Caméras de recul : Ottawa n'est pas convaincu

Nouvelles technologies : Amyot Bachand de Subaru parle du système de sécurité EyeSight.

Un nombre accru de véhicules en montre cette année au Salon de l'automobile de Toronto, qui s'ouvre au public vendredi, est équipé de caméras à l'arrière. Mais, contrairement aux États-Unis où cette technologie pourrait être obligatoire à partir de l'an prochain, Transports Canada juge qu'on « ne peut pas s'y fier comme dispositif de sécurité. »

Ottawa ne possède pas de statistiques précises sur les collisions en marche arrière, mais la police de Toronto indique que cinq personnes ont été tuées l'an dernier dans la Ville Reine par un véhicule qui était en train de reculer, dont un garçon de 8 ans happé mortellement dans le terrain de stationnement du Centre des sciences de l'Ontario. Le père n'a tout simplement pas vu son fils, indique la police.

Beaucoup de conducteurs se plaignent du manque de visibilité à l'arrière des nouveaux véhicules. L'angle mort derrière une sous-compacte est de 1,2 m. Pour un véhicule utilitaire sport ou une camionnette, cette zone où les objets et les enfants disparaissent des miroirs du conducteur va jusqu'à 15 m, selon l'organisme américain Kids and Cars.

Caméra de recul La Civic 2013 est équipée d'une caméra de recul qui permet au conducteur de voir à l'écran ce qui se trouve derrière son véhicule.  Photo :  Honda

En réaction aux pressions de groupes comme Kids and Cars, les autorités américaines envisagent de rendre graduellement les caméras de recul obligatoires dans tous les véhicules.

Au Canada, cette technologie est offerte en option depuis quelques années sur nombre de véhicules de luxe. Honda est devenue cette année la première compagnie à en équiper presque tous ses modèles compacts Civic, la voiture la plus vendue au pays. Honda vante d'ailleurs les vertus de la caméra de recul dans des publicités à la télévision.

« Quand on recule dans un stationnement ou dans des endroits serrés, c'est un item qui est super pratique. Dans un deuxième temps, c'est un élément de sécurité. On ne veut pas reculer sur un enfant, on ne veut pas frapper des objets qui soient derrière le véhicule. » — Yves Noël, Honda Canada

M. Noël précise, toutefois, que « le premier élément de sécurité va toujours rester le conducteur ». En d'autres mots, l'automobiliste ne peut pas se fier uniquement à sa caméra de recul.

Scepticisme

De son côté, Raynald Marchand du Conseil canadien de la sécurité pense que les caméras de recul peuvent être un outil supplémentaire pour aider le conducteur, notamment les aînés, à voir derrière leur véhicule. Il préfère, toutefois, les ultrasons ou les sonars qui vont prévenir le conducteur de la présence d'un obstacle, grâce à un signal sonore.

« Avec la neige, avec les hivers qu'on a, garder une caméra assez propre pour voir, ça pourrait être difficile. » — Raynald Marchand, Conseil canadien de la sécurité

M. Marchand ajoute que le prix des véhicules augmenterait vraisemblablement, si l'on forçait les constructeurs à équiper tous leurs véhicules d'une caméra de recul. Or, selon lui, ce coût supplémentaire, évalué à 50 $ à 250 $, pourrait avoir l'effet pervers d'inciter les conducteurs à garder leur vieux véhicule plus longtemps.

Pour sa part, Transports Canada « suit l'évolution de la situation aux États-Unis », mais, citant un rapport réalisé en 2009, n'est pas convaincu non plus que les caméras de recul devraient être obligatoires.

Cette étude commandée par Ottawa a testé auprès d'une quarantaine de conducteurs l'efficacité de trois technologies différentes ajoutées aux véhicules après l'achat (avertissements sonores, appareil visuel ajouté au rétroviseur et système monté sur le tableau de bord). Les conclusions de ces tests : les images des caméras étaient « de piètre qualité le soir et par mauvais temps ». Quant aux avertissements sonores, « à cause des nombreuses fausses alarmes, les participants ne faisaient plus confiance au système ».

La firme de consultant a même remarqué que ces systèmes pouvaient, au contraire, accroître le risque pour la sécurité publique, parce que nombre de participants « regardaient moins au-dessus de leur épaule et dans leurs miroirs (en reculant) ».

Les autorités américaines, de leur côté, doivent décider avant la fin de l'année si et quand la nouvelle réglementation entrera en vigueur. La mesure, qui devait être en place originellement en 2011, a été reportée à plusieurs reprises en raison notamment de son coût. Compte tenu du fait qu'il pourrait coûter des centaines de millions de dollars aux constructeurs pour équiper tous leurs véhicules d'une caméra de recul, la réglementation pourrait être appliquée graduellement sur trois ans.

Voitures intelligentes

Au-delà des technologies dites passives comme la caméra de recul, de plus en plus de constructeurs offrent en option des systèmes de conduite active qui peuvent aider l'automobiliste à éviter un accident.

Le système EyeSight est offert en option sur les Outback, Legacy et Forester. Le système EyeSight est offert en option sur les Outback, Legacy et Forester.  Photo :  Subaru

Jadis limitées aux véhicules de luxe, ces technologies sont maintenant disponibles dans des voitures de gamme moyenne. Subaru, par exemple, fait la promotion cette année lors du Salon de l'auto de Toronto de son système de caméras EyeSight.

« Si vous êtes en train de foncer sur une autre voiture, le système vous avertit d'une façon auditive ou ensuite en vous aidant à arrêter pour éviter la collision. » — Amyot Bachand, Subaru Canada

Le système va carrément freiner le véhicule jusqu'à l'arrêt, si besoin est, dans le cas où le conducteur ne réagirait pas au danger ou ne freinerait pas suffisamment. Deux caméras installées à l'avant, de chaque côté du rétroviseur, suivent la route et informent le système de tout danger de collision. Cette technologie, offerte en option sur certains modèles au coût de 1500 $, avertit également le conducteur lorsqu'il dévie de sa voie, parce qu'il s'est assoupi au volant par exemple.

Lors d'un essai routier, toutefois, Radio-Canada a constaté que le système ne se mettait pas toujours en marche comme prévu. Le porte-parole de Subaru, Amyot Bachand, souligne qu'EyeSight est une « aide » à la conduite et « ne remplace en aucun cas la responsabilité du conducteur ».

Un avenir électrique?

En matière d'émissions polluantes, le Salon de l'auto de Toronto met en vedette encore cette année nombre de technologies vertes, alors que les constructeurs devront redoubler d'efforts pour atteindre les nouvelles cibles fédérales.

Ottawa a emboîté le pas sur les États-Unis et impose des réductions d'émissions de 5 % par année en moyenne de 2017 à 2025. Selon le fédéral, les véhicules seront ainsi 50 % moins polluants qu'en 2008.

Steve Ross de Ford Canada dit que la réglementation est « contraignante ». Selon lui, la principale façon d'atteindre les nouvelles cibles fédérales est la « motorisation électrifiée ». En d'autres mots, la promotion des véhicules hybrides et électriques.

Tout comme les dirigeants de l'association canadienne des manufacturiers automobiles, M. Ross admet que le prix des nouvelles voitures risque d'augmenter. Mais il ajoute que les conducteurs épargneront de l'argent à la pompe.

« Le coût (du véhicule) sera peut-être toujours un peu plus élevé. Par contre, avec l'économie d'essence, l'équilibre sera atteint. » — Steve Ross, Ford Canada

Selon Ottawa et l'industrie automobile, le coût des nouveaux véhicules devrait augmenter d'au moins 700 $ d'ici 2025, mais les automobilistes paieront 900 $ de moins par année en essence.

Le Salon de l'auto de Toronto a lieu du 15 au 24 février au palais des congrès.

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