D'une école contaminée vers une autre à l'air malsain

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

Les élèves de l'école Baril, une des écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) fermées pour contamination fongique, se retrouvent à nouveau dans un bâtiment où la qualité de l'air est douteuse.

C'est la deuxième fois que ces enfants et tout le personnel sont déplacés. La Direction de la santé publique (DSP) de Montréal vient de demander à la CSDM des correctifs dans l'école secondaire qui les accueille depuis la mi-octobre. La ventilation est la source du problème.

Depuis leur relocalisation, une dizaine de membres du personnel ont recommencé à éprouver des symptômes pouvant s'apparenter à la présence de moisissures. La DSP est donc revenue à la charge à la suite d'une visite des lieux, en décembre dernier, et de la réception du rapport d'une firme externe sur le système de ventilation, daté d'avril 2012. Selon la DSP, ce rapport a été reçu fin décembre seulement, bien après le transfert des élèves à l'école Louis-Riel.

« Cette école a un historique de longue date d'infiltrations d'eau. Les conduits de ventilation ont notamment été affectés par ces infiltrations d'eau et ceux-ci n'ont jamais été nettoyés depuis la construction de l'école. Nous avons observé une fine poussière déposée sur les surfaces lors de notre visite. Des membres du personnel présentent des problèmes de santé caractéristiques qui sont attribuables à la présence de poussière et de contaminants associés aux infiltrations d'eau chroniques. » — Extrait de l'avis de la DSP

La DSP a demandé le nettoyage du système de ventilation. La CSDM a d'ailleurs entrepris ce nettoyage lundi soir, au coût de 200 000 $, et des travaux plus importants doivent être effectués l'été prochain sur l'ensemble du système de ventilation de l'école secondaire Louis-Riel, cette fois au coût de 1,3 million de dollars.

La DSP suivra la situation de près, en espérant que le nettoyage du système de ventilation rétablira la qualité de l'air. La Direction de la santé publique se questionne aussi sur la façon dont le matériel a été décontaminé avant d'être transporté à l'école Louis-Riel.

« Nous sommes d'avis que deux sources de contamination expliquent très probablement les problèmes de santé du personnel, soit une décontamination incomplète du matériel [...] et surtout une contamination du système de ventilation due à l'accumulation de poussières de longue date et à une contamination fongique secondaire aux infiltrations d'eau chroniques. Il est aussi possible que les murs intérieurs soient contaminés par des moisissures. » — 

La réaction des parents de l'école Baril risque d'être vive, étant donné que leurs enfants ont été relocalisés deux fois déjà. L'école Hochelaga qui les accueillait temporairement pendant la durée des travaux à l'école Baril a été fermée à son tour, en raison d'une contamination fongique.

Par ailleurs, les travaux de réfection qui étaient en cours ont été interrompus. L'école Baril doit fêter son 100e anniversaire hors les murs. Le bâtiment d'origine n'est plus qu'une coquille vide où la CSDM a dépensé 4 millions de dollars et dit attendre les directives du ministère de l'Éducation avant de continuer.

L'école Louis-Riel était pourtant bien évaluée

En mai 2012, dans le cadre de son programme sur la qualité de l'air intérieur, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a établi une liste des écoles qui nécessitent des interventions prioritaires. L'école Louis-Riel avait obtenu 30 points, se plaçant ainsi au 120e rang sur 214 établissements. Cela veut dire que la qualité de l'air dans cette école était moins problématique.

Neuf critères ont été pris en compte pour cette évaluation, dont la présence de moisissures, l'historique du bâtiment, son âge et le type de ventilation.

Quatre écoles fermées à cause de moisissures

La CSDM a dû fermer quatre écoles au cours des deux dernières années. Trois sont dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, l'autre dans Villeray. Dans ce quartier, les parents de l'école Saint-Gérard organisent une manifestation qui prendra la forme d'un pique-nique d'hiver. L'école Saint-Gérard est fermée depuis plus d'un an maintenant. Là aussi, les travaux sont stoppés.

En mai dernier, la CSDM s'est dotée d'un programme de qualité de l'air au coût de 68 millions de dollars sur cinq ans, en vue d'évaluer l'ensemble des quelque 200 écoles et de prioriser celles qui pourraient éprouver des problèmes de moisissures. Mais l'argent pour le réaliser n'a pas encore été octroyé par le ministère. Ce montant n'inclut pas non plus la réfection des écoles contaminées. À cet égard, le ministère renvoie toujours à la somme de 59 millions de dollars versée pour le déficit d'entretien.

La CSDM estime plutôt que la reconstruction des écoles Baril et Saint-Gérard nécessite de l'argent neuf. Selon la CSDM, l'autre somme doit servir uniquement aux travaux qui visent à maintenir le parc immobilier de la CSDM en bon état : un programme qui fait face à de nombreuses urgences.

Reddition de comptes

La CSDM tient sa reddition de comptes publics mercredi soir. Il sera question de retour à l'équilibre budgétaire avec un déficit record de plus de 47 millions de dollars, des résultats scolaires des élèves et, bien sûr, du programme de qualité de l'air.

Facebook