Les fruits de la ruelle

Cuiellette de fruits à Montréal  Photo :  Gilbert Bégin

Les ruelles des grandes villes cachent une ressource insoupçonnée : des tonnes de fruits comestibles, trop souvent oubliés et même piétinés. À Montréal, une armée de bénévoles arpente les cours arrière pour récupérer ce butin.

Un texte de Gilbert BéginTwitterCourriel de La semaine verte 

Septembre, Plateau-Mont-Royal. Andrea Spector ne manque pas d'enthousiasme devant sa nouvelle trouvaille. De gros raisins bien mûrs qui s'accumulent sur une vigne vieille de 50 ans. « C'est vraiment des raisins comme ceux qu'on à l'épicerie. C'est cool ».

Cuiellette de fruits à Montréal  Photo :  Gilbert Bégin

La bénévole est chef de cueillette pour le collectif Les fruits défendus de Montréal, un organisme qui récupère chaque automne des centaines de kilos de fruits. « On veut réduire le gaspillage, mais surtout, sensibiliser la population à l'importance des aliments qui poussent en ville », martèle la coordonnatrice.

Le collectif organise des récoltes communautaires et facilite les rencontres entre les bénévoles et les propriétaires d'arbres à fruits. Et tout le monde y trouve son compte. L'organisme remet un tiers des fruits au propriétaire et cède un autre tiers aux bénévoles. Le reste du butin revient à l'organisme.

« Le potentiel de Montréal est énorme, rappelle Andréa Spector, les yeux remplis d'ambition. On a ramassé jusqu'à maintenant des pommes et des raisins, mais aussi des baies d'amélanchiers, des cerises, des poires et des prunes. »

Greg Prescott est un des premiers bénévoles à s'être inscrit aux cueillettes de l'organisme en 2011. « Les immigrants d'Europe, les Italiens, les Grecs ont planté beaucoup d'arbres dans mon quartier. Souvent, ils datent de plus de 60 ans », ajoute le cueilleur, les mains pleines de pommes.

Ces initiatives ont d'abord pris naissance aux États-Unis. Mais des villes comme Vancouver, Victoria, Toronto et Ottawa comptent désormais leurs défenseurs de fruits urbains.

Ce qui fait l'originalité à Montréal, toutefois, c'est que le Collectif s'est adjoint des cuisines communautaires pour redistribuer ces fruits à la communauté.

Demain à 17 h, regardez la version télévisée du reportage de Gilbert Bégin, à La semaine verte, sur ICI Radio-Canada Télé.

De la cuisine à la popote roulante

Dans les cuisines du Santropol Roulant de Montréal, des bénévoles préparent une centaine de repas par jour que leur popote roulante livre aux gens isolés de la ville. Leurs repas ont maintenant une touche de fraîcheur toute montréalaise.

« Je les incorpore aux salades de fruits, lance Katerie Décary, directrice de la popote roulante. J'ai maintenant hâte qu'arrive l'automne pour voir ce que les cueilleurs ont récolté ».

Isabelle Gervais-Chapman, coordonnatrice de la transformation alimentaire, affirme qu'aucun fruit n'est gaspillé. « Quand les pommes ne sont pas de bonne qualité par exemple, on en fait compotes ou encore des jus et des gelées. Leur goût est exceptionnel. »

Un engouement fabuleux

Jusqu'à maintenant, les cueilleurs du collectif ont détourné des poubelles plus de quatre tonnes de fruits comestibles.

L'organisme compte une centaine de propriétaires qui offre leurs arbres fruitiers. Plus de 150 bénévoles participent aux récoltes. « L'engouement est énorme, rappelle Andrea Spector. On songe maintenant à étendre le projet à la grandeur de l'île de Montréal. »