Des écoles se préparent à une éventuelle intrusion armée

Le reportage de Benoît Giasson

Depuis la tragédie du Collège Dawson à Montréal, en 2006, de nombreuses écoles soumettent leurs élèves à des exercices de confinement barricadé, au cas où un tireur y ferait irruption. Même si les risques sont minimes, la pratique ne fait pas l'unanimité, car plusieurs craignent que l'on traumatise certains enfants.

Lors du plan de prévention mis sur pied par la Sûreté du Québec et d'autres corps de police, les enfants apprennent notamment à rester dans leur classe en silence, pendant que l'enseignante ferme la porte et s'assure qu'elle est bien verrouillée.

Comme toutes les écoles de la commission scolaire English-Montréal, l'école Pierre-Elliott-Trudeau effectue ce genre d'exercice deux fois par année depuis au moins cinq ans, afin de familiariser les élèves aux façons de faire en cas d'agression armée.

« Si les enfants n'ont jamais été en situation de confinement, ils ne sauront pas où aller dans la classe, et ça peut prendre beaucoup plus de temps - beaucoup plus de bruit - donc beaucoup plus de danger finalement pour les enfants. » — Michelle Stein, directrice de l'école Pierre-Elliott Trudeau

Le confinement barricadé permet aussi de ralentir la progression d'un agresseur et de faciliter l'intervention des policiers.

Depuis juin dernier, la Loi visant à prévenir et à combattre l'intimidation et la violence à l'école (projet de loi 56) oblige toutes les écoles et commissions scolaires à s'entendre avec les corps de police concernés par rapport aux modalités d'intervention en cas de menace de violence.

À la Commission scolaire Marie-Victorin, il n'est pas prévu de faire des simulations avec les élèves pour le moment. N'empêche que dans les établissements de la commission, une charte affichée au mur résume les mesures à prendre en cas d'urgence.

Du côté de la Commission scolaire des Patriotes, on s'en tient aussi à la formation du personnel, sans exercices avec les élèves.

À Longueuil

Le Service de police de l'agglomération de Longueuil est également préparé à l'éventualité d'une intrusion armée dans un établissement scolaire. Tous ses policiers ont reçu une formation spéciale pour ce type d'intervention. 

Les policiers ont aussi pris contact avec les trois commissions scolaires de l'agglomération. Ils ont formé toutes les directions d'école afin qu'elles puissent développer leur propre plan d'urgence. Les commissions scolaires et les écoles choisissent de procéder à des exercices de confinement avec les élèves ou de ne former que leur personnel. La police de Longueuil ne conseille pas toutefois de préparer les élèves à cette éventualité pour éviter qu'un agresseur potentiel connaisse la stratégie choisie.

L'agent Mark David a affirmé que leur tactique a très bien fonctionné lors de deux événements survenus en 2012 dans les écoles secondaires De Mortagne, à Boucherville, et Jacques Rousseau, à Longueuil, où des élèves s'étaient présentés avec des armes à air comprimé. 

Un stress non nécessaire, estiment certains

Dans certaines commissions scolaires, comme à Laval, on préfère toutefois former uniquement le personnel parce qu'on craint que l'exercice ne rende les enfants anxieux, particulièrement les petits du primaire.

« On n'a pas cru bon inclure d'étudiants dans ce dossier étant donné la présence d'une clientèle vulnérable », indique le responsable des relations publiques de la police de Laval, Daniel Guérin.

Nicolas Chevrier, psychologue aux Services psychologiques Séquoia, croit qu'on crée un stress démesuré et non nécessaire.

« Puisque le très jeune va avoir de la difficulté à faire la différence entre l'imaginaire et le réel, il va nécessairement se sentir anxieux. Et le risque qu'on prend, c'est que l'enfant développe le sentiment que son environnement à l'école n'est pas sécurisant. » — 

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a quant à elle refusé d'expliquer l'approche préconisée et d'indiquer combien d'écoles procèdent à ce genre d'exercices.

La Sûreté du Québec recommande l'exercice

Même si la décision revient aux établissements scolaires et aux commissions scolaires, la Sûreté du Québec recommande l'exercice, le qualifiant de « valeur ajoutée » pour les élèves.

« Sur le même principe que lorsque l'on fait un exercice d'évacuation en cas d'incendie, on ne le fait pas seulement avec les enseignants, l'objectif étant que l'on veut développer des réactions, que les enfants puissent savoir comment le déroulement va se faire et qu'ils ne soient pas pris par surprise si ça doit se dérouler un jour », indique Guy Lapointe, de la Sûreté du Québec.

La directrice de l'école Pierre-Elliott-Trudeau estime pour sa part que les enfants ne sont pas perturbés par l'exercice. « Les seuls enfants à notre école qui ont été un petit peu inquiets sont les autistes, parce que le bruit de l'alarme les dérange », dit-elle.

Même si le risque d'une fusillade est minime, elle est d'avis que l'exercice est nécessaire, d'autant plus qu'aucun parent ne le remet en question.

La Sureté du Québec a un plan de prévention pour les établissements scolaires, détaillé dans un cartable contenant les mesures de sécurité à mettre en place et une vidéo explicative. Chaque école doit avoir ce plan.

Sur le territoire couvert par la SQ, plus de 90 % des écoles ont visionné la vidéo et préparé le cartable d'urgence, 50 % ont fait des exercices avec les enseignants, et 7 % des établissements ont fait des exercices de confinement avec les élèves. 

La recommandation du coroner Ramsay

À la suite de la tragédie du Collège Dawson, survenue le 13 septembre 2006, où un tireur a abattu une jeune femme de 18 ans et blessé 16 autres personnes, le coroner Jacques Ramsay a publié un rapport qui préconise, entre autres, que les établissements d'enseignement du Québec, des universités aux écoles primaires, de même que les établissements de santé et de services sociaux, se dotent d'un plan d'urgence comme cela a été fait au Collège Dawson après l'événement.

À ce jour, le coroner Ramsay ne sait pas précisément à quel point sa recommandation a été suivie. Il sait cependant que des actions ont été mises en place, et que des services de police ont mis au point des plans de prévention. Il cite celui du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), qu'il considère comme un très bon programme. Jacques Ramsay croit qu'il est louable de développer de tels plans, et qu'avec les événements récents aux États-Unis, nous devons certainement mettre en place des mesures de prévention au Québec sans pour autant adopter un ton alarmiste puisque de tels événements demeurent rares.

D'après les reportages de Benoît Giasson et de Francine Plourde

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