La Ville de Montréal remet ses clés à des enquêteurs

Pasquale Harrison-Julien fait le point

Le maire de Montréal Michael Applebaum crée l'Escouade de protection de l'intégrité municipale (EPIM) qui aura carte blanche pour enquêter sur tous les aspects de l'administration de la Ville. Cette escouade surtout policière sera autonome et indépendante.

Le maire Applebaum et le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, ont annoncé la mise en place d'EPIM qui emploiera une vingtaine de personnes, dont une majorité d'enquêteurs. Des employés civils avec des expertises particulières feront également partie de l'équipe.

« Escouade EPIM : Escouade de protection de l'intégrité municipale à qui j'ouvre les portes de la Ville de Montréal et qui pourra fouiller partout. Poser des questions à tous les employés de la Ville et à ceux qui font affaire avec elle. » — Michael Applebaum

Cette escouade s'ajoute aux autres mesures mises en place par la Ville et par le gouvernement du Québec comme le comité-conseil sur l'octroi des contrats municipaux, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et la Loi 1. « L'escouade EPIM sera une police d'assurance supplémentaire pour éviter la corruption et la collusion dans l'octroi des contrats municipaux », a poursuivi M. Applebaum.

« Il faut arriver, en partenariat avec l'ensemble des instances existantes [...] de pouvoir exploiter au maximum nos expertises, nos limites juridiques et de faire en sorte de travailler dans un objectif commun, c'est-à-dire de combattre la corruption et de maintenir l'intégrité de nos instances municipales ou provinciales », précise Marc Parent, chef du SPVM.

M. Parent estime que l'expertise du SPVM en matière de crime organisé sera utile aux activités de la nouvelle escouade en raison de la présence de ce type de criminalité au sein de l'industrie de la construction.

Cette escouade sera entre autres responsable d'examiner les processus en place, donc les processus d'octroi de contrats, afin de pouvoir rendre plus performants tous les mécanismes déjà existants et surtout de pouvoir détecter tous les stratagèmes, toutes les failles.

Le chef Parent estime à trois millions de dollars l'investissement nécessaire à la mise sur pied de l'escouade EPIM au cours de la première année.

L'escouade devrait être en mesure d'amorcer ses travaux dans « quelques mois », estime M. Parent.

La commission Charbonneau s'intéresse à Applebaum


Michael Applebaum devait rencontrer vendredi les enquêteurs de la commission Charbonneau. « Je ne peux pas vous dévoiler la nature des discussions, mais ils (les enquêteurs de la commission) sont bienvenus dans mon bureau, a-t-il affirmé. Je vais travailler avec eux. Si je peux lutter contre la collusion et la corruption, je le ferai avec plaisir ».

Le quotidien Le Devoir rapporte que le maire de Montréal fait l'objet d'une enquête de la commission Charbonneau en lien avec « des transactions immobilières douteuses auxquelles il aurait pu être associé dans le cadre de ses fonctions à l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce ».

L'opposition satisfaite

Les commentaires des partis de l'opposition à l'hôtel de ville de Montréal ont été favorables à l'initiative du maire Applebaum.

« Enfin! », a lancé le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. « Ça vient avec trois ans et demi de retard, mais ce n'est pas grave. J'ai totalement confiance en Marc Parent afin qu'il rende l'escouade opérationnelle, et je suis content que le mandat de l'EPIM soit large », a-t-il dit.

Pour sa part, Vision Montréal parle également d'une victoire, mais partielle. Le parti de Louise Harel se félicite de l'arrivée de policiers enquêteurs à la Ville, mais demande davantage de mesures anticorruption. Vision Montréal réclame notamment la création d'un poste de commissaire à l'éthique, et une enquête approfondie sur la gestion des contrats.

La Fraternité des policiers et policières de Montréal a aussi bien accueilli la mise en place de l'EPIM. « Franchement, ce n'est pas trop tôt. Mais il faut donner le crédit au maire Applebaum. Depuis 2009, la Fraternité dit que les enquêteurs du SPVM doivent être mis à contribution le plus possible dans la lutte à la corruption et à la collusion. La création d'une unité montréalaise est une idée qu'on soutient depuis longtemps et on ne peut que se réjouir », a déclaré le président de la Fraternité, Yves Francoeur.