Jour 2 de grève : Dalton McGuinty ne plie pas

Le premier ministre Dalton McGuinty Le premier ministre Dalton McGuinty a défendu son bilan mardi.  Photo :  Jean-Philippe Nadeau

Le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a appelé à nouveau, mardi, les enseignants à ne pas prendre les élèves en otage dans le cadre de leurs moyens de pression contre la loi spéciale 115.

Une grève tournante d'enseignants anglophones du primaire frappe, mardi, les régions de Niagara et de Kenora. Par ailleurs, certains enseignants du secondaire menacent de prolonger jusqu'à la fin de la prochaine année scolaire leur boycott des activités parascolaires après les heures de classe.

Lundi, le premier ministre McGuinty avait accusé le syndicat des enseignants anglophones du primaire « d'avoir perturbé neuf ans de paix dans les écoles, en raison d'une dispute salariale ». Mardi, il a affirmé qu'il ne comprenait pas pourquoi les syndicats d'enseignants ciblaient les élèves, soutenant qu'il revenait aux tribunaux de trancher quant à la constitutionnalité de la loi 115.

Par ailleurs, M. McGuinty a refusé de rémunérer les enseignants du secondaire pour leurs activités parascolaires, alors que leur syndicat menace de ne plus y participer pendant deux ans.

La loi spéciale 115 donne au gouvernement le pouvoir de bloquer toute grève, en plus de geler le salaire des enseignants durant deux ans, de réduire leurs congés de maladie et de leur imposer des jours de perfectionnement non payés.

La Fédération des enseignants de l'élémentaire (FEEO), tout comme celle des enseignants des écoles publiques anglaises du secondaire, contestent la loi spéciale au nom du droit à la négociation collective.

Des enseignants ont fait la grève, lundi, à Stratford. Des enseignants ont fait la grève, lundi, à Stratford.  Photo :  PC/Dave Chidley

La ministre de l'Éducation, Laurel Broten, a indiqué qu'elle tolérerait les grèves tournantes des enseignants anglophones, si le débrayage se limite à une journée par conseil scolaire. L'ensemble des conseils scolaires du réseau public anglais doit être touché d'ici Noël.

Grèves déjà annoncées :

  • Mardi : Niagara et Keewatin-Patricia
  • Mercredi : Hastings-Prince-Edward et Lakehead District
  • Jeudi : région de York, Renfrew et Trillium Lakelands
  • Vendredi : Upper Grand, Kawartha Pine Ridge et Simcoe County

Le président de la FEEO a accusé, lundi, la ministre de l'Éducation d'avoir semé le « chaos » dans les écoles.

« En plus d'annuler la loi 115, la ministre doit se retirer des négociations et laisser la latitude nécessaire à la FEEO et aux conseils scolaires dans le but de conclure des conventions collectives. » — Sam Hammond, président de la FEEO

Au secondaire

De leur côté, les enseignants anglophones des écoles publiques du secondaire font la grève du zèle depuis lundi et boycottent notamment les activités après les heures de classe.

De nombreux élèves de la région de Toronto organisent des rassemblements dans différentes écoles cette semaine. Ils accusent les enseignants et la province de les prendre en otage. Ces élèves craignent notamment que les enseignants cessent de leur fournir des lettres de recommandation pour des bourses d'études universitaires. La Fédération des enseignants des écoles secondaires dit n'avoir donné aucune directive en ce sens à ses membres.

Ces grèves et ces moyens de pression ne touchent pas les écoles des réseaux français et catholiques anglais, dont les enseignants ont déjà ratifié leurs conventions collectives.

Chronologie :

  • mai-juin 2003 : Le Conseil scolaire catholique anglais de Toronto met 3500 enseignants en lock-out. Après deux semaines de suspension de cours, la province met fin au lock-out.
  • novembre 2002 : Les enseignants du Conseil scolaire catholique anglais de Simcoe-Muskoka débraient durant trois semaines. La province ordonne leur retour au travail.
  • avril 2001 : grève du personnel de soutien à Toronto
  • octobre-novembre 1998 : des enseignants d'un peu partout dans la province font la grève durant plusieurs semaines.

Libéraux critiqués

La ministre de l'Éducation, Laurel Broten, a admis la semaine dernière que les grèves d'enseignants constituaient un « inconvénient » pour les parents.

Toutefois, malgré des mois de ligne dure à l'endroit des enseignants et après avoir promis que l'année scolaire ne serait pas perturbée par des débrayages, elle n'utilisera pas la loi spéciale 115 pour le moment, au nom de « l'équilibre » entre le droit de grève des enseignants et le droit à l'enseignement des élèves.

La ministre a ajouté, jeudi dernier, que les documents nécessaires à l'utilisation de la loi spéciale en vertu d'un ordre ministériel étaient déjà prêts à être présentés au conseil des ministres, en cas de débrayage de plus d'un jour.

Le professeur de sciences politiques Ian Roberge, du Collège universitaire Glendon de Toronto, pense, lui, que le gouvernement McGuinty a raison d'insister en faisant valoir que le déficit provincial de 14,4 milliards de dollars nécessite des concessions salariales. Il ajoute, toutefois, que les libéraux ont « poussé la note ».

« Peu importe la décision qu'elle (la ministre Broten) prenait, c'était la mauvaise décision. » — Ian Roberge, politologue

Selon le professeur Roberge, le conflit en éducation, qui était pourtant un secteur de réussite jusqu'à maintenant pour les libéraux, « ouvre la porte aux conservateurs ».

Jeu politique et juridique :

Selon le politologue Ian Roberge, la ministre de l'Éducation n'aurait pas eu l'appui de nombre de collègues libéraux si elle avait utilisé la loi 115. Par ailleurs, la ministre aurait pu ainsi donner des munitions en cour aux syndicats qui soutiennent que la loi spéciale viole leur droit de grève et leur droit à la négociation collective.

Nombre de candidats libéraux à la succession du premier ministre Dalton McGuinty ont cherché à se dissocier de la loi controversée, promettant de tenter de réparer les pots cassés avec les syndicats, s'ils sont choisis.