Détérioration de la qualité de l'air à Montréal

Le Vieux-Port de Montréal par temps froid Le Vieux-Port de Montréal par temps froid

La qualité de l'air à Montréal s'est nettement détériorée en 2014 par rapport aux années précédentes. Selon les données du Réseau de surveillance de la qualité de l'air de l'île, le nombre de journées où l'air était de mauvaise qualité, et considéré comme dangereux pour la santé publique, a bondi de 21 %.

Un texte de René Saint-LouisTwitterCourriel

Cette hausse s'est faite au détriment des journées où l'air était de bonne qualité, alors que le nombre de journées où l'air était de qualité acceptable est resté stable.

En moyenne, les Montréalais ont respiré un air de bonne qualité moins d'une journée par semaine en 2014. La majeure partie du temps, l'air était de qualité acceptable, mais le nombre de jours où sa qualité était mauvaise est passé de 53 en 2013 à 64 en 2014. Un si mauvais bilan n'avait pas été vu depuis longtemps.

L'hiver dernier a été le plus froid des 20 dernières années, ce qui n'est pas sans conséquence, explique le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle.

« Plus il fait froid, plus les gens ont tendance à utiliser le chauffage au bois. Mais c'est vrai aussi pour les problèmes d'abrasifs. Quand on a plus de neige et plus de glace, on utilise plus d'abrasifs. » — André Bélisle

Outre l'utilisation d'abrasifs routiers, qui par temps sec restent en suspension dans l'air, la hausse constante du nombre de voitures dans les rues fait aussi augmenter la concentration d'ozone et de particules fines. La situation inquiète la toxicologue à la Direction de la santé publique de Montréal, Karine Price.

« Quand on parle de personnes plus vulnérables aux effets de la pollution, on parle de personnes âgées, les personnes qui ont des maladies chroniques, cardiaques ou pulmonaires, aussi les enfants asthmatiques », explique-t-elle.

Des coûts, des décès

Uniquement à Montréal, 1500 personnes meurent chaque année en raison de la mauvaise qualité de l'air, selon la Direction de la santé publique. L'Association médicale canadienne estime de son côté que la mauvaise qualité de l'air coûte 2,3 milliards de dollars par année en frais de santé au gouvernement québécois.

Et la situation risque d'empirer au cours des prochaines années si aucune mesure n'est prise pour contrer le problème, selon André Bélisle.

« Il faut aussi considérer le réchauffement planétaire, qui fait qu'il y a plus d'humidité dans l'air, explique le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. Et cette humidité-là, qui est gardée en basse altitude, fait en sorte que chaque gouttelette de vapeur capte et garde les polluants en basse altitude. Alors tout ça mis ensemble fait en sorte que la qualité de l'air continue à se détériorer. »

Le responsable de la campagne climat-énergie à Greenpeace, Patrick Bonin, croit que les solutions sont pourtant connues. « C'est d'investir massivement dans les transports pour offrir une alternative à la voiture, à la voiture solo en particulier, soutient-il. C'est beaucoup de faciliter le transport actif par la piétonnisation des rues, entre autres. C'est également pour le Québec l'électrification du transport qui doit se faire. »

La Direction de la santé publique juge aussi qu'il faut miser davantage sur l'utilisation du transport en commun.

Une journée de smog à Montréal, en juillet 2013 Une journée de smog à Montréal, en juillet 2013  Photo :  PC/Paul Chiasson

Changements à venir

De son côté, la Ville de Montréal s'apprête à changer les règles en matière de chauffage au bois, considéré depuis plusieurs années comme une source importante de pollution de l'air.

« La ville a un projet d'encadrer l'activité du chauffage au bois. Il y a une commission qui est en train d'étudier le sujet. Il y a un projet de règlement qui a été soumis en décembre à des consultations publiques. La commission va déposer un rapport le 10 février et on saura à ce moment quel encadrement sera donné aux gens qui utilisent un appareil de chauffage au bois », rappelle la chimiste de la Ville de Montréal, Diane Boulet. 

Sur l'île de Montréal, environ 80 000 résidences sont équipées d'un poêle à bois.

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