Directeur du financement ou Monsieur 3 %?

Alain Gravel nous parle du rôle présumé dans les affaires de la Ville de Bernard Trépanier, ancien directeur du financement du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal.

Parmi les révélations-chocs faites par Benoît Labonté dans l'entrevue exclusive accordée à la télévision de Radio-Canada se trouve une accusation grave visant un homme qui été directeur du financement du parti du maire Tremblay, Union Montréal, entre 2004 et 2006: Bernard Trépanier.

La Presse divulgue un enregistrement prouvant que Bernard Trépanier, ex-argentier d'Union Montréal, a bel et bien fait office d'intermédiaire entre le parti du maire Gérald Tremblay, des dirigeants de la Ville et des firmes de génie-conseil ayant obtenu des contrats.

Selon M. Labonté, qui était autrefois membre d'Union Montréal et membre du comité exécutif de la Ville, de nombreux intervenants du milieu culturel montréalais avaient baptisé « Bernard Trépanier 3 % ».

Le titre faisait référence, explique-t-il, à un système de ristournes grâce auquel des entrepreneurs obtenant de lucratifs contrats versent en contrepartie des sommes d'argent destinées à la caisse d'Union Montréal.

Benoît Labonté soutient avoir prévenu le maire Tremblay de ces rumeurs à l'été 2007. Il soutient que le maire Tremblay a alors blêmi et qu'il lui a déclaré après un long silence qu'en politique municipale, « c'est juste de ça ».

Le maire Tremblay, qui doit affronter le verdict des électeurs dans moins de deux semaines, nie que son parti réclame des ristournes en échange de contrats. « J'ai fait les vérifications et on m'a confirmé qu'il n'y avait aucun fondement de quelque nature que ce soit de ces vérifications-là », a dit celui que Benoît Labonté a qualifié de faux naïf ».

Selon le quotidien La Presse, M. Trépanier a bel et bien tenu le rôle d'intermédiaire entre le parti du maire Tremblay, des dirigeants de la Ville et des firmes de génie-conseil ayant obtenu de lucratifs contrats.

Trépanier « annonce » des contrats

Le quotidien a obtenu un enregistrement d'une conversation qui a eu lieu fin 2006 ou début 2007 et au cours de laquelle M. Trépanier annonce lui-même au président de la firme d'ingénieurs SM, Bernard Poulin, qu'il va décrocher un contrat pour la décontamination du Faubourg Contrecoeur.

Frank Zampino Frank Zampino a remis sa démission en avril dernier

Le Faubourg Contrecoeur est un terrain que la Ville était sur le point de vendre à Construction Frank Catania par l'entremise de la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM).

« Suite à notre réunion avec Frank [Zampino, président du comité exécutif à cette époque], on va te donner un petit mandat sur la décontamination [...]. En tout cas, on s'expliquera ça en chemin, mais on a pensé à toi ce matin », lui annonce-t-il.

« Un petit mandat ou un moyen mandat? » rétorque Bernard Poulin.

« Ben, c'est un des mandats, y a pour 12 millions de terre contaminée », répond Trépanier.

« Je comprends où ça va », dit Bernard Poulin sur cet enregistrement.

Le groupe SM évaluera ensuite que la décontamination du terrain coûterait 14 millions de dollars. Fort de cette étude, le prix de vente exigé par la SHDM à Faubourg Contrecoeur a été réduit de 11 millions. Le vérificateur général jugera ultérieurement que la décontamination n'a pu coûter que 7 millions.

Une croisière sur le bateau de M. Accurso

Selon La Presse, Bernard Poulin a participé à une croisière sur le bateau de Tony Accurso à la fin de 2006 ou au début de 2007 en compagnie de Rosaire Sauriol, du groupe Dessau, une firme qui faisait pourtant partie d'un consortium rival pour le lucratif contrat des compteurs d'eau à la Ville de Montréal.

Dessau faisait partie du consortium GENIEAU avec la firme Simard-Beaudry, propriété de Tony Accurso, tandis que le groupe SM de Bernard Poulin avait présenté une soumission avec Construction Frank Catania.

Dans une conversation téléphonique avec Frank Zampino à la même époque, Bernard Trépanier parle d'un voyage qui se prépare sur le bateau de M. Accurso. M. Zampino, qui était alors président du comité exécutif, a déjà admis avoir été sur le bateau de M. Accurso.

M. Trépanier y indique que Frank Minicucci [secrétaire de Construction Louisbourg, une firme appartenant à Tony Accurso] « a téléphoné pour acheter des Adidas ou je ne sais quoi, pour la marche ».

Frank Zampino répond: « OK, oui, oui, parce que Tony aime faire de la marche, effectivement le matin. [...] Il fait une marche là, dans les montagnes. Alors ce serait une bonne idée d'apporter des "runnings" ».

« Quand est-ce qu'il a appelé? » demande ensuite celui qui est toujours président du comité exécutif à cette époque. « Il a appelé... j'étais chez Bernard l'autre après-midi », répond M. Trépanier.

Dans un autre enregistrement, Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol, du groupe Dessau, discutent de la nomination de Claude Léger à titre de directeur général de la Ville. « Tu sais, le maire, il voit rien », explique M. Trépanier à M. Sauriol dans une conversation tenue en juin 2006. Après que les deux hommes se furent montrés satisfaits de cette nomination, M. Sauriol rétorque: « L'important, c'est que ça soit comme ça Bernard, tu sais, les affaires de même ».

Dans son édition de vendredi, La Presse rapporte que M. Trépanier nie avoir tenu le rôle d'intermédiaire. « Je suis un simple citoyen. J'ai été directeur du financement à Union Montréal jusqu'en 2006, mais mon rôle se limitait à vendre des billets pour des levées de fonds. C'est tout », a-t-il dit.

Un système mafieux

Selon Benoît Labonté, un véritable « système mafieux » d'attribution des contrats existe à la Ville de Montréal et la collusion est érigée en système. Union Montréal, dit-il, a établi des listes qui permettent de déterminer qui obtiendra des contrats de la Ville.

« C'est un système organisé. Il y a quatre listes qui ont été faites par le parti au pouvoir. La liste A, B, C, D. [...] Si on fait partie de la liste A, on a beaucoup plus de contrats », explique M. Labonté. « Quelqu'un passe faire le tour des entreprises, la collecte présumée, avant que les contrats ne soient octroyés, et c'est comme ça que le système fonctionne », précise-t-il.

Il soutient que tous les partis politiques à Montréal, y compris Vision Montréal, font du financement sectoriel, c'est-à-dire qu'ils sollicitent des dons électoraux de la part d'entreprises, une pratique illégale, mais que les partis arrivent à couvrir en contournant les lois.

La corruption ne date pas d'hier

Dans une entrevue au quotidien Le Devoir, Jean Fortier, qui a été président du comité exécutif dans l'administration de l'ex-maire Pierre, affirme qu'un promoteur, qui s'est avéré liée à la mafia, selon lui, a offert 100 000 $ pour obtenir un terrain de la Ville de Montréal. Il s'agissait d'une terrain de 115 hectares sur lequel se trouvait la pépinière de Montréal, située à Terrebonne.

M. Fortier n'a pas donné suite à cette offre et dit avoir effectué des démarches auprès du maire Bourque, du directeur général de l'époque, Guy Coulombe, et du premier ministre péquiste Lucien Bouchard, mais en vain. « Les gens croyaient que je fabulais pour me rendre intéressant », déplore-t-il.

Le terrain a finalement été vendu à une société en commandite, Côte de Terrebonne, qui appartient au fonds immobilier du Fonds de solidarité du Québec. Le fonds dit avoir l'intention de développer le terrain.

M. Fortier soutient que la corruption existait déjà à son époque, mais il dit n'avoir jamais réussi à savoir si ce sont des hommes politiques ou des fonctionnaires qui en profitaient. Selon Benoît Labonté, les uns sont aussi coupables que les autres.

MM. Fortier et Labonté demandent tous deux au gouvernement Charest de créer une commission d'enquête publique pour faire la lumière sur ces affaires de corruption. Québec refuse toujours de donner suite à cette requête.

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