Une vie entre les mains de la Cour suprême

Entrevue avec le Dr Serge Daneault, médecin spécialisé en soins palliatifs au CHUM

Qui a le dernier mot quand vient le temps de décider de débrancher un patient du respirateur qui le maintient en vie? C'est la question sur laquelle se penche la Cour suprême du Canada relativement au cas d'un homme de Toronto. La décision des juges pourrait créer un précédent sur la façon dont sont soignés les patients en fin de vie.

Hassan Rasouli est plongé dans le coma et maintenu artificiellement en vie depuis qu'il a contracté une infection postopératoire au cerveau, il y a deux ans.

« Je sais qu'il m'écoute, je sens qu'il réagit », raconte son épouse, Parichehr Salasel.

Sa fille et elle le visitent chaque jour, convaincues que son état s'améliore. Sa famille dit percevoir des signes de communication.

La famille d'Hassan Rasouli, une famille musulmane, refuse que les médecins, qui jugent son état permanent et sans espoir, le débranchent sans son consentement.

Un combat qui s'est déplacé devant le plus haut tribunal du pays, malgré la famille Rasouli, qui estime que les médecins s'acharnent pour obtenir le dernier mot.

« Les souhaits médicaux d'une famille, basés sur la religion ou toute autre valeur, ne doivent pas dicter le niveau de soins requis », plaide l'avocat d'un des médecins d'Hassan Rasouli, Harry C. G. Underwood.

C'est la première fois qu'un patient dans ce genre de situation vit assez longtemps pour que la cause se rende en Cour suprême.

Selon le spécialiste de l'éthique médicale de l'Université du Manitoba, Arthur Schafer, les juges doivent trancher en faveur des médecins. Sans quoi, chaque famille pourrait revendiquer des soins même lorsqu'ils sont contre-indiqués.

« Cette question du droit à la vie en est une soulevée par les familles pratiquantes », souligne le professeur en santé à l'Université d'Ottawa, Amir Attaran. Il ajoute que ces familles croient que leur liberté de religion se traduit en un droit public à des soins médicaux.

Paul Brunet du Conseil pour la protection des malades maintient que c'est aux patients ou à leur substitut de décider du moment de mourir et non aux médecins.

La question du niveau de soins à fournir à des patients comme Hassan Rasouli dans un contexte budgétaire serré interpelle également les gouvernements. Il en coûte entre 500 et 1500 $ par jour pour maintenir Hasan Rasouli en vie.

Les audiences se poursuivront au cours des prochaines semaines et la décision de la Cour suprême tombera dans quelques mois.

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