Vers la démolition de l'aérogare de Mirabel

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Mirabel : autopsie d'un échec

C'est peut-être la fin de l'aérogare de Mirabel. Aéroports de Montréal (ADM) a lancé jeudi un appel d'offres pour démolir le bâtiment de l'ancienne aérogare, qui était pourtant promis à un si brillant avenir lors de son inauguration, en 1975. Le terrain sous-jacent à l'aérogare figure aussi dans cette décision.

Selon ce qu'a déclaré le président-directeur-général d'ADM, James Cherry, l'ancienne aérogare est dans un état de « désuétude totale [...] tant physique que fonctionnel. Son potentiel de récupération à des fins commerciales est quasi nul ».

Le bâtiment est inoccupé depuis 2004, année durant laquelle toutes les activités de transport de passagers sont passées de Mirabel à l'aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau en 2004. Était-ce la bonne décision? « Oui », selon James Cherry, qui affirme que le transport de passagers à Montréal a pris du mieux depuis ce temps. « Beaucoup de transporteurs ne voulaient pas desservir Mirabel », dit-il.

Depuis 2004, ADM a dépensé plus de 30 millions de dollars pour entretenir l'ancienne aérogare. Des réparations majeures d'au moins 15 millions de dollars sont nécessaires.

« Je n'ai aucune raison d'investir 25 millions de dollars de plus si je n'ai pas de locataire. » — James Cherry, président directeur général d'ADM

M. Cherry affirme que des locataires potentiels pour l'aérogare ont été approchés, tels que Bombardier ou encore Pratt&Whitney. Tous, y compris un groupe français qui souhaitait transformer le bâtiment en parc aquatique, ont estimé que le processus s'avérerait trop compliqué et trop cher. 

Les coûts de démolition de l'aérogare demeurent une inconnue. James Cherry affirme que les résultats de l'appel d'offres lui permettront, en septembre, d'examiner la question avec son conseil d'administration. Une chose est sûre : « ce sera une démolition très compliquée, car le bâtiment est plein d'amiante », dit M. Cherry.

La ville de Mirabel est située à environ 50 km au nord-ouest de Montréal. L'ancienne aérogare occupe 15 des 6000 âcres que compte la zone opérationnelle de l'aéroport Montréal-Mirabel, converti en pôle aéronautique.

À la recherche d'une nouvelle vocation

Le 12 mars dernier, dans le cadre de l'émission Le 15-18 sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, le nouveau maire de Mirabel, Jean Bouchard, avait souhaité trouver un usage au grand bâtiment se trouvant sur le site, justement pour éviter sa démolition.

Durant cette même émission, Christiane Beaulieu, porte-parole d'Aéroports de Montréal, avait précisé que remettre l'aérogare dans un état qui soit conforme aux normes coûterait 25 millions de dollars. « Le terrain a plus de valeur que le bâtiment », avait affirmé Mme Beaulieu.

À la suite de ce cri du coeur lancé par le maire de Mirabel, le conseil de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a voté une résolution, lundi dernier, demandant à Aéroports de Montréal de surseoir à toute initiative visant la démolition de l'aérogare de Mirabel.

Apprenant la nouvelle de l'appel d'offres pour démanteler l'aérogare, jeudi, le maire de Mirabel a déclaré que c'était « une tristesse ». 

« On a tous les appuis pour leur demander de surseoir. C'est un appel d'offres, donc on a deux ou tris mois devant nous pour leur faire la démonstration qu'on peut trouver une nouvelle vocation à l'aérogare. » — Jean Bouchard, maire de Mirabel

Le maire de Mirabel évalue à quelque 800 000 $ la perte en taxes qui découlerait du démantèlement de l'aérogare pour sa municipalité. Et, il n'y a pas que le bâtiment, dit Jean Bouchard : « Il y a eu un développement économique avec l'installation des Bombardier, Pratt & Whitney et d'autres. C'est un aéroport industriel. Il y a eu création d'une richesse tout autour ». Une trentaine d'entreprises se sont établies dans le secteur. 

Mirabel, la naissance d'un éléphant blanc

« Le grand dérangement de 1969 »

Les 12 000 expropriations auxquelles avait procédé le gouvernement canadien sont restées en mémoire comme autant d'événements douloureux, notamment pour les habitants du village de Sainte-Scholastique. En 2012, Denise Beaudoin, alors députée péquiste de Mirabel, avait déclaré : « Je voudrais qu'on se souvienne du tort qui a été fait à ces gens. Je souhaiterais qu'on parle de l'épisode de Sainte-Scholastique dans les manuels scolaires ».

Au printemps 2012, deux Québécois se sont vus décerner la médaille de l'Assemblée nationale du Québec pour avoir défendu la cause des expropriés avec « une indéniable résistance », avait déclaré la députée Beaudoin.

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