Guy Turcotte souhaite reprendre une vie « normale »

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Karine Bastien fait le point

Lors des audiences de la Commission d'examen des troubles mentaux, l'ex-cardiologue a demandé une remise en liberté inconditionnelle en s'engageant à poursuivre sa psychothérapie. Selon les experts qui l'ont rencontré, Guy Turcotte ne représente plus aucun danger pour le public ni pour son ex-conjointe.

Les psychiatres ont témoigné mercredi devant la Commission d'examen des troubles mentaux, qui révise les conditions de libération de M. Turcotte. Il était détenu à l'Institut Philippe-Pinel depuis juillet 2011, après avoir été jugé non criminellement responsable des meurtres de ses deux enfants.

Dans son rapport, le Dr Pierre Rochette a indiqué qu'il ne voyait pas de dangerosité immédiate ou à moyen terme dans le cas de M. Turcotte. Il a souligné avoir observé un grand changement chez son patient, qui ne serait plus sur la défensive et qui aurait commencé à parler du drame. Il a dressé un portrait très positif de Guy Turcotte, évoquant notamment une nouvelle prise de conscience.

Le psychiatre ne s'opposerait pas à ce que Guy Turcotte quitte l'Institut Philippe-Pinel, à condition, entre autres, qu'il poursuive un travail thérapeutique.

Dr Rochette a également soutenu que le détenu avait fait plus de 80 sorties depuis le mois de juin, qui s'étaient très bien déroulées. Il a visité sa famille et ses amis, en plus d'être en contact avec des foules.

Pour sa part, le Dr Louis Morrissette a précisé que l'état mental de Guy Turcotte était stable et qu'il vivait différemment les situations stressantes.

Dans son témoignage, Guy Turcotte, 40 ans, a soutenu qu'il ne voyait pas l'utilité de rester en détention. Il ne prend plus de médicaments et ne se sent pas dépressif, mais il a affirmé qu'il avait l'intention de poursuivre sa thérapie. Il a souligné qu'il ne sentait plus de colère envers son ex-conjointe.

Il a également déclaré qu'il était capable de gérer ses relations avec les inconnus, malgré les préjugés qu'il sent de leur part.

Les doutes de son ex-conjointe

L'ex-conjointe de Guy Turcotte, Isabelle Gaston, n'est pas convaincue qu'il a vraiment changé. La mère des victimes, qui se trouvait dans la salle d'audience, a laissé entendre que son ex-conjoint ne suivait une thérapie que pour obtenir éventuellement sa libération, mais qu'il n'était pas prêt.

« J'ai de la difficulté à voir comment ils [les experts de l'institut Pinel] font abstraction [...], comment ils parviennent à embarquer dans un sillon de malade à 100 %. Je ne dis pas qu'il n'a pas besoin de thérapie, mais qu'on oublie un peu les événements [...]. Moi j'ai de la difficulté [à comprendre] comment on fait abstraction de ça, puis qu'on arrive aujourd'hui à dire que cette personne-là est complètement changée. » — Isabelle Gaston

Pas de huis clos

L'Institut, qui demandait initialement que les audiences ne soient pas rendues publiques, a retiré sa demande de huis clos, en accord avec Guy Turcotte, pour ne pas retarder l'audience.

En juin, la Commission d'examen des troubles mentaux avait décidé de garder Guy Turcotte détenu, tout en lui accordant des droits de sortie sous surveillance. La Commission avait alors décidé de tenir une nouvelle audience en décembre afin de « réévaluer l'évolution de l'accusé et le risque qu'il pourra alors représenter pour la sécurité du public ».

Les experts de l'Institut Philippe-Pinel s'étaient opposés à sa libération, jugeant que Guy Turcotte avait encore beaucoup de chemin à parcourir puisqu'il refusait de parler des meurtres de ses enfants.

Les commissaires devraient prendre une décision au cours des prochaines heures ou des prochains jours. Trois décisions sont possibles :

  • Détention avec ou sans modalités
  • Libération avec modalités
  • Libération inconditionnelle

Guy Turcotte a reconnu avoir poignardé à 46 reprises ses deux enfants le 20 février 2009, à la suite d'une rupture difficile avec sa conjointe. Il avait ensuite tenté de se suicider en avalant du liquide lave-glace.

Avec des informations de Karine Bastien

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