites publications, l'existence de ce fonds peut faire toute la différence. C'est le cas par exemple des membres de l'Association de la presse francophone, qui publient en français à l'extérieur du Québec. « C'est une partie importante de leur fonctionnement, dit le directeur général de l'association, Francis Potier. Sans le fonds, ils devraient faire des changements importants au niveau du prix de leur publication, de leur personnel ou de leur mode de distribution. »

    Autre exemple : la subvention du fonds correspond à environ 10 % des revenus des magazines Les débrouillards et Les explorateurs, qui traitent de sciences pour les jeunes. L'éditeur de ces publications, Félix Maltais, précise que ces magazines ne font pas de profit, préférant utiliser les surplus pour améliorer le produit, en publiant des suppléments, par exemple.

Québec en direct Afficher le fil complet

    Facebook