Laval annule deux décisions de l'ex-maire Vaillancourt

Le reportage de Francis Labbé

Le maire de Laval, Marc Demers, poursuit le « ménage » à l'hôtel de ville de Laval et annule deux décisions de son prédécesseur, Gilles Vaillancourt.

Le projet immobilier sur le site de la marina Commodore, aux abords de la Rivière-des-Pairies, est suspendu le temps d'une enquête administrative.

Selon le maire, des modifications tardives au règlement, par l'ancienne administration, ont eu pour effet de soustraire le projet à un référendum de quartier. « Ces allégations sont graves. Nous allons au fond des choses. Les citoyens veulent que les abus et jeux de coulisse cessent », a-t-il affirmé.

Laval avait décidé de mettre un frein au développement des tours à condominiums de 28 étages en août dernier, après une mobilisation populaire contre le projet. Les résidents craignaient l'augmentation de la congestion routière, la perte d'accès au rivage de la rivière et l'ombre créée sur les résidences par les hautes tours.

Les opposants arguaient aussi que la construction des tours allait à l'encontre du plan d'urbanisme de la ville et voulaient savoir si le site se trouvait sur une zone déclarée inondable par Québec.

Martine Beaugrand, la mairesse intérimaire de Laval qui avait décidé de ne pas octroyer de permis jusqu'à l'élection, en novembre, avait d'ailleurs reçu une mise en demeure de la part des promoteurs du projet Le Commodore.

Ils voulaient la contraindre à expliquer sa décision et les motifs juridiques la justifiant.

Après avoir étudié le controversé projet immobilier Commodore, le nouveau maire de Laval Marc Demers estime qu'il est maintenant nécessaire d'instituer une enquête.

« Comme plusieurs projets controversés, il a fait l'objet d'un examen préliminaire et à la lumière de cet examen, il est de mise d'instituer une enquête administrative pour s'assurer que tout a été fait, à l'époque, selon nos règles et règlements. »

« Le temps que cette enquête administrative se produira, nous allons suspendre l'émission de permis de construction. » — Marc Demers

Rejoint par Radio-Canada, un des deux promoteurs du projet, le groupe Aldo Construction, a refusé d'accorder une entrevue. Il affirme toutefois que, selon lui, le projet respecte les règlements en vigueur et dit attendre les conclusions de l'enquête.

Le projet immobilier a beaucoup fait parler de lui depuis un an. Devant la Commisison Charbonneau, en mai dernier, l'ex-directeur adjoint de la ville de Laval a précisé que l'ancienne administration insistait pour que le projet aille de l'avant.

Puis, en pleine campagne électorale, dans une conversation enregistrée à son insu, l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt a reproché à la candidate à la mairie Claire Lebel de s'être opposée au projet.

« Crisse pourquoi tu les bloquerais, ça va rapporter un million de taxes par année », affirmait-il.

Indemnité de départ

Le maire annonce également l'annulation de la prime de 390 000 dollars qu'a attribué Laval Technopole à Pierre Desroches, son ex-pdg, qui a quitté ses fonctions en décembre 2013.

En campagne électorale, Marc Demers avait affirmé que les primes de départs pour les élus et les fonctionnaires qui quittent avant la fin de leur mandat, pour des raisons autres que médicales ou humanitaires, allaient être abolies.

M. Demers était jusqu'à présent resté silencieux sur le sort de M. Desroches, qui dirigeait l'organisme de développement économique de Laval depuis 2008.

M. Demers a également effectué un examen préliminaire de cette décision. À la suite de cet examen, il a demandé au directeur général et président de Laval Technopole, David de Cotis, « de s'assurer que le paiement de cette indemnité de départ - qui est à mon sens très généreuse, même trop [...] - si tout c'était fait selon les règles ».

L'avis juridique sollicité dans le dossier a incité le maire de Laval à suspendre le versement de l'indemnité de départ et il entend soumettre l'avis juridique au C.A. de Laval Technopole qui aura à prendre la décision finale dans le dossier.

« C'est sûr qu'on s'expose à des critiques, qu'on s'expose à des manœuvres de certains adversaires », a-t-il poursuivi. Mais, « il n'est pas question de se laisser intimider. Nous verrons les réactions après, mais il y a déjà eu [...] des réactions excessives à des gens opposés à ces décisions.

« Il n'y a pas de place pour l'improvisation quand on prend ce type de décision-là », a déclaré M. Demers en entrevue à RDI. « Oui, c'est difficile. Il faut être patient, minutieux et prendre les bonnes décisions. Parfois c'est un peu plus long, mais on s'assure que les décisions sont prises sur de bonnes bases juridiques et ne pas prêter flanc aux attaques. »

Avec les informations de Francis Labbé

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