Laval : le maire Vaillancourt démissionne sur fond d'allégations

Démission de Gilles Vaillancourt

L'ère du maire Gilles Vaillancourt est terminée à Laval. Après 39 ans au conseil municipal, dont 23 comme maire, le politicien de 71 ans a confirmé vendredi qu'il quitte son poste et se retire définitivement de la vie politique.

Le maire de la troisième ville du Québec n'a pas dit explicitement les raisons qui l'ont poussé à agir de la sorte, mais il a clairement laissé entendre que les perquisitions dont il a été l'objet ont joué un rôle dans sa décision.

« Comme société, nous vivons actuellement des moments très difficiles, voire pénibles, alors que tous les élus, à quelque niveau que ce soit, sont accusés de tous les maux », a déclaré Gilles Vaillancourt d'entrée de jeu.

« Nous faisons face à des allégations qui, sans être prouvées, altèrent de façon irrémédiable la réputation des gens en qui vous aviez placé votre confiance. Je suis une de ces personnes, et je suis profondément blessé. Mes proches aussi. » — Gilles Vaillancourt

« Malgré tout ce que je pourrais dire ou faire, force est de constater que le mal est fait. J'ose imaginer que les suites à donner aux récents événements rétabliront la nécessaire confiance qui doit exister entre les élus et leurs commettants », a poursuivi M. Vaillancourt.

Gilles Vaillancourt, officiellement au repos depuis le 24 octobre, avait indiqué au début de sa conférence de presse qu'il se présentait devant les journalistes « malgré les recommandations contraires de [son] médecin ».

Face aux allégations qui pèsent sur lui, M. Vaillancourt a tenu « à assurer aux Lavalloises et aux Lavallois [qu'il a] toujours agi dans leur intérêt, en pensant d'abord et avant tout à leur mieux-être et à celui de leur famille ».

Il a d'ailleurs passé l'essentiel de la conférence de presse à vanter le chemin parcouru par la Ville depuis l'époque où il a été élu pour une première fois au poste de conseiller de Laval-des-Rapides en 1973, quelques années après la fusion de 14 petites municipalités.

Gilles Vaillancourt a souligné que l'agence de notation Standard & Poor's a donné une meilleure cote de crédit à Laval qu'au gouvernement du Québec ou à Hydro-Québec, que la ville compte désormais un campus de l'Université de Montréal et trois stations de métro, et qu'elle est desservie par un nouveau pont dans l'est.

Il a aussi noté que la variation de l'impôt foncier moyen des résidents a été deux fois et demie moins élevée que l'inflation au cours des 15 dernières années.

« Je laisse maintenant aux autres la tâche de poursuivre ce formidable projet de société. Pour ma part, je tiens à vous rappeler que je suis né à Laval, que j'y ai vécu toute ma vie, que je l'ai toujours aimée et que je n'avais qu'une seule passion, celle de réussir Laval. » — Gilles Vaillancourt

L'opposition reste sur sa faim

Quelques minutes après l'annonce du maire, la conseillère municipale Claire Le Bel a annoncé qu'elle claquait la porte du parti qu'il dirigeait, le Parti PRO des Lavallois.

Dans un communiqué, elle affirme que le départ du maire « ne suffit pas pour assainir la situation à Laval » et annonce qu'elle siégera désormais comme conseillère indépendante.

Par voie de communiqué, Marc Demers et David De Cotis, du Mouvement lavallois, ont pour leur part fait valoir que la démission de Gilles Vaillancourt était « la seule action que pouvait prendre le maire dans les circonstances, étant donné la multiplication des perquisitions effectuées par l'UPAC à Laval et les soupçons de corruption étoffés et de plus en plus lourds qui pèsent sur celui qui était le premier magistrat de la ville depuis 1989 ».

Pour M. Demers, « le véritable changement de philosophie se fera en novembre 2013. Gilles Vaillancourt quitte ses fonctions de maire, mais ses complices silencieux du PRO des Lavallois restent en poste au conseil. [...] Disons-le franchement, les conseillers du PRO des Lavallois endossent les actions du maire sans poser de questions rien que pour encaisser leur chèque sans problème ».

Prenant acte de la démission de M. Vaillancourt, le ministre québécois des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a souhaité de la stabilité pour Laval.

SUIVEZ L'ÉVÉNEMENT EN DIRECT :

Celui qui règne en maître sur Laval depuis 1989 était soumis à une forte pression depuis que l'hôtel de ville et sa résidence personnelle ont été visités par les policiers de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et de l'escouade Marteau de la Sûreté du Québec (SQ), le 4 octobre.

Le maire de Laval n'avait pas été vu en public depuis que le vice-président du comité exécutif de la Ville, Basile Angelopoulos, a annoncé le 24 octobre qu'il prenait une « courte période de repos », sur recommandation de son médecin. « Il sera en mesure de vous faire connaître les fruits de cette réflexion prochainement », avait alors déclaré M. Angelopoulos.

Présence policière aux abords de la résidence du maire

La démission imminente du maire Vaillancourt avait rendu plus forte la pression médiatique sur lui et ses proches. Vendredi matin, une autopatrouille de la police de Laval a été postée pendant un moment devant sa résidence.

Selon la police de Laval, aucune menace n'a été proférée contre le maire. Cette présence policière devant la résidence visait à s'assurer que les journalistes ou des individus indésirables ne pénètrent pas sans autorisation dans la propriété du maire Vaillancourt.

Le 11 octobre, cinq entreprises du secteur de la construction active à Laval - Poly Excavation, Louisbourg Construction, J. Dufresne Asphalte, Nepcon et Construction Mergad - ont aussi été visées par des perquisitions de l'UPAC, auxquelles ont aussi participé des enquêteurs du Bureau de la concurrence du Canada.

Quelques jours plus tard, trois autres entreprises - Construction Giuliani de Laval, Asphalte Desjardins de Terrebonne et Construction DJL de Boucherville - ont aussi été perquisitionnées par l'UPAC et le Bureau de la concurrence. Cette opération était liée à celle menée le 11 octobre.

Le 5 novembre, ce sont les bureaux de cinq firmes de génie-conseil, dont Aecom, Dessau, Genivar et Cima, qui ont été visés par l'UPAC, dans le cadre d'une enquête sur l'attribution de contrats municipaux à Laval.

Quatre autres firmes de génie-conseil ont été visitées par les enquêteurs de l'UPAC jeudi matin.

Face à cette série de perquisitions, l'administration de la Ville de Laval a décidé le 5 novembre de surseoir à tout nouvel octroi de contrat de réfection de chaussée, d'égout et d'aqueduc. La Ville dit avoir agi de la sorte « dans la foulée du dépôt du projet de loi 1 du gouvernement provincial » sur l'intégrité.

Un ex-huissier de Laval, Jean-Yves Lortie, a par ailleurs affirmé à Radio-Canada qu'il avait déjà remis deux pots-de-vin de 15 000 $ en argent comptant au maire Vaillancourt, afin d'obtenir davantage de contrats de la part de la Ville. Le maire a catégoriquement nié ces allégations par voie de communiqué.

En complément

Info en continu Afficher le fil complet

Facebook